Affichage des articles dont le libellé est opinions. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est opinions. Afficher tous les articles

vendredi 9 mai 2008

La Russie ressort ses tanks pour défiler à Moscou

Les rues tremblent, les maisons se fissurent… mais la grande Russie est de retour ! Tanks, blindés, lance-missiles, bombardiers, chasseurs et hélicoptères feront leur grand come-back ce vendredi 9 mai, au centre de Moscou, pour une parade commémorative de la victoire de 1945. Depuis 1990, la Russie avait renoncé à ce déploiement d’armes au centre de la capitale, symbolique de la guerre froide. Au moment où il quitte le Kremlin, Vladimir Poutine a décidé de rétablir cette tradition, pour «démontrer notre potentiel croissant en matière de défense», a-t-il expliqué. En Russie même, ce grand étalage de quincaillerie, qui a déjà demandé trois répétitions générales, est loin d’être unanimement apprécié. Les riverains du défilé se plaignent de fissures apparues sur leurs maisons, on s’inquiète pour les nouvelles galeries commerciales souterraines, et la mairie de Moscou prétend qu’il lui faudra 1,4 milliard de roubles (38 millions d’euros) pour réparer les chaussées après le passage des tanks. Le plus féroce commentaire est pourtant venu de Washington, où le porte-parole du Pentagone, Geoff Morell, s’est permis d’ironiser sur l’âge des armements présentés : «S’ils veulent sortir leurs vieux équipements, les faire tourner et les regarder, ils sont plus que bienvenus pour le faire.»

Liberation.fr

Vladimir Poutine, premier ministre investi jeudi par la Douma, a vanté les forces stratégiques à la veille du défilé militaire de la Victoire.

» La fausse sortie de Vladimir Poutine

La russie montre ses muscles. Pour la première fois depuis la disparition de l'Union soviétique et la fin de la guerre froide, les missiles nucléaires font leur retour sur la place Rouge, vendredi, pour la grande parade de la Victoire.

Staline avait choisi le 9 mai, et non le 8 comme le reste des Alliés, pour célébrer la fin de ce que les Russes appellent encore «la grande guerre patriotique» et rendre hommage à leurs 32 millions de morts.

Le clou du défilé motorisé et aérien, présidé par le nouveau chef de l'État Dmitri Medvedev, flanqué de son premier ministre Vladimir Poutine, sera le missile Topol. Vecteur dernier cri de la dissuasion nucléaire russe, le Topol-M (alias SS 27) est un monstre de 97 tonnes et 22 mètres de long capable d'emporter des têtes nucléaires à 11 000 km. C'est-à-dire d'atteindre n'importe quel point des États-Unis. La fusée intercontinentale, montée sur camion, n'a pas la vulnérabilité d'un missile immobilisé dans son silo.

Cette exhibition d'armements lourds intervient alors que la tension entre la Russie et la Géorgie est à son comble, des responsables des deux pays ayant déclaré être «proches de la guerre». Le ministère russe de la Défense a annoncé hier qu'il pourrait envoyer de nouveaux renforts en Abkhazie, la région séparatiste de Géorgie que Moscou soutient. Les autorités abkhazes ont, elles, annoncé avoir abattu jeudi un autre drone géorgien, information aussitôt démentie à Tbilissi.

La Russie ne «menace personne», assurait pourtant en début de semaine Vladimir Poutine, encore président. Le défilé du 9 mai «est une démonstration de notre potentiel croissant en matière de défense (…) Nous sommes en mesure de défendre notre peuple, notre État, nos richesses et nous n'en manquons pas.» Moscou récuse l'image d'une puissance repliée sur elle-même. En témoigne l'approbation, signée hier, des sanctions contre l'Iran qui avaient été votées par les Nations unies au mois de mars.

Remilitarisation des relations internationales

Investi jeudi comme chef du gouvernement par la Douma, Vladimir Poutine n'entend pas faire profil bas sur les sujets militaires. Seuls les députés communistes n'ont pas voté pour l'ex-président qui a été confirmé par 392 voix contre 56. Le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski, parfois qualifié d'opposition, a soutenu Vladimir Poutine. Le nouveau chef du gouvernement russe a prononcé un discours de politique générale, fermement campé sur un pupitre, tandis que, derrière lui, le chef de l'État l'écoutait en silence comme un élève sage. Le premier ministre a souligné l'importance des forces stratégiques «piliers de la sécurité nationale».

«Les Russes ont compris qu'on ne compte que si l'on se fait respecter, commente Isabelle Facon, spécialiste de la défense russe à la Fondation pour la recherche stratégique. La puissance militaire est l'un des moyens de se faire respecter. Et Moscou répond à la remilitarisation des relations internationales imputable aux États-Unis. » Le défilé des Topol, qui fait suite à la reprise des patrouilles de bombardiers stratégiques, n'effacera pas à court terme les études et les signes négatifs sur l'état réel des forces armées russes. Comme par exemple le retour à l'envoyeur de quinze Mig par l'Algérie, en avril. Malgré l'augmentation du budget de la défense (+ 20 % en un an) et des ventes d'armes (7,5 milliards de dollars en 2007), l'encadrement de l'armée russe, surtout des forces conventionnelles, laisse à désirer.

Pendant que le premier ministre Poutine parlait jeudi de revaloriser les soldes des soldats forces stratégiques, le président Medvedev, chef suprême des armées, signait un oukase ordonnant la construction d'appartements d'ici à 2010 pour les vétérans mal logés. Lesquels auront alors, pour les plus jeunes d'entre eux, 80 ans. Un partage des rôles qui semble donner un avant-goût du nouveau tandem aux commandes de la Russie.

Le Figaro

De notre correspondant à Moscou, Fabrice Nodé-Langlois
08/05/2008 | Mise à jour : 21:53 |

http://www.lefigaro.fr/international/2008/05/09/01003-20080509ARTFIG00009-retour-des-fusees-nucleaires-sur-la-place-rouge.php


Photos & vidéo

http://englishrussia.com/?p=1904


mercredi 5 mars 2008

L'OSCE célèbre ses dix ans de défense de liberté des médias

Le responsable du KGB biélorusse, Stepan Sukharenko, lors d'une conférence de presse en mars 2006. La Biélorussie fait des pays membres de l'OSCE où la liberté de la presse est mise à mal.
AFP/STR

INSTITUTION RENCONTRE AVEC MIKLOS HARASZTI

A première vue, le bilan est sombre. "On constate une détérioration de la liberté des médias aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est", regrette Miklós Haraszti, le représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, qui a célébré ses dix ans vendredi 29 février. "Raison de plus pour continuer à se battre, à dénoncer et à plaider pour la liberté d'expression dans les 56 pays membres."

Successeur de l'Allemand Freimut Duve, Miklós Haraszti, ancien dissident hongrois, considère sa mission comme la poursuite de son engagement passé. A ces différences près qu'il se bat désormais sur un front international et qu'il agit pour le compte d'une organisation intergouvernementale. "Cela donne des privilèges dont les ONG sont dépourvues."

Comme celui d'interpeller directement les ambassadeurs en séances plénières. Un moyen de pression efficace dans le cas du projet de loi slovaque sur les médias. S'appuyant sur la critique du représentant de l'OSCE, l'opposition au gouvernement de Robert Fico boycotte le vote sur le traité européen tant que des amendements n'auront pas été apportés.

Soucieux de ne pas paraître partial, le "chien de garde" de la liberté des médias n'exempte de sa veille aucun des 56 Etats qui, d'Europe à l'Amérique du Nord, en passant par le Caucase et l'Asie centrale, ont adhéré aux principes de la charte d'Helsinki de 1975. "A l'Ouest, l'inquiétude sécuritaire liée à la menace terroriste a souvent conduit à des mesures restreignant la liberté des médias. On fait pression sur les journalistes pour les contraindre à révéler leurs sources d'information, ou bien on les menace de poursuites judiciaires pour divulgation de renseignements jugés stratégiques."

L'établissement d'une législation qui protège les sources d'information et l'abolition des lois qui permettent d'envoyer un journaliste en prison pour diffamation sont les deux principaux chevaux de bataille du représentant de la liberté des médias. A cet égard, Miklós Haraszti se réjouit du projet de loi sur la protection des sources, annoncé début février par le garde des sceaux français.

"La jurisprudence des vieilles démocraties européennes exclut le plus souvent qu'une peine d'emprisonnement soit infligée à un journaliste, explique-t-il. Ailleurs, cette tradition n'existe pas." Pour avoir reproduit des caricatures de Mahomet, publiées au Danemark en 2005, le directeur d'une publication biélorusse a été condamné à trois ans de prison en janvier 2008.

RESTRICTION AU PLURALISME

Mais la législation seule ne suffit pas, car la restriction au pluralisme prend parfois des formes subtiles. Ainsi, en Russie, un règlement administratif kafkaïen et des droits d'enregistrement dissuasifs transforment en parcours du combattant l'autorisation de publication des médias indépendants. Autre priorité de l'OSCE : l'Internet. "Ce média, appelé à devenir une des principales sources d'information, est partout surcontrôlé", déplore le défenseur de la liberté des médias.

Quand il n'est pas au siège de l'OSCE à Vienne pour communiquer ses inquiétudes ou ses recommandations à un ambassadeur, le représentant de la liberté des médias s'emploie à propager sur le terrain un environnement favorable au pluralisme. Son équipe de 15 personnes organise des formations en journalisme ou réunit agents gouvernementaux et représentants de la société civile dans les républiques du Caucase et d'Asie centrale. Un face-à-face qui ne va pas de soi, mais dont l'ancien dissident, familier des "tables rondes" durant la transition hongroise vers la démocratie, connaît l'importance.

Dans sa mission le représentant intergouvernemental n'oublie pas son passé : "Un des aspects de mon mandat est de porter les atteintes à la liberté d'expression sur la place publique, ce qui ne plaît pas aux gouvernements mais répond aux attentes des sociétés civiles."

Laurence Monnot
LE MONDE | 04.03.08 | 14h53 • Mis à jour le 04.03.08 | 14h53
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/03/04/l-osce-celebre-ses-dix-ans-de-defense-de-liberte-des-medias_1018600_3236.html?xtor=RSS-3236

samedi 22 décembre 2007

Vladimir Poutine serait l'homme le plus riche d'Europe

Une polémique se développe au sein du Kremlin autour de la fortune personnelle du président russe, Vladimir Poutine, et des parts qu'il détient dans plusieurs compagnies d'Etat, affirme le quotidien britannique The Guardian à la "une" dans son édition du vendredi 21 décembre.

L'affaire a été dévoilée dans une interview publiée par le magazine allemand Die Welt le 12 novembre. Un politologue russe, Stanislav Belkovsky, y affirme qu'en huit années passées au pouvoir, M. Poutine a accumulé des capitaux dont il évalue la valeur à 40 milliards de dollars, soit près de 29 milliards d'euros.

"LE LEADER POLITIQUE LE PLUS CORROMPU DE L'HISTOIRE"

Interrogé cette fois par The Guardian, Stanislav Belkovsky avance que le chef de l'Etat russe détient d'importantes participations dans trois compagnies russes du gaz et du pétrole, à travers "des compagnies offshore opaques". Selon ce politologue, M. Poutine contrôle "dans les faits" 37 % des parts de Surgutneftegaz, une société de prospection pétrolière, également troisième producteur pétrolier russe. Il détiendrait également 4,5 % du géant Gazprom, et "au moins 75 %" de Gunvor, une compagnie de négoce pétrolier basée en Suisse et fondée par Gennady Timchenko, un ami du président Poutine, toujours selon Stanislav Belkovsky.

