samedi 11 août 2007

IMPORTANT : VISAS

Un petit message pour vous informer que les invitations se trouvent à l'ambassade de Russie à Paris.

40-50 bd. Lannes, Paris 75116
Entrée du côté de l'avenue du Maréchal Fayolle

tel.: 01-45-04-05-50
fax.: 01-45-04-17-65
e-mail: ambrus@orange.fr

D'après Camille, elles ne sont pas "telex" et donc il ne serait pas possible de faire le visa via INEXCO - information à vérifier.

Pour ma part, je suis allé à Paris et après 2 heures et m'être délesté de 70 euros, je suis en possession de mon visa ! Il n'est valable que jusqu'au 10 octobre et n'a qu'une entrée ; il faudra donc le prolonger sur place à Moscou. J'ai reçu un mail de Natalia Zadereï : manifestement nous serons au bloc 12. Il ne faut pas oublier de s'enregistrer en arrivant et il est souhaitable de contacter l'étudiant-responsable qui nous a été octroyé.

Pour rappel :
1) FAUQUIER Grégoire - Бохан Наталья boxanenok@mail.ru
2) MARQUETTE Camille - Дроздова Наталья kiton-art@mail.ru
3) MORIN Elie - Маматова Екатерина ekaterina.mamatova@gmail.com
4) NYFFENEGGER Ivana - Нищева Александра alesni@rambler.ru
5) PETIT François - Носова Марина nosik-mar@mail.ru



Info pratique : Je pars mardi 14 depuis Lyon - les vols sont y sont beaucoup moins chers (de même que depuis Paris). Pour info, j'ai payé mon aller simple 173 euros. Je vous conseille ce site pour acheter votre billet. Je vous dis "poka" et à bientôt à Moscou !!

FCE : une résolution soumise au sénat américain invite la Russie à revoir sa décision

WASHINGTON, 26 juillet - RIA Novosti

Une résolution soumise au sénat américain qualifie de "regrettable" la décision de la Russie de suspendre l'application du Traité FCE et invite le gouvernement russe à "revoir" cette décision et à s'abstenir de faire des "déclarations belliqueuses".

Comme l'a appris RIA Novosti au secrétariat de la chambre, le document, dont les coauteurs sont cinq sénateurs républicains et démocrates, a été ensuite transmis au comité sénatorial des affaires internationales où il sera examiné et soumis au vote.

"De l'avis du sénat américain, la décision du gouvernement de la Fédération de Russie de suspendre l'application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe signé le 19 novembre 1990 à Paris est un pas regrettable qui conduira à une escalade inutile de la tension en Europe", lit-on dans le texte de la résolution.

Le document souligne également que le sénat américain considère le FCE comme "la pierre angulaire de la sécurité européenne".

"Le sénat invite instamment le gouvernement de la Fédération de Russie à revoir la suspension de l'application du FCE annoncée par lui et à coopérer avec les autres signataires du Traité FCE en vue de régler les problèmes en suspens, ainsi que pour élaborer une approche concertée qui entraînera, en fin de compte, la mise en oeuvre du Traité FCE adapté", souligne la résolution.

"D'autre part, la résolution invite la Russie à respecter ses engagements pris en 1999 à Istanbul et à accélérer le retrait de toutes les troupes et munitions de Géorgie et de Moldavie".

La Russie ne dénonce pas le Traité FCE, mais décrète un moratoire sur son application (MID)

BAKOU, 26 juillet - RIA Novosti.

La Russie ne dénonce pas le Traité sur la réduction des forces conventionnelles en Europe (FCE), mais adopte un moratoire sur son application, a déclaré jeudi à Bakou le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Kisliak.

"Nous agissons en stricte conformité aux clauses du traité. Le moratoire entrera en vigueur 150 jours après que la Russie en a informé les États signataires, à savoir en décembre prochain. La Russie reste dans le cadre du traité et respecte ses clauses", a noté M.Kisliak au terme d'une rencontre avec les dirigeants du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères.

Moscou espère que les pays occidentaux, qui n'ont même pas ratifié le traité FCE à la différence de la Russie, comprendront bien cette démarche, selon M.Kisliak cité par l'agence Azerbaijan news.

"Le problème est que le traité adapté à la nouvelle situation internationale n'est pas encore entré en vigueur. Il a été ratifié seulement par la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie, même pas le parlement ukrainien. On ne peut donc pas affirmer que la Russie s'est retirée du traité. Au contraire, nous sommes intéressés à ce que le traité soit adapté à la nouvelle réalité et qu'il impose des mêmes conditions à toutes les parties", a conclu le vice-ministre.