Si ces informations sont exactes, elles feraient du président russe l'homme le plus riche d'Europe, et le placerait parmi les dix premières fortunes mondiales. Le quotidien russe The Moscow Times relevait, le 28 novembre, que les capitaux détenus par M. Poutine feraient de lui "le leader politique le plus corrompu de l'histoire mondiale, largement devant Ferdinand Marcos aux Philippines et Mobutu au Zaïre".

La fortune de Vladimir Poutine était jusqu'ici taboue. Mais des informations commenceraient à sortir, indique The Guardian, "en contrecoup d'une lutte interne au sein du Kremlin entre un groupe mené par Igor Sechin, l'influent chef adjoint de l'administration présidentielle russe, et un clan de "libéraux" auquel appartient [Dimitri] Medvedev", le successeur désigné de M. Poutine à la présidence.

Matthieu Auzanneau

LEMONDE.FR | 21.12.07 | 11h22 • Mis à jour le 21.12.07 | 11h35

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-992175,0.html?xtor=RSS-3210

mardi 18 décembre 2007

Un tournant s’opère en Russie

Claude Tiramani est gérant spécialiste de la Russie au sein de Parvest BRIC, le fonds de BNP Paribas dédiés aux quatre principaux pays émergents. Il détaille ses préférences d’investissement dans ce pays en pleine mutation.

LE FIGARO.FR – La Russie est connue pour la richesse de ses sous-sols. Comment misez-vous sur les matières premières dans ce pays?
Claude Tiramani – La Russie produit désormais plus d’or que l’Afrique du sud. Elle extrait aussi du nickel. Surtout, elle est le pays le plus riche en gaz, avec 26% des réserves mondiales. Dans ce secteur, nous aimons beaucoup Gazprom. Il va devoir réaliser des investissements importants pour développer ses réserves en Sibérie, difficiles d’accès. Mais sa rentabilité devrait croître jusqu’en 2011. Le tarif du gaz est en effet subventionné pour le moment en Russie. Il est donc vendu sur son marché domestique près de 60% moins cher qu’en Allemagne. Mais comme la Russie souhaite intégrer l’organisation mondiale du commerce, elle doit mettre un terme à cette politique tarifaire préférentielle. Elle devrait donc augmenter ses prix de 20 à 25 % par an au cours des quatre prochaines années. Elle vient d’ailleurs d’enclencher ce processus, en relevant ses prix juste après les élections législatives, qui se sont tenues le week-end dernier. Nous ne nous attendions pas à cette décision si vite, en plein hiver. Mais le pouvoir est suffisamment fort pour le faire dès aujourd’hui, sans attendre le printemps.

La Russie est aussi un grand producteur de pétrole. Quelle est votre stratégie pour cette matière première ?
Le pétrole facile, c’est terminé. Les groupes pétroliers ont investi beaucoup d’argent ces dernières années pour acquérir des techniques occidentales permettant d’augmenter la productivité des gisements. Mais ces champs pétrolifères se tarissent. Ils vont donc devoir investir encore davantage pour découvrir et exploiter de nouveaux gisements. C’est très coûteux. Aussi, le pétrole est davantage taxé que le gaz, il n’y aura donc pas un effet de convergence des prix comme celui qui est attendu sur le gaz. La plupart des sociétés de ce secteur sont en outre valorisées très cher. La seule que nous sélectionnons sans hésiter est Rosneft. Cette société qui a acquis Iouganskneftegaz, le reliquat de l’empire Ioukos, présente de bonnes perspectives.

Quels sont les autres secteurs qui vous séduisent en Russie ?
Les industriels russes de l’acier sont très compétitifs. Ils produisent en effet à la fois les composants de l’acier, charbon et minerai de fer, et l’acier lui-même. Et leurs carnets de commandes sont remplis. La Russie développe actuellement ses infrastructures, routes et chemins de fer. L’immobilier est aussi en plein essor, des logements sociaux aux résidences de luxe. De nombreuses sociétés arrivent pour lever de l’argent dans ce secteur. Le réseau électrique doit être rénové pour éviter les coupures de courant, fréquentes à Moscou. L’Allemand E.ON et l’Italien Enel sont passés à l’offensive pour mettre un pied dans ce secteur, qui sera privatisé l’an prochain.Par ailleurs, la consommation se développe, pas seulement à Saint-Pétersbourg ou Moscou, mais aussi dans les campagnes. Les opérateurs télécom sont très intéressants. Nous aimons beaucoup Wimpelcom, qui pourrait fusionner avec Golden Telecom, le leader des télécommunications en Russie. Wimpelcom va installer la fibre optique à Moscou, et si l’alliance est confirmée, elle permettra des synergies importantes.La grande distribution s’installe dans le pays. La vente au détail reste l’apanage des commerces d’Etat, mais quelques supermarchés commencent à sortir de terre. La concurrence fait rage actuellement pour trouver les bons emplacements, qui seront déterminants par la suite.

Faire des affaires en Russie n’est pas toujours de tout repos… De nombreux chefs d’entreprises subissent des pressions de la mafia. Comment intégrez-vous ce paramètre dans vos choix d’investissement?
La mafia est présente partout où il y a du pétrole. Il peut être dangereux de vouloir faire respecter les contrats. C’est aussi le cas sur le site de Khashagan, au Kazakhstan. Pour éviter ces problèmes, il est plus simple d’investir dans des sociétés liées au Kremlin. Mais la comptabilité des sociétés russes est tout de même plus transparente désormais. La plupart publient des comptes aux normes internationales IFRS.Il faut noter aussi que le management des sociétés russes change. Depuis deux ou trois ans, leurs instances dirigeantes intègrent des Occidentaux. Ceux-ci diffusent des techniques de managements nouvelles, et poussent à l’amélioration de la rentabilité.

Le succès du parti de Vladimir Poutine aux élections législatives, le week-end dernier, est-il un signal fort pour les marchés?
Ces élections ont été un non-événement. L’issue en était attendue. L’enjeu sera peut-être différent lors de l’élection présidentielle, en mars. Il faut tout de même noter que Vladimir Poutine a amorcé des changements économiques dans le pays. Il se montre très directif au niveau industriel. C’est lui aussi qui a décidé d’utiliser la manne pétrolière pour améliorer les infrastructures du pays. La fuite des capitaux observée sous Eltsine a pris fin. La Russie enregistre même des entrées nettes de capitaux désormais. Et les Russes se sentent fiers. Il leur a redonné confiance dans l’avenir. Cela compte. Mais par ailleurs, la population décroît, et l’espérance de vie est faible en Russie.

Est-ce le bon moment pour investir en Russie ?
La Russie résiste mieux que les autres pays émergents à l’évolution du marché américain, auquel elle est moins exposée. Mais personne ne peut prédire aujourd’hui quelle sera l’ampleur des répercussions de la crise du subprime. Cependant, les perspectives de croissance en Russie sont bonnes à moyen terme. Son PIB a augmenté de 7.3% au troisième trimestre. Ce n’est pas négligeable. Avec la libéralisation de l’électricité l’an prochain, et des télécoms, ensuite, le marché russe devrait gagner en profondeur, et devenir moins dépendant des matières premières. Il faut tout de même garder à l’esprit qu’il subsiste un problème de liquidités dans ce pays.


Propos recueillis par Perrine Créquy
10/12/2007 | Mise à jour : 09:31 |
Le Figaro

dimanche 9 décembre 2007

Trois scénarios pour l'avenir des libéraux en Russie (Vedomosti)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Le résultat sociologique des élections à la Douma d'Etat (chambre basse du parlement russe) est de fait aussi important que leur résultat politique, indique mardi le quotidien Vedomosti.

La dérive vers la gauche [en Russie] est de plus en plus manifeste. Les partis populistes et nationalistes ont recueilli au total près d'un tiers des voix.

Le résultat total des partis communiste, libéral-démocrate (LDPR, nationaliste) et Russie juste dépasse les 27% des voix. A Moscou, la part des électeurs ayant voté pour ces trois partis a dépassé les 28% et à Saint-Pétersbourg elle s'est élevée à 35%, alors que d'habitude, c'est dans les grandes villes que se concentre la classe moyenne. Sans aucun doute, une bonne partie des électeurs de Russie unie sont également à tendance paternaliste. Voilà la vraie Russie à laquelle nous avons affaire. Nous n'avons pas d'autre Russie.

Les partis qui se veulent libéraux ont essuyé un échec prévisible, et désormais les libéraux ont trois possibilités.

La première consiste à continuer de pleurnicher et de se persuader qu'il suffit juste de parler davantage d'eux-mêmes à la population, qui finira par les croire et par ouvrir les yeux. Ce chemin mènera à une marginalisation complète et définitive des forces libérales, qui dérivent déjà précipitamment vers la création de "détachements de combat" et de ghettos intellectuels sur Internet.

La deuxième possibilité est d'attendre un collapsus de l'ensemble du système, en priant pour que les dieux pétroliers se détournent de la Russie. Mais le tableau énergétique actuel est loin de laisser entrevoir un tel scénario.

La troisième possibilité consiste à reconnaître la mort politique des partis qui se veulent libéraux. L'un d'entre eux dérive depuis déjà longtemps vers la social-démocratie. Un autre, tout en luttant contre la toute-puissance de la bureaucratie et le capitalisme étatique, est dans le même temps dirigé par des anciens fonctionnaires et dirigeants de monopoles naturels.

Le thème de la "nouvelle droite" n'est pas neuf. Il se peut qu'elle n'existe pas du tout en Russie, mais cela vaut tout de même la peine d'essayer.

Par Konstantin Simonov, directeur général de la Fondation de la sécurité énergétique nationale.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

mercredi 5 décembre 2007

Elections russes : l'UE déplore le non-respect des normes internationales

LEMONDE.FR avec AFP | 04.12.07 | 19h05 • Mis à jour le 04.12.07 | 19h15

La présidence portugaise de l'UE s'est exprimée avec retard, mais plus de vivacité que d'autres, sur les législatives russes de dimanche 2 décembre. "L'Union européenne regrette les nombreuses informations et allégations sur les restrictions faites aux médias, ainsi que le harcèlement des partis d'opposition et des ONG à l'approche des élections et le jour du scrutin, comme le fait que les procédures durant la campagne électorale n'aient pas respecté les normes internationales et les engagements que Moscou avait volontairement pris", a indiqué la présidence dans un communiqué, mardi.


Vives réactions aux "félicitations" de M. Sarkozy à M. Poutine

Nicolas Sarkozy a été très critiqué mardi, après que la présidence française a confirmé les "félicitations" adressées à Vladimir Poutine. Le député PS Arnaud Montebourg a souligné que les seuls autres pays à avoir agi ainsi étaient le Kazakhstan et l'Iran. Le député Verts Noël Mamère a dénoncé une"obscénité politique", qui "va tout à fait dans le sens des embrassades de Sarkozy respectivement à Kadhafi qui est un dictateur, et à Idriss Deby qui torture ses opposants". "La réaction de Sarkozy, totalement esseulée, est à la fois incompréhensible et scandaleuse", a estimé le président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Patrick Baudouin, regrettant "un mauvais coup porté aux démocrates et aux défenseurs des droits de l'homme en Russie, au moment où il y a une dérive autoritaire évidente du régime de Poutine". Les réactions ont été d'autant plus vives que lors de la campagne présidentielle, M. Sarkozy avait souvent critiqué la situation en Russie, notamment en Tchétchénie. - (Avec AFP.)




La Commission européenne était restée très prudente sur cette question lundi, se contentant d'inviter la Russie à enquêter sur ces allégations d'irrégularités – ce qu'a également fait la présidence portugaise.

"INQUIÉTUDES" DE WASHINGTON

Quelques Etats membres, Allemagne en tête, ont réagi plus durement que ces dernières années, estimant que les élections n'avait été ni "libres" ni "équitables et démocratiques".

Le premier ministre polonais Donald Tusk, qui effectuait mardi sa première visite à Bruxelles, a appelé l'UE à être plus ferme, en estimant qu'on ne pouvait "pas tolérer en Europe une situation dans laquelle certaines normes démocratiques sont violées".

Outre-Atlantique, le président George Bush, qui donnait une conférence de presse mardi, a indiqué avoir eu son homologie russe au téléphone. Il dit lui avoir "exprimé les inquiétudes [des Etats-Unis] au sujet des élections".






mardi 4 décembre 2007

La FIDH et Amnesty choqués des félicitations de Sarkozy à Poutine

Les deux associations jugent notamment "incompréhensible et scandaleuse" la réaction du chef de l'Etat français après la victoire du parti du président russe aux législatives.

Le président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) s'est insurgé, mardi 4 décembre, du message de félicitations du président Nicolas Sarkozy à son homologue russe Vladimir Poutine après les élections en Russie.
"La réaction de Sarkozy, totalement esseulée, est à la fois incompréhensible et scandaleuse", a déclaré Patrick Baudouin.
"Je pense que c'est un excès de zèle qui n'avait rien d'indispensable et qui ne contribue pas à honorer la France. Apporter un soutien à Poutine après des élections unanimement condamnées, c'est se compromettre et aller à l'encontre du discours officiel" sur le respect nécessaire des droits de l'Homme, a poursuivi Patrick Baudouin.
"C'est un mauvais coup porté aux démocrates et aux défenseurs des droits de l'Homme en Russie, au moment où il y a une dérive autoritaire évidente du régime de Poutine", a-t-il ajouté.

"Realpolitik" pour Amnesty

"Nous sommes très déçus par sa réaction, une fois de plus les droits humains sont négligés", a déploré pour sa part Danièle Artur, membre de la coordination Russie à Amnesty International, rappelant que chef de l'Etat avait tenu des propos très durs à l'encontre du président russe pendant la campagne présidentielle.
"Nous sommes en plein dans la realpolitik. Pourtant, on aurait pu être plus fermes. Car les Russes attendent beaucoup de nous, quoiqu'on en pense. Ils ne veulent pas seulement avoir leur porte-monnaie rempli", a-t-elle dit.
Nicolas Sarkozy a appelé lundi Vladimir Poutine pour le "féliciter" de la victoire de son parti dimanche aux élections législatives. La régularité du scrutin a été contestée par l'opposition russe et par plusieurs capitales occidentales.

"Félicitations" de Sarkozy

Les félicitations de Nicolas Sarkozy n'ont filtré que par l'entourage du président, l'Elysée s'étant jusque-là borné à confirmer que Nicolas Sarkozy avait téléphoné à Vladimir Poutine, mais sans préciser le contenu de cette conversation.
Selon le Kremlin, le chef de l'Etat français a "chaleureusement félicité" son homologue russe.
Les deux présidents ont "eu un échange de vues sur les questions d'actualité relatives aux relations franco-russes au cours d'une conversation (téléphonique) où le président français N. Sarkozy a chaleureusement félicité V. Poutine pour sa victoire aux élections", a précisé la présidence russe dans un communiqué.

Novelli salue la "clarté des résultats"

Les élections russes ont reçu peu d'échos positifs en France. Mardi, le secrétaire d'Etat français chargé des Entreprises et du Commerce extérieur, Hervé Novelli, a estimé à Moscou que la "clarté des résultats" aux législatives russes ouvrait une "période de stabilité importante pour les acteurs économiques".
"Je voulais indiquer que le résultat, la France en prend acte, constate qu'une large majorité s'est portée sur des candidats soutenus par Vladimir Poutine", a déclaré Hervé Novelli, en déplacement en Russie, dans une conférence de presse.
"C'est vrai que nous avons noté qu'il y a des allégations d'irrégularités qui ont été soulevées par un certain nombre de personnes. Nous attendons évidemment que les autorités russes fassent la lumière sur ces allégations et puissent indiquer ce qu'elles en pensent", a-t-il ajouté.
"Au-delà des allégations, la clarté des résultats ouvre une période de stabilité qui me semble importante pour les acteurs économiques qui ont besoin de visibilité, de clarté et de stabilité pour pouvoir améliorer leur activité tant commerciale que financière", a-t-il ajouté.

Félicitations de Gollnisch

La seule autre personne à avoir publiquement félicité Vladimir Poutine n'est autre que… Bruno Gollnisch, député européen, responsable des affaires internationales du Front national. Pour lui, "ces élections, qu'ils s'agissent des résultats du parti gouvernemental ou ceux du parti Libéral-démocrate, traduisent une renaissance de l'affirmation du fait national et de la fierté russe".
"Cette traduction est peut-être imparfaite, mais comment ne pas être stupéfait du culot des donneurs de leçons occidentaux, naguère muets à l'époque communiste, sur le manque de démocratie en Russie", a-t-il ajouté.
"Ce pays où les dirigeants des principaux complexes militaro-industriels détiennent la presse et la télévision pro-gouvernementale (...) est-ce seulement la Russie de Poutine, ou bien aussi la France de Sarkozy ?", a-t-il demandé, en faisant référence à "Matra, Dassault, Bouygues".
"Nos démocraties doivent balayer devant leurs portes, et préparer avec la Russie les coopérations fructueuses du grand espace boréal qui, mieux que l'Union européenne, peut répondre aux défis du monde de demain" déclare-t-il.

"Pas démocratiques", estime Berlin

Les conditions du scrutin ont été contestées par l'opposition russe et plusieurs capitales occidentales, l'Union européenne et l'OSCE ont exprimé des inquiétudes ou des réserves quant à son déroulement.
L'Allemagne a même dénoncé un scrutin ni libre ni démocratique.
De son côté, la Maison Blanche a de nouveau demandé lundi à Moscou d'enquêter sur les accusations de fraude portées après les législatives russes et a indiqué que le président George W. Bush n'avait pas l'intention d'appeler son homologue Vladimir Poutine pour le féliciter.

Le Nouvel Observateur (avec AFP)

La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

ESTONIE

L'indifférence apparente des hommes politiques russes à l'égard de l'évaluation occidentale de la campagne électorale en Russie cache, selon certains commentateurs, l'intérêt du Kremlin pour la présence aux législatives d'observateurs de l'OSCE.

"En fait, malgré la rhétorique antioccidentale constante et les accusations de pression sur leurs valeurs, il est très important pour les leaders russes que les élections qu'ils organisent fassent bonne figure aux yeux du monde. Sinon pourquoi organiser tout ce spectacle avec les candidats, les observateurs et le vote alors que près de la moitié des Russes sont prêts, d'une façon ou d'une autre, à laisser à vie Vladimir Poutine au poste de président? [...] [Ceci] correspond aux aspirations du Kremlin: personne ne pourra affirmer que le vote du 2 décembre se déroulera en l'absence d'observateurs internationaux. Peu importe que les observateurs ne puissent pas remplir la partie la plus importante de leur travail, qui consiste à contrôler une campagne on ne peut plus malhonnête" (Postimees, 22.11).

LETTONIE

Certains analystes estiment que les actions agressives des autorités russes vis-à-vis de l'opposition sont dues à l'aspiration du Kremlin à empêcher toute possibilité de mise en oeuvre en Russie d'un scénario de révolution "colorée".

"Des manifestations de l'opposition sous les slogans "Une Russie sans Poutine", "Non aux élections sans choix" et "Partez, votre temps est révolu" ont été prévues dans trente villes russes, mais les autorités ont fait tout leur possible pour "assourdir" l'opposition. [...] En privant l'opposition des libertés fondamentales, les autorités russes perdent leur crédit sur la scène internationale" (Neatkariga rita avize, 26.11).

Dans le même temps, en l'absence d'une sérieuse opposition en Russie, le Kremlin exagère sciemment la menace d'une "révolution orange", en vue de maintenir Vladimir Poutine au pouvoir en tant que garant de la stabilité, estiment les analystes politiques.

"Contre toute attente, le chef de l'Etat a consacré une bonne partie de son discours de campagne [lors du forum de soutien organisé en son honneur par Russie unie à Moscou], et ce, avec beaucoup d'émotion, à la menace d'une "révolution orange" en Russie qui pourrait être déclenchée par les partisans du "régime oligarchique". Mais rien ni personne en Russie n'indique l'existence d'un mécontentement par rapport au pouvoir, et d'autant moins d'une quelconque tentative de le renverser. La cote de popularité de Poutine et des membres de Russie unie dépasse toutes les limites". (Telagraf, 22.11).

LITUANIE

Certains commentateurs évoquent une politique consciente du Kremlin visant à abandonner les principes démocratiques de l'organisation de la vie sociale adoptés dans le monde civilisé.

"L'écartement des observateurs européens du processus électoral et les déclarations des diplomates russes montrent que Moscou ne se soucie même pas de créer ne serait-ce qu'une illusion de démocratie dans ces élections" (Letuvos zinios, 21.11).

La presse souligne que par ses actions inadéquates à l'égard de l'opposition, le régime poutinien ne fait que se rapprocher de son écroulement.

"Le modèle du pouvoir créé par M. Poutine a détruit l'opposition, la repoussant à la limite de la politique civilisée. Il est absolument clair qu'aujourd'hui, l'opposition n'a aucun intérêt à jouer selon les règles instaurées par le pouvoir de Vladimir Poutine, car ces règles ne favorisent qu'un seul vainqueur. Pour l'instant, l'opposition russe est désespérée, elle tente de s'unir d'une façon ou d'une autre [...] mais son temps peut venir un jour, car c'est M. Poutine lui-même qui nous en rapproche" (Respublika, 26.11).

BIELORUSSIE

Les analystes rappellent la disparition de Mikhaïl Gutseriev, ancien patron de la compagnie pétrolière indépendante RussNeft, qui fait l'objet d'un avis de recherche international lancé par le parquet russe. On suppose que la situation illégale de cet homme d'affaires se répercutera négativement sur l'économie biélorusse, car les droits à 25% des actions de la compagnie pétrolière RussNeft-Briansk offerts par Mikhaïl Gutseriev au gouvernement biélorusse peuvent désormais être contestés devant un tribunal. D'ailleurs, les publications mentionnent les intentions intéressées de l'entrepreneur qui avait jadis reçu l'asile politique en Biélorussie. "A l'époque, le projet avait coûté 90 millions de dollars à Gutseriev. Néanmoins, il avait jugé utile d'offrir une part de 25% à la Biélorussie. Cette offre généreuse avait des desseins secrets: avant son départ de RussNeft, Mikhaïl Gutseriev avait maintes fois tenté de placer sous son contrôle des raffineries de pétrole et des entreprises pétrochimiques sur le territoire de la Biélorussie. Le "cadeau" devait accélérer les pourparlers et contribuer à leur résultat positif. Mais, en fin de compte, l'ancien dirigeant de RussNeft n'a obtenu de Minsk que la possibilité de partir sans entraves d'un aéroport biélorusse dans une direction inconnue, lorsqu'il s'est heurté à des problèmes en Russie". (Zavtra tvoeï strany, 21,11).

UKRAINE

La presse estime que la rhétorique sévère du Kremlin dissimule, en fait, son intention d'éviter une grave confrontation avec l'Occident, ce qui représenterait une menace pour les intérêts économiques de la "noblesse" russe. "La Russie espère toujours empêcher le déploiement de systèmes américains de défense antimissile chez ses plus proches voisins occidentaux... Plus les élections approchent et plus la position de la Russie devient ferme à l'égard de ses voisins au sein de l'ex-URSS... Cependant, il est peu probable qu'une guerre froide soit possible, alors que l'élite russe dépose d'importantes sommes dans des banques étrangères. De nombreux représentants de cette élite vivent à Londres... comme des coqs en pâte". (Gazeta 24, 23.11).