Le Traité FCE ne correspond plus aux réalités présentes (Poutine)

MOSCOU, 25 juillet - RIA Novosti.

Le Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) ne correspond pas aux réalités présentes, a déclaré mercredi le président russe Vladimir Poutine.

"Comme vous le savez bien, et je crois qu'il est superflu de le rappeler devant vous, le Traité initialement signé supposait l'existence des deux blocs: l'OTAN et le Pacte de Varsovie", a-t-il déclaré au cours d'une rencontre avec les officiers supérieurs des structures de force russes récemment promus à de nouvelles fonctions et de nouveaux grades.

A présent, presque tous les pays d'Europe de l'Est ont adhéré à l'OTAN. "La situation a radicalement changé", a constaté le président.

Il a rappelé que les pays baltes et certains pays balkaniques n'avaient pas signé le Traité adapté sur les forces conventionnelles en Europe.

En ce qui concerne les pays baltes, selon la vieille version du Traité, ils sont considérés comme la "Région militaire balte". "Peut-être dois-je alors nommer son commandant?" a-t-il fait remarquer avec ironie.

"Tout cela est certainement contraire aux réalités", a-t-il dit. C'est la raison pour laquelle la Russie a été contrainte de suspendre l'application du Traité FCE et des traités internationaux afférents.

La politique euroatlantiste vue de Moscou

Piotr Romanov, RIA Novosti

Nous ne pouvons pas dire que la politique mondiale a toujours été bien portante sur le plan psychique. Mais aujourd’hui le mal est entré dans une période de récidive.

Le président russe Vladimir Poutine a suspendu par décret la participation de la Russie au Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE) et à tous les autres accords qui en découlent. En vertu du FCE, les signataires doivent notifier la suspension de leur participation 150 jours avant sa prise d’effet. Evidemment, les préavis officiels sont déjà en route vers leurs destinataires.

L’Occident qui a immédiatement manifesté sa préoccupation a ressenti une profonde déception face aux décisions de Moscou. Je crois que la déception est sincère car il est rare dans la pratique diplomatique qu’une telle chance se présente: mener le partenaire d’un accord par le bout du nez des décennies durant. Et lorsqu’enfin il échappe à l’hameçon, vient le tour du désappointement.

Revenons à l’historique du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe. Il a été signé en 1990 un an avant la désintégration de l’Union soviétique. Une nouvelle version du traité a été signée en 1999 à Istanbul mais seuls la Biélorussie, la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine l’ont ratifiée. Les pays baltes ne sont pas parties au traité. La Géorgie et la Moldavie refusent de ratifier la nouvelle rédaction du document tant que Moscou n’aura pas retiré ses troupes de Géorgie et de Moldavie pour se conformer aux engagements pris à Istanbul. (Ils en sont donc restés au texte signé le 19 novembre 1990 à Paris entre l’Alliance atlantique (Otan) et l’Organisation du Traité de Varsovie - ndlr).

Sous ce prétexte, l’OTAN s’oppose à l’application de l’Accord sur l’adaptation du FCE conclu parallèlement à Istanbul. D’ailleurs, ce prétexte perd sa force de persuasion compte tenu du fait que le contingent russe s’est déjà retiré de Géorgie. Quant à la Moldavie, un petit contingent reste déployé en Transnistrie pour maintenir la paix dans la région.

D’autre part, l’Occident s’est permis tout ce qu’il a voulu pendant des décennies, à savoir bombarder et démembrer la Yougoslavie, laisser les Américains et l’OTAN déployer leurs bases à proximité des frontières russes (malgré la promesse de ne jamais le faire), fournir des armes aux pays baltes, violer la Charte des Nations unies (il s’agit notamment de l’Irak), et enfin déployer des éléments du bouclier antimissiles américain en Europe centrale, non loin de la frontière russe. Il n’est pas nécessaire d’être politologue pour ne pas voir le déséquilibre qui s’est créé.

Bien que le FCE ait été toujours pour l’Europe la pierre angulaire de la sécurité européenne, nous devons reconnaître que le Traité sur la réduction des Forces conventionnelles en Europe n’a existé qu’en apparence. Ainsi, Sergueï Karaganov, spécialiste russe de l’Europe, estime que ce traité “restera à l’arrière-plan de l’histoire”. Selon lui, la Russie “sera désormais libre de ses actions. La préoccupation affichée n’est qu’hypocrisie. Il est évident pour tout le monde que le traité en question ne sert à rien. Il avait pour objectif d’imposer à la Russie des engagements dans le genre des conventions d’Istanbul vu la faiblesse de l’Etat russe dans les 1990″.