Les médias estiment que Moscou freine sciemment l'adoption de la décision définitive sur les prix du gaz pour l'Ukraine, en attendant la formation de la coalition parlementaire. En même temps, selon des sources, le Kremlin prévoit d'utiliser son principal atout en vue d'apporter des corrections aux rapports entre les forces politiques dans le pays voisin. "Il est facile de comprendre les Russes: ils veulent savoir quand et qui sera premier ministre en Ukraine et, par conséquent, dirigeant du ministère des Combustibles et de l'Energie et de Naftogaz d'Ukraine. Ils trouvent probablement insensé de signer des traités avec des personnes qui pourraient bientôt partir ". (Zerkalo nedeli, 24.11).

MOLDAVIE

Les experts ont apprécié la reprise des livraisons de vins moldaves sur le marché russe. Ils constatent que les rapports entre Moscou et Chisinau se sont considérablement améliorés ces derniers mois. "Les viticulteurs moldaves ont l'intention de "récupérer" environ 30% des livraisons de vins et de boissons fortes vers la Russie". (Agence d'information News-Moldova, 23.11). "La Russie ne fait aucune remarque au sujet des produits moldaves, tous les obstacles qui empêchaient les livraisons sur le marché russe ont été levés... Une nouvelle impulsion sera bientôt conférée aux rapports économiques entre la Moldavie et la Russie... En 2007, le chiffre d'affaires des échanges commerciaux entre la Moldavie et la Russie s'est accru de 40% par rapport à l'année dernière". (Moldova Azi, 23.11).

ARMENIE

Les médias sont certains qu'en dispersant les meetings autorisés de l'opposition à Moscou et à Saint-Pétersbourg et en arrêtant Garry Kasparov, leader du mouvement L'autre Russie, le pouvoir a agi trop violemment et assuré à l'opposition la possibilité de gagner des points électoraux. "Pour la première fois dans la nouvelle histoire de la Russie, le pouvoir a mis sous les verrous les leaders de l'opposition. L'opposition ne pouvait que rêver d'une telle publicité à une semaine des élections. Grâce à cette action de protestation, le SPS (Union des forces de droite) s'attirera une bonne partie de l'électorat libéral encore hésitant". (Ayastani Anrapetoutioun, 27.11).

Les analystes soulignent que la Russie doit appliquer une politique caucasienne prudente pour ne pas perdre le monopole du transport d'hydrocarbures vers l'Europe. "Pour l'instant, la position pro-russe de l'Arménie est le principal obstacle au projet de "Grand Caucase". Mais des efforts sont déjà déployés à l'égard de l'Arménie, Washington espère éliminer prochainement les obstacles existants. Ensuite, toutes les voies seront dégagées pour la construction de l'infrastructure militaire des Etats-Unis en Transcaucasie, ainsi que pour la construction et l'utilisation des voies de communication à partir du littoral de la Caspienne et des débouchés sur la mer Noire... Les livraisons de ressources énergétiques en Europe via le Caucase en contournant la Russie sont le meilleur moyen de supprimer la dépendance de l'UE vis-à-vis du pétrole et du gaz russes". (Armtoday.info, 24.11). "La cérémonie de lancement de la construction du chemin de fer Kars-Akhalkalaki - Tbilissi - Bakou (KATB) a eu lieu à Tbilissi... L'objectif politique de ce projet est d'évincer la Russie. Lorsque le KATB fonctionnera, Moscou perdra ses instruments de pression sur le Caucase du Sud". (Respublika Armenia, 23.11).

GEORGIE

Selon les analystes, l'élection présidentielle anticipée en Géorgie pourrait entraîner le développement indésirable des événements. "Les deux dangers évidents - l'isolement international et la déstabilisation intérieure - seraient fatals pour le pays... La déstabilisation de la situation en Géorgie fournira à la Russie des atouts supplémentaires pour affirmer que les "révolutions de couleurs", de même que toute tentative d'échapper à l'influence russe, se soldent par un échec et que la Russie doit être l'unique garant de stabilité dans l'espace postsoviétique. La déstabilisation et l'anarchie en Géorgie, ou bien la diminution du soutien occidental, renforceront encore davantage les menaces extérieures qui existent. Cela accroîtra, entre autres, la probabilité qu'après la reconnaissance éventuelle de l'indépendance du Kosovo, la Russie fera la même démarche à l'égard de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud". (Georgia-Online, 27.11).

AZERBAIDJAN

La position de la Russie vis-à-vis de l'indépendance du Kosovo retient toute l'attention des médias. Les experts estiment que l'indépendance de cette province serait avantageuse pour la Russie, car elle pourrait être considérée comme un précédent et utilisée dans son jeu politique extérieur. "La Russie est intéressée comme jamais par la reconnaissance internationale de l'indépendance du Kosovo. Cela s'explique facilement. Le Kremlin reconnaît son fiasco militaro-politique dans les Balkans. Dans ces conditions, la Russie essaie, en partant, de retirer le maximum d'avantages de la situation qui se crée. Le jeu géopolitique spéculatif concernant l'indépendance du Kosovo est utile pour elle... La Russie mobilise toutes les ressources évidentes et secrètes de sa politique étrangère en vue d'assurer l'interprétation internationale de l'indépendance du Kosovo comme un précédent politique et juridique. Ce précédent sera mis à profit pour assurer la légitimation internationale des régimes du Karabakh, de l'Abkhazie, etc.". (Zerkalo, 27.11).

La rhétorique belliciste de Moscou ne peut pas, selon les experts, dissimuler le fait que l'avenir de la Russie n'est en aucun cas enviable: la Russie est de moins en moins prise en considération dans la politique mondiale et des processus de désagrégation sont évidents dans ce pays. Tous les processus qui se produisent actuellement en Russie entraîneront sa désagrégation totale. La désagrégation pacifique de l'empire et la création d'un nouvel Etat seraient la meilleure issue. Pour l'instant, les Russes n'ont pas d'Etat, la Russie est un empire... Il y aura peut-être plusieurs Etats, mais le processus de désintégration de la Russie en tant qu'empire se déroule déjà et le processus inverse, celui de renaissance de l'empire, est impossible". (Day. Az, 21.11).

KAZAKHSTAN

Les experts prévoient que l'accord conclu entre Gazprom et la compagnie italienne ENI sur la construction du gazoduc South Stream-2 contraindra le Kazakhstan à définir son attitude envers le projet de Gazoduc caspien. "Quelles seront les incidences sur les intérêts du Kazakhstan?... Premièrement, il faut savoir comment ce nouveau projet grandiose (son coût, rien que pour ENI, s'élèvera à 5 milliards de dollars) se répercutera sur les délais de mise en valeur du gisement de Kachagan, car ce consortium italien en est l'opérateur... ENI, aura-t-elle suffisamment de ressources pour remplir ses engagements aussi bien devant ses partenaires russes que devant le gouvernement kazakh?... Deuxièmement, le Kazakhstan devra probablement définitivement faire un choix entre le projet de gazoduc actuellement hypothétique à travers la Caspienne, la Transcaucasie et la Turquie et le gazoduc russo-italien qui est, en fait, en voie de création". (Gazeta.kz, 26.11).

OUZBEKISTAN

Les médias sont sceptiques quant aux perspectives du programme d'Etat de la Russie de concours au déménagement des compatriotes. Du point de vue des journalistes, les obstacles bureaucratiques et l'application aveugle des lois ne peuvent pas inciter les habitants russophones des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) à s'installer en Russie. "Il devient évident que quelque chose cloche dans le schéma prévu par les autorités de la Russie pour accueillir les Russes résidant à l'étranger. Effectivement, les migrants potentiels ne sont pas pressés de revenir dans leur patrie historique! Soit leur décision est ajournée à cause de la quantité de papiers qu'il est nécessaire de présenter aux instances locales dans le cadre du programme annoncé par le président russe, soit ils commencent à ressentir le goût réel du "pain d'épice" qui leur est promis, mais les faits demeurent les mêmes... malgré l'afflux inouï de compatriotes prévu par les autorités à l'automne". (Ferghana.Ru, 23.11).

TURKMENISTAN

Les analystes des éditions privées commentent négativement la récente rencontre à Moscou entre les procureurs généraux de Russie et du Turkménistan, M. Tchaïka et M. Ogchoukov. A leur avis, les départements de force de Russie participent aux persécutions lancées contre les émigrés politiques turkmènes. "Selon M. Ogchoukov, la Russie est prête à renforcer ses mesures antiterroristes. Autrement dit, la partie turkmène a reçu à Moscou des assurances quant au fait que les refugiés illégaux turkmènes déloyaux envers le pouvoir d'Achkhabad seraient désormais arrêtés sur le territoire de la Russie et extradés sans tarder vers le Turkménistan". (Gundogar, 26.11).

Elections russes: l'Occident se borne à une rhétorique tapageuse (Nezavissimaïa gazeta)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Comme il fallait s'y attendre, les partenaires occidentaux de la Russie et les organisations internationales ont émis des critiques à propos des élections à la Douma (chambre basse du parlement russe), lit-on mardi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

N'ayant pourtant aucune approche commune sur de nombreux problèmes importants de notre époque, les Etats-Unis et l'Europe manifestent toujours une belle unanimité en ce qui concerne le développement démocratique de la Russie. L'Occident a invité à enquêter sur les irrégularités relevées lors de ces élections à la Douma, sans entrer dans les détails. Autrement dit, aucun fait concret n'a été présenté au Kremlin.

En se fondant sur l'avis des observateurs mécontents, on attend déjà dans les capitales occidentales une réaction lors de l'élection présidentielle du mois de mars en Russie, en laissant entendre que ses résultats exerceront une forte influence sur la politique à l'égard de la Russie, non seulement de la part de l'Union européenne, mais aussi de l'ONU et du G8. En sera-t-il vraiment ainsi?

Le déficit de démocratie en Russie et l'imperfection de ses élections sont traditionnellement l'un des thèmes préférés de l'Occident depuis la chute du régime communiste. Il est vrai, l'effet de la pression exercée sur Moscou à ce sujet reste très limité. Aucune sanction internationale n'a jamais été prise contre la Russie, et cette possibilité n'a même pas été sérieusement envisagée. La Russie n'a été exclue d'aucune organisation pro-occidentale et, d'ailleurs, aucune tentative n'a été faite en ce sens. Enfin, personne n'a jamais exigé fermement du président russe qu'il garantisse la liberté des citoyens. Bref, les partenaires occidentaux de Moscou préfèrent se borner à une rhétorique tapageuse.

Fort de sa puissance énergétique croissante, le Kremlin n'a aucune raison de craindre les observateurs mécontents des résultats des élections. Quant au développement démocratique de la Russie, ce problème n'entre pas dans ses compétences. Il reste à demander aux critiques occidentaux quelle est, selon eux, l'alternative à la marche victorieuse du parti Russie unie. Garry Kasparov? Ils répondraient probablement à cette question de la manière suivante: "Il appartient aux électeurs russes d'en décider". Par conséquent, tout revient à sa place. Les électeurs russes votent dans le cadre du système électoral existant, que les partenaires occidentaux du Kremlin ne condamnent qu'en paroles.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Vladimir Poutine, un Reagan russe (Time)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. L'hebdomadaire américain Time, dans son édition de cette semaine, a comparé le succès politique du président russe Vladimir Poutine avec celui de Ronald Reagan, considéré comme "le grand symbole du conservatisme américain contemporain".

Les élections législatives de dimanche dernier ont confirmé sans ambiguïté que Vladimir Poutine restait "un leader extrêmement populaire dans la Russie d'aujourd'hui", note le Time, en dressant des parallèles avec "celui qui a contribué à l'effondrement de l'URSS".

Tout en reconnaissant que la politique et le style de Vladimir Poutine n'avaient rien à avoir avec ceux de Ronald Reagan, l'hebdomadaire souligne que le chef du Kremlin "a redonné aux Russes une bonne attitude à l'égard de leur propre pays", d'où son attrait "reaganesque".

"La popularité de Ronald Reagan, même parmi les démocrates, tient moins à sa politique concrète, traduite par la réduction des impôts et l'accumulation des armements, qu'à la renaissance de la fierté nationale et de l'optimisme des Américains", note le magazine.

"Si l'ère Carter était associée aux difficultés économiques intérieures et à une série d'échecs géopolitiques, qui ont atteint leur apogée avec la crise des otages en Iran, Reagan pour sa part, à peine entré en fonction, avait su convaincre la nation qu'un nouveau jour était arrivé pour l'Amérique, en adoptant une prise de position ferme à l'égard des ennemis de Washington sur la scène internationale ", rappelle le Time.

"Le succès de Vladimir Poutine est de même dû à la rupture avec la présidence de Boris Eltsine caractérisée par une ambiance sombre et pessimiste", note l'hebdomadaire américain en rappelant que "la croissance des prix du pétrole a permis à Vladimir Poutine de renverser la situation économique de la Russie, en encourageant la montée d'un nationalisme économique et politique offensif".

samedi 24 novembre 2007

Les années 90, bouc émissaire de la campagne électorale du "parti du pouvoir" (Vedomosti)

MOSCOU, 23 novembre - RIA Novosti. Les critiques émises mercredi par Vladimir Poutine envers les années 90 dans son discours prononcé devant ses partisans en qualité de tête de liste de Russie unie sont le leitmotiv de la campagne électorale du "parti du pouvoir", lit-on vendredi dans le quotidien Vedomosti.

L'opposition estime qu'il s'agit d'une action "hystérique" du pouvoir qui est incertain des résultats des élections.

Le président Vladimir Poutine a parlé pour la première fois du haut de la tribune du stade et son discours brillant restera dans les mémoires. Il y a trois raisons d'appliquer les mots "pour la première fois" en parlant de ce discours: il n'a jamais pris la parole devant une telle assistance, il n'a jamais prononcé un long discours en qualité de candidat à la Douma (chambre basse du parlement russe) et il n'a jamais stigmatisé aussi fermement et d'une manière aussi directe l'ennemi intérieur.

Il se peut que ce soit une réaction à la rhétorique électorale molle du parti qu'il a pris le risque de représenter. Selon les sociologues, le rabâchage d'incantations telles que le "plan Poutine", la "victoire de la Russie ", le "pays uni" ne trouve presque aucune répercussion dans le coeur des citoyens. Tout le monde a entendu parler du "plan Poutine", mais peu de personnes connaissent son essence, y compris les membres du parti Russie unie.

Selon Ivan Melnikov, vice-président du comité central du KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie), le "parti du pouvoir" ayant décidé de gagner 70% des voix aux élections "n'a pas d'autre issue que de critiquer agressivement les années 90". "C'est une crise d'hystérie", a déclaré Boris Nemtsov, membre du conseil politique fédéral du SPS (Union des forces de droite), en rappelant que, "dans les années 90, Vladimir Poutine était en fait, complice des oligarques, il était lié d'amitié avec Berezovski et Goussinski". "Pourquoi luttes-tu contre eux, ils représentent le pouvoir", avait-t-il demandé à la fin des années 90, selon Boris Nemtsov, en faisant référence aux oligarques.

Boris Eltsine n'a prononcé aucun discours dans des stades, mais il avait de bons conseillers en communication. "Vote avec ton coeur!": rien de meilleur n'a été inventé depuis cette formule.

Les conseillers en communication de Vladimir Poutine ont rassemblé les acquis de ses prédécesseurs et l'expérience de leurs collègues américains qui prononcent des discours dans des stades. En stigmatisant les ennemis à plusieurs visages qui n'ont même pas laissé de savon ni d'allumettes aux Soviétiques et viennent aujourd'hui quémander auprès des ambassades étrangères en préparant une revanche oligarchique, Vladimir Poutine s'est adressé au coeur des électeurs, et non à leur raison, car si l'on réfléchit à ses paroles, des questions inadéquates peuvent surgir. Par exemple, n'est-ce pas au sein du parti qui avait provoqué la pénurie de savon dans le pays que le premier ministre Viktor Zoubkov, cajolé par Vladimir Poutine, avait fait sa carrière?

En revanche, le vote avec le coeur est efficace: faute de pouvoir remplir le coeur des électeurs de joie (le budget n'est pas fait de caoutchouc), il faut alors le remplir d'indignation. C'est ainsi qu'ils voteront contre tous les candidats, sauf un.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Relations internationales: une époque de rude concurrence se profile. Partie III


Par Nikolaï Zlobine, membre du Conseil d'experts de RIA Novosti

Les intérêts américains en Eurasie ont, pour l'instant, un caractère indéfini, ils sont encore en train d'être formulés. Washington part du fait que cette région jouera dans les dix prochaines années un rôle important sur le marché énergétique mondial. C'est ce qui détermine, pour beaucoup, l'intérêt manifesté par les Etats-Unis pour les questions relatives à la sécurité des pays eurasiatiques, à la stabilité régionale et à la géographie politique qui s'y met en place.

Cependant, dans l'économie post-pétrolière, le rôle de l'Eurasie sur le marché énergétique mondial se réduira au minimum, ce qui entraînera des conséquences politiques déterminées, entre autres, une baisse de l'intérêt manifesté pour la région de la part de certains grands acteurs extérieurs, notamment de l'Amérique. La situation dans la région dépendra alors directement du développement économique et politique de la Chine, de la Russie et de toute l'Asie. L'Amérique y restera, comme elle l'a toujours été, un acteur extérieur, et sa participation aux affaires eurasiatiques dépendra de l'évolution de ses intérêts nationaux et de sa tactique politique.

A court terme, les Etats-Unis sont intéressés par un développement de l'Eurasie en tant que région énergétique et, bien entendu, par la possibilité de gérer la situation dans cette région. En ce qui concerne l'importance du développement de la démocratie dans les pays eurasiatiques, les Etats-Unis n'ont pas encore d'opinion bien nette. Ainsi, une question se pose: comment cela peut-t-il influer sur leur stabilité énergétique actuelle? Qui plus est, la politique américaine de démocratisation de la région consiste avant tout à y agir contre la Russie. Si les Etats-Unis tenaient tant à la propagation de la démocratie en Eurasie, ils appliqueraient également cette politique, par exemple, à l'égard de l'Afghanistan ou du Pakistan, au lieu de se concentrer sur les Etats postsoviétiques. Les Etats-Unis y poursuivent donc plutôt l'objectif d'essayer de créer une "alternative non russe" pour les élites locales.

Mais Washington se heurte, de même que Moscou, à la nécessité d'empêcher la désintégration des Etats en Eurasie et la formation de territoires incontrôlés qui pourraient devenir une source de déstabilisation de toute la région. Aux Etats-Unis, la majorité des experts jugent possible de régler ce problème en apportant un soutien maximal à l'intégration régionale, mais cette intégration se heurte aux processus centrifuges intenses dans la région, à l'opposition de plusieurs grands pays et aux ambitions des élites locales. En outre, Washington manque de volonté politique, ainsi que d'intérêt et d'unité de la part de l'establishment américain pour assurer l'intégration de l'Eurasie.

La Maison Blanche et le Département d'Etat considèrent la souveraineté réelle des Etats de l'Eurasie comme l'objectif prioritaire de la politique américaine. Mais l'Amérique ne peut pas proposer à cette région un modèle de développement est-asiatique, en accordant des garanties de sécurité et un parapluie régional, américain ou de l'OTAN.

La politique appliquée actuellement par les Etats-Unis dans la région suppose la lutte contre certains groupes des élites eurasiatiques locales, y compris russe, qui poursuivent leurs intérêts propres, au lieu de contribuer à la réalisation des intérêts nationaux et au développement de la démocratie et du marché libre. C'est ici qu'il faut chercher la cause des profondes divergences entre Washington et Moscou sur la nature et le caractère des révolutions de couleurs. Mais la décision de principe de Moscou de coopérer avec n'importe quel régime en vigueur dans les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) est cependant saluée par Washington.

Les Etats-Unis tâcheront de continuer d'appliquer en Eurasie une politique de soutien à la démocratie, à la stabilité, à la liberté, aux droits de l'homme, à la transparence en matière d'adoption de décisions, à la lutte contre la corruption, etc. Selon Washington, Moscou doit reconnaître que les menaces qui planent sur les pays postsoviétiques, entre autres, le terrorisme, la prolifération des armes nucléaires et traditionnelles, l'extrémisme, la faiblesse des administrations publiques et l'incompréhension des intérêts nationaux par les élites, représentent également des menaces pour la sécurité de la Russie. Espérons que cela conduira à une meilleure concertation de la politique eurasiatique de Moscou avec les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, l'UE, etc.

La nécessité d'une coopération des Etats-Unis avec la Russie, principal pays eurasiatique ayant d'éternels intérêts dans la région, ne fait aucun doute. Le problème est de savoir comment mettre en place ces rapports. Moscou estime, non sans fondements, que les pays postsoviétiques relèvent de la sphère de ses intérêts nationaux profonds, du moins, dans les domaines de la sécurité, des affaires sociales, du transport des ressources énergétiques, etc. Ni Moscou, ni Washington ne sont probablement en mesure de se proposer l'un à l'autre un modèle de coopération. Dans ces conditions, les Etats-Unis sont plutôt disposés à accepter un modèle de "coopération souple", en renonçant à fixer préalablement un ordre du jour et en abandonnant la répartition traditionnelle des sphères de coopération.

Cependant, premièrement, l'establishment américain n'acceptera probablement pas le monopole des intérêts nationaux russes dans l'espace postsoviétique, deuxièmement, les Etats-Unis feront tout leur possible en vue de conjurer les tentatives de la Russie de renforcer son rôle dans le règlement des problèmes relevant de la compétence des Etats eurasiatiques souverains.

Selon Washington, la Russie n'a pas de droit de veto sur la politique des Etats de la région. En outre, de l'avis des fonctionnaires américains, dans la politique russe, le pouvoir appartient aujourd'hui à un segment de l'élite intéressé à obtenir des recettes immenses provenant de la rente naturelle, et non pas à défendre les intérêts nationaux. Les Etats-Unis n'ont pas non plus de droit de veto en Eurasie, il est vrai, pour une autre raison.

Qui plus est, la position de la Russie sur le règlement des "conflits gelés" consistant à maintenir le statut quo ne convient pas à Washington. Il est vrai, aucune opinion sur ces conflits ne fait l'unanimité dans l'élite américaine, par conséquent, les Etats-Unis n'ont pas de volonté politique suffisante pour participer à leur règlement. L'establishment américain subit une forte pression de la part des élites nationales, surtout de celles d'Asie centrale et du Caucase du Sud, qui essaient de lui prouver que la Russie est incapable d'accepter de profonds compromis sur les problèmes relatifs au développement des Etats eurasiatiques. L'extension de l'OTAN à l'Eurasie et l'apparition potentielle d'ouvrages militaires des Etats-Unis et de l'Alliance dans les pays de la zone suscitent des appréhensions de Moscou quant à sa sécurité.

Le problème principal des Etats-Unis en Eurasie se réduit aujourd'hui à ceci: peut-on cumuler (et comment) la poursuite de la politique de démocratisation, de stabilisation politique et de développement des marchés dans les pays eurasiatiques avec une coopération efficace avec la Russie? Par exemple, la coopération avec Moscou sur le problème nucléaire iranien est aujourd'hui bien plus importante pour Washington que les intérêts politiques américains en Biélorussie. Quoi qu'il en soit, Washington préfère renoncer à une approche identique de tous les pays de l'Eurasie, alors que Moscou l'accuse d'employer des doubles standards.

La coopération avec Moscou apporte aux Etats-Unis de nombreux avantages. Bien plus, elle compense le manque de "soft power" américain dans la région et, par la même occasion, l'abondance de "soft power" russe. Cependant, la coopération avec Moscou n'est possible aujourd'hui que sur la base d'une dépendance (économique) de l'économie russe envers les livraisons de ressources énergétiques. Au fur et à mesure que l'économie russe va se diversifier et que la dépendance totale vis-à-vis des livraisons de ressources énergétiques sera surmontée, les Etats-Unis verront apparaître de nombreuses variantes de coopération avec la Russie qui sont aujourd'hui impossibles.

La coopération entre Moscou et Washington dans la région sera plus efficace si les deux cessent, premièrement, d'appliquer une politique d'évincement mutuel "au cas où", ce qui se manifeste éloquemment surtout dans la politique russe.

Deuxièmement, s'ils tentent de cesser d'appliquer une politique stérile d'égalisation de leurs possibilités dans la région, ce qui distingue surtout la politique américaine, et s'ils se concentrent sur leurs intérêts nationaux en Eurasie. Ils doivent déterminer leurs propres priorités stratégiques nationales dans la région et les formuler du point de vue de leur réalisation et, si possible, tenir compte des intérêts de l'autre partie, ainsi que des intérêts des pays de la région et de leurs élites. En cas de divergences sérieuses, ils doivent rechercher un compromis et renoncer aux tentatives de défendre de façon agressive leurs intérêts au préjudice de leurs partenaires. Il faut reconnaître le rôle positif et négatif aussi bien de sa propre politique que de celle de son partenaire en Eurasie. Enfin, il faut cesser de l'appliquer en poursuivant ses propres intérêts, et non ceux de la région.

Bien entendu, les intérêts américains en Eurasie et leur promotion dépendent, pour beaucoup, de l'évolution de la situation intérieure aux Etats-Unis. La lutte politique au sein de l'élite américaine sape la tactique de Washington en Eurasie, les cycles électoraux changent considérablement la hiérarchie des objectifs et des tâches du pays à l'étape donnée, ils permettent à la Russie et à d'autres pays non seulement d'appliquer avec succès, presque de façon monopoliste, leur politique dans la région, mais aussi de s'opposer à la politique américaine.

Compte tenu de l'approche des cycles électoraux en Russie et aux Etats-Unis, l'ordre du jour commun et la réputation des deux pays dans la région auront tout à gagner au cours des deux prochaines années, dans un contexte d'attentes réciproques réduites. En même temps, cela permettra aux élites d'essayer de préparer un nouvel agenda en vue d'empêcher la répétition de la situation des administrations précédentes, qui étaient reparties de zéro ou s'étaient retrouvées sous l'influence de groupes d'intérêts spéciaux.

FIN

Nikolaï Zlobine est directeur des programmes russes et asiatiques du Center for Defense Information de Washington.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Traité FCE: la Russie et l'OTAN entre patience et indifférence


Par Alexeï Arbatov, membre du Conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou, pour RIA Novosti

Une question se pose en toute logique: quel était l'objectif poursuivi par Moscou en introduisant le 13 décembre un moratoire sur l'application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE)? Si la Russie voulait que ce traité cesse d'exister, elle s'en serait retirée conformément à l'un des articles, après avoir informé préalablement les autres signataires. Le fait que Moscou ne le fasse pas et préfère un moratoire témoigne sans aucun doute que l'objectif de sa politique est de sauver le Traité en incitant l'OTAN à ratifier dans les plus brefs délais le Traité FCE adapté.

Dans ce cas, la Russie lèvera son moratoire et appliquera le Traité adapté qu'elle avait ratifié en 2004.

La réaction de nos partenaires signataires du Traité face à ce qui se produit ne satisfait pas Moscou. L'Occident continue d'invoquer les accords d'Istanbul de 1999. La Russie a retiré ces jours-ci, avant terme, ses bases militaires de Géorgie, mais ses soldats de la paix restent en Abkhazie, en Ossétie du Sud et en Transnistrie où un petit contingent russe séjourne également afin de protéger les stocks de munitions qui s'y trouvent. L'OTAN continue d'invoquer tout ceci en se référant perpétuellement aux accords d'Istanbul. En réponse, la Russie rappelle que les accords d'Istanbul ne prévoyaient pas de date précise pour le retrait des militaires, mais uniquement un accord à ce sujet, par exemple, avec la Géorgie où restent non pas les bases, mais un contingent de paix, ce qui change radicalement le tableau. Le retrait des soldats de la paix dépend non pas du Traité FCE, mais du règlement des conflits existants.

En fait, la Russie estime que l'OTAN n'a pas de raisons valables de ne pas ratifier le Traité FCE et que l'obstination de cette organisation atteste du fait qu'elle n'est pas intéressée par ce Traité et qu'elle tente d'appliquer une politique à partir des positions de force. D'autant plus que l'OTAN s'élargit à l'Est et que sa supériorité en forces conventionnelles continue d'augmenter aussi bien sur le plan qualitatif que géostratégique (son rapprochement des frontières de la Russie).

Il convient de signaler que le Traité FCE adapté, tel qu'il a été conclu en 1999, n'arrange pas tout à fait la Russie, Moscou n'y voit qu'une étape intermédiaire avant l'établissement d'un système plus stable et équitable de confiance et de sécurité en Europe. Néanmoins, la Russie a ratifié ce document en 2004, en espérant qu'il serait ensuite complété par une série de conditions qu'elle juge importantes et qu'elle a soumises à une session spéciale sur le Traité FCE en été 2007. Par ailleurs, si les pays de l'OTAN ratifiaient le Traité FCE actuel, l'examen de ces conditions supplémentaires pourrait être remis à plus tard.

Qu'arrivera-t-il si nos partenaires européens continuent de traiter avec mépris les signaux en provenance de Moscou? Evidemment, nous cesserons alors de transmettre des informations concernant le déploiement des forces conventionnelles et n'admettrons pas les inspections de l'OTAN. Nous cesserons également de respecter les restrictions imposées aux flancs et si nous jugeons nécessaire de déployer des contingents supplémentaires dans le Caucase ou, par exemple, en Arménie, nous le ferons. Mais nous ne dépasserons pas les plafonds de nos armements conventionnels imposés par le Traité FCE. Nous n'avons pas de plans de ce genre et, d'ailleurs, le calendrier des achats d'armements conventionnels effectués par nos forces armées ne nous permet pas de dépasser considérablement ces plafonds.

La principale cause de tout ce qui se produit réside dans l'élargissement de l'OTAN à l'Est. Certes, la Russie envoie parfois de mauvais signaux, ce qui aggrave la situation, mais le principal problème réside tout de même dans l'OTAN. En raison de sa politique, aussi bien le Traité FCE signé en 1990 que le Traité FCE adapté signé en 1999, cessent d'être conformes aux objectifs initiaux. Si l'OTAN déclarait, par exemple, qu'au fur et à mesure de l'élargissement de l'alliance elle ne dépasserait pas les plafonds des armements prévus initialement en 1990 pour les 16 membres de l'organisation, cela affaiblirait l'inquiétude de Moscou. Mais, pour l'instant, l'OTAN qui s'étend à l'Est s'approprie les quotas d'armements accordés initialement aux pays membres du Pacte de Varsovie et à l'URSS. C'est l'essence même de tous les problèmes qui concernent le Traité FCE. La Russie a bien plus de raisons de résilier ce Traité que les Etats-Unis qui avaient résilié le Traité ABM en 2002, mais pour le moment, Moscou ne se hâte pas de "brûler les ponts" et espère que le bon sens reprendra le dessus en Occident.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

mercredi 21 novembre 2007

La Rome antique au secours des pro-Poutine?

Dans l'Antiquité, la période du règne d'Octavien Auguste qui dura 45 ans fut baptisée Principat d'Auguste.

Le jeune Octave (devenu Octavien par la suite) mit fin aux guerres civiles qui avaient exténué la société romaine. Il réussit à consolider les différentes catégories de maîtres d'esclaves et à rétablir la stabilité à Rome.

Octavien était un gouvernant prudent et circonspect. Il ne violait pas ouvertement les lois et les traditions respectées à Rome. Le chef de l'Etat et son entourage cherchaient constamment des titres et des fonctions qui pouvaient légitimer son statut. Tout d'abord, le nom d'Octavien fut précédé par le titre "d'auctoritas" ("autorité"). Un homme devenait à l'époque une "auctoritas" en fonction de sa situation dans la société et dans l'Etat, compte tenu de ses mérites universellement reconnus. Ce titre n'était pas héréditairement transmissible et ne pouvait pas être transféré à une autre personne. Sous Octavien, la fonction "d'auctoritas" est entrée dans le système du pouvoir étatique romain. La personne détenant ce titre était habilitée, en se fondant sur sa propre autorité, à accomplir différents actes requérant habituellement une autorisation de la part du sénat.

Auguste ajoute par la suite à son nom le titre d'empereur. A l'époque républicaine, on nommait "empereur" un général vainqueur, et ce, pendant la période allant de sa victoire à la fin du triomphe. Auguste, qui fut proclamé empereur 21 fois, conféra à ce titre une signification nouvelle, celle de symbole du pouvoir suprême. Tout en étant le chef de l'armée, l'empereur avait en même temps le droit de percevoir les impôts, de déclarer la guerre et de conclure la paix. Il pouvait exécuter un sénateur ou un chevalier (représentant de l'ordre équestre) dans les murs de la ville.

De tous les titres d'Auguste, c'est celui de princeps qui correspondait le mieux à sa situation dans l'Etat, fondée sur son autorité. Le princeps était le premier des citoyens (le Premier du Sénat). Des ouvrages historiques utilisent souvent ce terme pour désigner un chef, un souverain, un leader.

Auguste fut à plusieurs reprises reconduit dans ses fonctions par le sénat: deux fois pour cinq ans, puis trois fois pour dix ans. Lorsqu'il n'était pas élu consul, il était investi, au nom du sénat, de pouvoirs particuliers. A la fin, il avait les compétences de tribun à vie et jouissait du droit de soumettre au sénat différentes propositions.

Après 30 ans de règne, il reçut le titre honorifique de "père de la patrie" - "pater patriae". Il fut 13 fois élu consul et trois fois doté de pouvoirs exceptionnels. Pendant les premières décennies du Principat, la question de la nature et de la forme du pouvoir jouait un rôle très important, ce qui s'explique par le fait que la culture et les principes juridiques se trouvaient à un niveau assez élevé dans la société romaine. Ceci satisfaisait également l'opposition en la personne de l'aristocratie du sénat, laquelle condamnait ouvertement les aspirations monarchiques d'Octavien. Les fonctions républicaines (consul, tribun) n'étaient conservées que formellement, puisqu'elles étaient concentrées entre les mains d'une seule personne. Ceci permet de considérer le Principat d'Auguste comme un régime politique dissimulant la monarchie derrière l'apparence d'une république.

Les allusions au Principat d'Auguste viennent à l'esprit de plus en plus souvent ces derniers temps, au fur et à mesure que les élites politiques et les masses populaires cherchent toujours plus énergiquement à trouver pour Vladimir Poutine une place dans le système du pouvoir russe après le mois de mars 2008. On en arrive même à proposer de considérer M. Poutine comme un "tsar aîné" et son successeur nouvellement élu comme un "tsar cadet". Dans ce contexte, on peut mieux comprendre l'aspiration du Kremlin à présenter les élections législatives comme un plébiscite de Vladimir Poutine. L'idée de cette substitution est sans doute très simple: si Russie unie conduit par M. Poutine recueille plus de voix que le prochain président du pays, les sympathisants de Poutine pourront de plein droit le considérer comme un homme jouissant d'une plus grande influence morale que le "tsar cadet".

Dans les démocraties habituelles, la succession politique s'effectue par le biais d'engagements et de promesses publiques des acteurs politiques (partis et présidents), qui sont soumis à un vote populaire.

La tentative de créer dans le pays une sorte de "principat de Poutine", c'est-à-dire, d'établir le pouvoir d'une seule personne tout en conservant formellement les structures mentionnées dans la Constitution, ne serait pas dans l'intérêt de la Russie à long terme. Le devenir des institutions de la démocratie contemporaine et la mise au point des mécanismes d'adoption de décisions et de compromis entre les branches du pouvoir sont des tâches difficiles mais nécessaires. Tout comme les mathématiques à l'école. Il serait inconvenant et ingrat de surmonter ces difficultés en cédant à la tentation de déléguer l'ensemble des pouvoirs à une seule personne.

Cherchant à justifier la nécessité de maintenir Vladimir Poutine au pouvoir, les militants de l'idéologie officielle vont jusqu'à affirmer qu'un déplacement "d'un micron" de la construction du pouvoir entraînera un effondrement immédiat et un retour au chaos des années 1990. Ils ne remarquent même pas que par cette affirmation même, ils renient tous les acquis des huit ans de présidence poutinienne. De quelle stabilité peut-il s'agir, si celle-ci s'évapore en un instant en cas de déplacement d'un seul micron du système du pouvoir?

Article paru dans le journal Nezavissimaïa gazeta le 19 novembre 2007.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Nucléaire iranien: Téhéran sous la menace de nouvelles sanctions unilatérales


Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Le nouveau rapport sur le programme nucléaire de Téhéran publié par le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei pourrait diviser définitivement les Six (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne), ce qui entraînerait inévitablement des sanctions unilatérales contre l'Iran.

Les conclusions formulées dans ce document sont loin d'être convaincantes, elles ne pourront certainement pas lever les inquiétudes suscitées par le nucléaire iranien, comme l'avait exigé la dernière résolution du Conseil de sécurité. Le rapport contient trop de "taches blanches".

Le terme de "taches blanches" est employé pour désigner les points douteux du programme nucléaire iranien qui suscitent des questions. Selon la version de l'AIEA, cela concerne huit interrogations. Elles devraient toutes être levées au printemps et en été 2008.

Au cours des négociations qui ont précédé la publication du rapport, Téhéran et l'AIEA devaient résoudre l'un des points les plus graves du programme: l'acquisition par l'Iran de technologies pour ses centrifugeuses d'enrichissement de l'uranium. Depuis qu'existe le problème nucléaire iranien, cette question reste cruciale, bien des choses dépendent de sa résolution, sinon tout. Cependant, malgré les déclarations optimistes des représentants de l'IAEA et de Téhéran, la phrase souhaitée "Ainsi, la question peut être considérée comme levée" ne figure pas dans la version finale du rapport d'ElBaradei. En fait, la question reste ouverte.

Le problème de la production "d'eau lourde" reste également en suspens, car toutes les centrales nucléaires que l'Iran s'apprête à construire ne seront équipées que de réacteurs à eau légère. Selon le rapport, l'exploitation de l'usine de production d'eau lourde "continue", mais l'agence n'a aucune possibilité de la contrôler. L'usine n'est pas inscrite sur la liste des sites à visiter par les inspecteurs de l'AIEA, car l'Iran ne ratifie et ne remplit pas les exigences du Protocole additionnel au Traité de non-prolifération des armes nucléaires et on ne sait s'il le ratifiera ou non.

Enfin, l'Iran a refusé de remplir l'exigence principale de la résolution: arrêter son programme d'enrichissement de l'uranium. Ce seul fait suffit pour que Washington, Londres et Paris reparlent de durcissement des sanctions. Il ne fait pas de doute que l'Allemagne les rejoindra.

La Grande-Bretagne et la France avaient déjà pris un jour l'initiative (avec le soutien ou à la demande des Etats-Unis) d'adopter des sanctions européennes unilatérales contre l'Iran sans attendre la résolution suivante du Conseil de sécurité. Moscou avait alors sauvé la situation. Au cours d'une rencontre avec son homologue français Bernard Kouchner, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait exprimé son profond étonnement quant à la violation du principe de règlement du problème iranien par consensus. Pékin avait alors, comme à son habitude, soutenu Moscou.

Cette fois-ci, il est pratiquement impossible de sauver la situation. La conclusion du rapport d'ElBaradei, selon laquelle l'AIEA "n'est pas encore en mesure de confirmer l'absence d'activité nucléaire (militaire) non déclarée de l'Iran" a définitivement divisé les Six. Si Moscou et Pékin considèrent cette situation comme un "diagnostic positif inachevé" et se prononcent de fait pour une poursuite du dialogue sans recourir à des sanctions, le "quatuor", quant à lui, l'évalue de façon diamétralement opposée, comme un témoignage de l'aspiration de l'Iran à créer une bombe atomique, et se prononce en faveur de sanctions immédiates en tant que mesure d'avertissement.

Il est peu probable que les parties parviennent à un compromis avant la prochaine réunion du Conseil de sécurité sur le problème iranien.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

L'irrésistible attraction martienne. Partie I


Par Iouri Zaïtsev, conseiller de l'Académie russe d'ingénierie, pour RIA Novosti

Partie I

Un vol habité vers Mars aura lieu, c'est incontestable. Si l'on emprunte la trajectoire optimale, l'aller prendra 350 jours et le retour tout autant. Les astronautes séjourneront 20 à 30 jours à la surface de Mars. Mais il est difficile de prédire exactement quand cela aura lieu.

Iouri Koptev, directeur du département militaro-industriel du ministère russe de l'Industrie et de l'Energie, estime que l'on pourrait partir dès demain, les possibilités techniques existant pour cela. La conception d'une telle mission est étudiée dans notre pays depuis 1960 et beaucoup a déjà été fait en ce sens, a-t-il souligné. Nikolaï Sevastianov, ex-président de RKK Energuia (centre russe de recherche et de construction aérospatiale), estime que le projet de vol vers Mars peut être réalisé après 2025 en trois étapes successives: un vol interplanétaire autour de la Lune, une mission habitée autour de Mars ensuite et enfin une mission habitée où l'équipage pourra poser le pied sur la surface de Mars.

Anatoli Perminov, directeur de Roskosmos (Agence fédérale spatiale russe), a déclaré: "Nous prévoyons un vol vers Mars après 2035". Ce sont probablement les dirigeants du pays qui mettront un point final à tout cela: le gouvernement doit approuver avant la fin de l'année le "Programme de développement du secteur spatial jusqu'à 2040". Mais les travaux s'effectuent déjà dans le cadre du Programme spatial fédéral actuellement en vigueur.

Il est à remarquer que plusieurs pays ont également prévu d'effectuer des vols vers Mars ces dernières années. Les Américains veulent commencer par un vol autour de Mars à partir de la Lune. Cette variante demande des dépenses énergétiques colossales: il faut d'abord faire parvenir des éléments de la mission martienne sur la Lune, en assurant un alunissage en douceur, ensuite, les assembler et partir en surmontant l'attraction lunaire. La variante russe prévoit un vol vers Mars à partir d'une orbite circumterrestre. La réalisation des deux projets n'est pas prévue avant 2035. Les Européens ont l'intention de marcher sur la Planète rouge dès 2024, ce qui est peu probable. Après avoir lancé en 2003 le premier taïkonaute, la Chine a également annoncé ses ambitions martiennes.

En 2005, les spécialistes russes ont préparé le projet "Mission habitée vers Mars". Selon Vitali Semenov, un des auteurs du projet et principal constructeur du Centre scientifique Keldych, les travaux accomplis en vue d'une mission interplanétaire ont mis en évidence une circonstance importante: les délais et les dépenses pour la mise en oeuvre de la mission martienne sont déterminés, pour l'essentiel, en fonction du type de propulseur.

L'impulsion spécifique, c'est-à-dire le rapport entre la poussée d'un propulseur et la consommation de combustible à la seconde, est la caractéristique la plus importante de n'importe quel moteur de fusée. Plus grande est la vitesse de l'écoulement des gaz et plus grande est la propulsion, la consommation de combustible étant identique, ce qui rend le moteur plus rentable. Malgré la technologie perfectionnée des propulseurs chimiques, une vitesse d'écoulement des produits de combustion insuffisante devient un mur infranchissable... Mais il est possible de "contourner" ce problème.

Par quoi peut-on remplacer les propulseurs ordinaires? On propose de chauffer les gaz les plus légers (hydrogène, hélium, méthane) à de hautes températures pour qu'ils entrent dans la buse à des vitesses deux fois et demie plus grandes que dans des propulseurs chimiques. Cela devient possible avec une pile nucléaire compacte, ou bien un élément thermique alimenté par des batteries solaires. Des propulseurs nucléaires destinés aux expéditions vers Mars ont été conçus en URSS et aux Etats-Unis dans les années 1960-1970, mais ces travaux n'ont pas dépassé le stade des essais terrestres.

Les propulseurs plasmiques et ioniques sont des modèles encore plus économes et "rapides". Le flot de particules chargées y est accéléré par un champ électromagnétique, presque aussi bien que dans un accélérateur de particules. La puissance de l'installation énergétique créant ce champ accélérateur de particules fait également partie des caractéristiques qui déterminent la poussée des moteurs.

La Russie possède une expérience unique en son genre dans la création et l'exploitation de réacteurs spatiaux. Au total, 32 appareils spatiaux dotés de réacteurs nucléaires et d'un convertisseur thermoélectrique d'une puissance de 3 et 5 kWt ont été lancés entre 1970 et 1988. La plupart de ces appareils ont accompli des missions dans le cadre du renseignement et ont opéré à de basses orbites circumterrestres durant plusieurs mois. Citons, à titre de comparaison, que l'unique appareil américain doté d'un réacteur atomique SNAP 10A et d'un convertisseur thermoélectrique d'une puissance d'environ 0,5 kWt a été lancé aux Etats-Unis en 1965. Mais il n'a fonctionné que 43 jours, bien qu'il gravite toujours sur orbite en tant que déchet spatial. Par la suite, les travaux américains dans le domaine de l'énergie nucléaire spatiale sont devenus purement théoriques et n'ont repris qu'en 2002.

La Russie construit également des "propulseurs à plasma stationnaire" (STP), dont la poussée spécifique est bien plus grande que celle des propulseurs chimiques traditionnels. Les premiers essais d'un STP dans l'espace ont eu lieu en 1972 à bord du satellite météorologique russe Meteor. En 1982, ils ont été installés sur des satellites géostationnaires en vue de corriger leur orbite.

Pratiquement tous les pays, y compris les principales puissances spatiales, utilisent différents modèles des engins à propulsion électrique russes pour leurs appareils. La puissance de ces propulseurs permet, par exemple, de passer d'une orbite basse à une orbite géostationnaire et de servir de moyen de transport interplanétaire.

En perspective, il est prévu d'employer des réacteurs nucléaires au fur et à mesure de leur création. Le principal problème lié à leur utilisation est d'assurer la sécurité nucléaire et radiologique à toutes les étapes, y compris lors des accidents, ce qui implique la poursuite des études.

Cependant, on a tendance à oublier qu'en plus de la création d'un vaisseau interplanétaire et de propulseurs pour effectuer un vol spatial lointain, de nombreux autres problèmes existent, d'ordre physiologique et psychologique, entre autres, qu'il est impératif de résoudre avant d'envoyer l'homme faire un voyage interplanétaire. Mais il s'agit d'un sujet à part.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

lundi 19 novembre 2007

Relations internationales: une époque de rude concurrence se profile. Partie II

Par Nikolaï Zlobine, membre du Conseil d'experts de RIA Novosti

L'Eurasie est une des régions les plus dynamiques, les plus instables et les plus imprévisibles du monde, où de nouveaux Etats apparaissent et où, en même temps, des processus très contradictoires se déroulent. L'Eurasie existe aujourd'hui en tant que notion géographique, et non géopolitique. Les pays qui se trouvent dans cette région se développent indépendamment les uns des autres et suivent des voies différentes.

Les facteurs fondamentaux propres aux régions - économiques, politiques, militaires et autres - ont commencé à s'estomper. Ce processus s'est rapidement approfondi et a atteint un niveau subrégional, entraînant les mêmes effets. En fin de compte, des notions géopolitiques telles que l'Asie centrale, le Caucase du Sud et l'Europe de l'Est ont cessé d'exister. Elles ne représentent aujourd'hui que des groupements d'Etats, dont chacun règle généralement ses problèmes sociaux, économiques et politiques en dehors de la région et vise à assurer sa sécurité en établissant des contacts stables avec des acteurs se trouvant à l'extérieur, que ce soient l'OTAN, l'Union européenne, les Etats-Unis, ou la Russie. La plupart des organisations interétatiques fonctionnant dans la région revêtent un caractère purement formel. Les nombreuses tentatives pour créer des alliances stables dans la région n'ont remporté presque aucun succès tandis qu'elles se sont avérées efficaces là où les intérêts extérieurs étaient sérieux, c'est le cas par exemple du GUAM (organisation qui réunit la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie) et de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai).

Tout cela rend l'espace euro-asiatique politiquement fragile et son développement, instable et asymétrique. L'Eurasie devient un terrain de rivalité, de concurrence et d'évincement mutuel pour de grands pays, y compris la Russie et les Etats-Unis. L'Eurasie devient une région sans perspectives et aucun de ses pays, à l'exception peut-être du Kazakhstan, ne s'inscrit de façon stratégique dans son développement: ni sur le plan politique, ni du point de vue conceptuel.

Il existe un grand danger pour la région euro-asiatique de devenir l'otage de l'opposition entre les grands pays, en répétant, par exemple, en partie le sort de l'Europe lors de la période de la guerre froide, autrement dit, elle pourrait devenir le théâtre d'une sorte de "guerre froide régionale".

Il est naïf d'estimer que les tendances centrifuges engendrées par la désintégration de l'URSS puissent s'arrêter aux frontières de ses républiques fédérées de 1991. Il n'y avait et n'il n'y a toujours pas de raisons valables de croire que ce grand empire se désintégrera selon les frontières intérieures conventionnelles, dont la plupart, comme on le sait, avaient été tracées de façon très subjective et ne correspondaient pas aux frontières économiques, politiques et encore moins ethniques et culturelles.

La désintégration de l'URSS ne s'est pas arrêtée à la séparation des anciennes républiques fédérées, elle continue encore aujourd'hui. L'empire soviétique se désintègre chaque jour. Il y a des processus profonds de désintégration culturelle, économique, psychologique et intellectuelle et ce processus est loin de s'achever. L'Eurasie représente une région où les frontières entre les Etats ne sont pas encore définitivement délimitées. On peut être certain que les frontières des pays qui y sont situés seront changées, déplacées, contestées et feront l'objet de négociations, sinon de conflits. Cela coïncide avec le monumental changement de géographie politique qui s'est opéré dans le monde entier, ainsi qu'avec toute une série de processus d'intégration qui se sont ébauchés ces dernières années dans l'espace postsoviétique. Tout cela accentue l'instabilité et demande une grande prudence de la part des acteurs extérieurs.

La désintégration de l'URSS a entraîné l'apparition de quasi-élites nationales. Ces nouvelles élites se sont formées de façon fortuite, à la suite d'un concours de circonstances. Les particularités et la structure de l'élite soviétique de la période postérieure étaient telles que les nouvelles élites locales se sont avérées, dans leur ensemble, incapables d'assumer toutes les responsabilités pour leurs pays, de distinguer les intérêts nationaux de ceux des individus, des clans, des familles, de s'élever au-dessus des vieilles offenses et des préjugés. Les pays postsoviétiques ont été dirigés par des personnages et des groupements dépourvus de vision stratégique des problèmes globaux et n'ayant pas d'expérience dans l'adoption de décisions indépendantes et de leur application. Toutes ces élites sont temporaires. Aucune d'elles, y compris celle de la Russie, ne peut être considérée comme une véritable élite nationale. Elles sont incapables de formuler et d'exprimer les intérêts de leurs pays, ni de construire un mécanisme pour leur mise en oeuvre. Ne faisant pas partie, pour telle ou telle raison, de l'establishment politique mondial, elles sont privées de nombreux instruments d'influence internationale.

D'autre part, les régimes politiques qui se sont établis dans les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) revêtent également un caractère intérimaire. Aucun d'eux n'a de forme achevée et n'a élaboré les procédures nécessaires: du processus d'adoption de décisions au mécanisme de choix des cadres, etc. Des partis politiques réels, des médias indépendants, une délimitation efficace des pouvoirs, la propriété privée stable, le respect de la loi, etc.: rien de tout cela n'existe dans les pays de la CEI. Dans la majorité de ceux-ci, le système politique, la constitution et les lois font l'objet de manipulations et d'une utilisation sélective.

La participation progressive des élites euro-asiatiques aux processus mondiaux entraîne la globalisation de ceux-ci, tandis que leurs peuples restent provinciaux. Il s'ensuit que les élites manifestent leurs responsabilités devant le monde, mais pas devant leur pays. Cela concerne surtout des pays euro-asiatiques "avancés" comme la Russie, l'Ukraine, la Géorgie, le Kazakhstan, etc.

Bien entendu, cet état de choses ne sera pas éternel. La prochaine décennie pourrait être une période marquée par l'apparition dans tous les pays euro-asiatiques, y compris la Russie, d'une génération d'élites n'ayant pas leurs racines plongées dans la culture politique soviétique et comprenant de façon plus adéquate les intérêts de leur pays et leur rôle dans le monde. Beaucoup de choses dépendront de la façon dont sera effectué ce changement d'élites, car le mécanisme de leur changement n'existe nulle part en Eurasie, pas plus que les traditions politiques assurant le passage du pouvoir sans repartage des biens et sans changement de législation. Cela s'accompagnera de difficultés particulières dans les pays où existent des clans et où prospère la corruption.

En Asie centrale, par exemple, le wahhabisme jette le plus grand défi à l'élite nationale. Pour lutter contre celui-ci, les dirigeants des républiques d'Asie centrale utilisent, essentiellement, des méthodes militaires et accusent souvent l'opposition de terrorisme. Ils ne comprennent pas qu'il faut lutter systématiquement contre le terrorisme en accomplissant un travail idéologique et éducatif, en créant un système d'enseignement moderne, etc. Tout cela s'aggrave par le fait que d'immenses quantités d'armes se sont accumulées en Eurasie et que les stocks ne cessent de grossir. La coopération militaire au niveau de l'Etat se réduit aux entraînements antiterroristes qui s'effectuent, pour la plupart, sous la direction de spécialistes de la Russie, des Etats-Unis et d'Israël. En même temps, la présence militaire extérieure s'accroît dans la région et la coopération militaire russo-chinoise rappelle de plus en plus un partenariat stratégique.

Ce qui se produit actuellement en Géorgie, les élections anticipées en Ukraine qui ne seront certainement pas les dernières, ainsi que les prochains changements radicaux dans le système politique de la Russie, etc. témoignent que le processus d'abandon du système postsoviétique prend de l'ampleur dans ces pays. Dans certains autres Etats, des tentatives sont faites pour geler cet état de transition mais celles-ci sont d'avance vouées à l'échec. Autrement dit, l'Eurasie entre dans une nouvelle étape de lutte des élites et de restructuration des systèmes politiques dans l'espace postsoviétique.

Les mêmes processus sont observés au niveau de l'économie nationale de ces pays. D'une part, la mondialisation implique une intégration maximale au système économique mondial et, par conséquent, l'application de normes internationales par les hommes d'affaires locaux. D'autre part, la nécessité d'entamer des réformes de marché de "droite" entre en contradiction sociale avec l'état d'esprit du peuple nettement à "gauche" dans presque tous les pays de la CEI. En outre, la plupart des économies euro-asiatiques ne présentent aucun intérêt, en raison de leur envergure insignifiante pour des investisseurs étrangers sérieux et de leur système de transports peu développé, en particulier en Asie centrale et dans le Caucase du Sud. Tout cela ayant pour conséquence que ces régions s'avèrent à l'écart des voies commerciales principales.

La majorité des pays euro-asiatiques jouent un rôle minime dans l'économie mondiale. Par exemple, la part du commerce des pays d'Asie centrale constitue environ 1% de l'ensemble du commerce asiatique. D'autre part, la région de la Caspienne attire une grande attention en raison de ses réserves énergétiques auxquelles s'intéressent divers pays: les Etats-Unis, l'Europe occidentale, l'Inde, l'Iran et le Pakistan. Les réserves énergétiques de l'Eurasie suscitent un intérêt immense de la part de la Chine. Il ne fait pas de doute qu'au fur et à mesure du développement de l'économie de l'Inde, de la Chine et de celle du Sud-Est asiatique, la majorité des pays de la région réorienteront leurs marchés, au détriment des marchés des pays occidentaux.

Il en est de même pour la politique étrangère des pays euro-asiatiques. Il est évident qu'ils aspirent tous à s'intégrer aux processus globaux. La plupart d'entre eux essaient de le faire soit en se joignant aux grands acteurs extérieurs, en s'adaptant à leurs priorités en politique étrangère et à leurs besoins, ou bien en intervenant directement sur le marché global. L'Ukraine et la Géorgie penchent pour les Etats-Unis, d'autres, comme l'Arménie, tâchent de rejoindre la Russie, d'autres encore, comme la Moldavie, tendent vers l'Union européenne. L'Azerbaïdjan et le Kazakhstan visent à devenir des acteurs indépendants sur le marché économique global, bien que le Kazakhstan, par exemple, développe activement des rapports avec la Chine et l'Iran. Cela nuit à l'Eurasie en tant que tout, mais permet aux pays de la région de participer aux processus globaux et d'essayer d'émerger de la province euro-asiatique.

Les tendances démographiques sont un problème crucial pour la stabilité de nombreux Etats euro-asiatiques. D'une part, le tableau démographique de la Russie reste, pour l'instant, incertain car sa population n'augmente pas. Mais elle compte aujourd'hui 15 millions d'immigrés en situation irrégulière, soit environ 10% de la population du pays. Un dépeuplement est observé en Extrême-Orient et dans une partie de la Sibérie où se forment des communautés chinoises et coréennes. Le Kazakhstan et le Kirghizstan ont de rudes problèmes démographiques à cause de l'infiltration des immigrés chinois. Des centaines de milliers de réfugiés, chassés de leurs foyers au cours de ces 15 dernières années et exigeant que la justice soit rétablie, constituent également un problème pour la stabilité de la région.

On peut citer d'autres facteurs importants qui influeront au cours des dix prochaines années sur le développement de l'espace postsoviétique, mais il est évident que c'est objectivement un endroit d'opposition politique, de rivalité, de lutte pour l'influence, les ressources et les marchés de grands acteurs extérieurs, en premier lieu de la Russie et des Etats-Unis. D'autre part la Chine relance son activité en Eurasie. La politique de ces trois Etats déterminera, au cours de ces dix prochaines années, la situation dans la région et la géographie de son développement, et ce, davantage que la politique des pays eurasiatiques. Si les rapports entre les Etats-Unis et la Russie revêtaient un caractère de partenariat stratégique, ce qu'ont évoqué les dirigeants de ces pays il y a quelques années, la situation en Eurasie serait bien plus stable, prévisible et prometteuse.

Nikolaï Zlobine est directeur des programmes russes et asiatiques du Center for Defense Information de Washington.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.