Le moratoire de 150 jours proposé par Moscou permet en principe aux dirigeants politiques des pays occidentaux de réviser leur politique, quoique les chances soient minimes. L’inertie politique existe aussi. Tout porte à croire que le monde se dirigera vers un siècle de fer, en abandonnant les rêves d’un futur radieux nés avec le début de notre siècle. Il est clair dès aujourd’hui que le XXIe siècle n’a pas justifié les espoirs. Les hommes politiques de notre époque ne souhaitent pas tenir compte des intérêts du partenaire et ne sont pas capables de prendre en considération les erreurs du passé.

Qu’est-ce que l’Union européenne a gagné avec l’accroissement du nombre de bureaucrates qui décident du sort des Européens? Rien. Ils n’ont pas profité d’une situation des plus favorables, à savoir la désintégration de l’Union soviétique. Ils n’ont pas voulu se rapprocher de Moscou après la destruction du rideau de fer et créer une passerelle de confiance. Au lieu de cela, la Russie voit entre autres que l’Alliance atlantique s’élargit, que les droits des parties au Traité sur les forces conventionnelles en Europe ne sont pas les mêmes, que des matériels de guerre sont installés à proximité des frontières russes et le bouclier antimissile américain sera déployé en Tchéquie et en Pologne.

L’Europe n’a pas compris l’essentiel dans ce remue-ménage égoïste. Elle s’est aperçu un jour qu’elle avait affaire non plus à la Russie impuissante d’Eltsine mais à la Russie ambitieuse et de plus en plus puissante de Poutine. En raison d’importantes erreurs stratégiques commises dans la politique étrangère, les frontières orientales de l’Europe ne seront plus sécurisées. Par ailleurs, elle risque de voir à sa proximité des missiles nucléaires, des véhicules blindées et d’autres matériels de guerre russes.

Il ne peut en être autrement. Moscou a le droit d’assurer sa sécurité par tous les moyens nécessaires. Il ne veut pas de course aux armements. Mais Mme Condoleezza Rice, M.Javier Solana et autres politiques européens et américains n’ont pas laissé d’autre choix à la Russie.

Dans chaque crise mondiale, comme dans un éboulement, il y a une première pierre. Dans le cas de l’Europe, il y en a trois: ABM, Kosovo et FCE.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.

mercredi 8 août 2007

La Russie plante son drapeau au fond de l’océan Arctique

Ce jeudi matin, un bathyscaphe russe a planté un drapeau en titane inoxydable à la verticale du pôle Nord... à 4 261 mètres de profondeur ! L’expédition « Arctique 2007 », qui mobilise, à bord du vaisseau Akademik Fedorov, une centaine de scientifiques russes, est une formidable aventure scientifique. Mais les enjeux géopolitiques et économiques sont plus importants encore.

Les deux sous-marins de poche russes Mir-1 et Mir-2 ont plongé au fond de l'océan Arctique à plus de 4 000 mètres sous le pôle Nord. Opération réussie pour le député russe Atour Tchilingarov. Accompagné du brise-glace nucléaire Artica et du vaisseau Akademic Fedorov, le célèbre explorateur, considéré comme un héros en Russie, a réussi un exploit qui aurait certainement fait pâlir d’envie les héros de Jules Vernes. A bord d’un mini sous-marin, l’aventurier, accompagné de scientifiques russes, a dressé, dans les profondeurs de l’océan Arctique, un drapeau en titane d’un mètre de hauteur, aux couleurs de la Russie. Il a également laissé une capsule contenant un message pour les futures générations. « C’est une opération extrêmement sérieuse du point de vue scientifique, explique Sergueï Prianikov, de l’Institut de la recherche sur l’Arctique et l’Antarctique de Saint-Pétersbourg. Pour l’instant, personne au monde n’en a conduit de cette sorte. Les scientifiques ont pour objectif d’observer les changements de plusieurs paramètres de l’océan Arctique, comme sa température, sa salinité, la vitesse des courants. »

Des réserves d’hydrocarbure inespérées

Mais derrière l’aspect scientifique se cachent d’autres intentions. L’objectif des scientifiques embarqués à bord de l’Akademik Fedorov est de démontrer que la dorsale de Lomonossov, une ride montagneuse qui relie la Russie au Groenland, est le prolongement du plateau continental russe. Moscou affirme que 1,2 millions de km² de l’océan Arctique lui appartiennent. Avec le réchauffement climatique, une grande partie des glaces de la région est en train de fondre. Ce qui faciliterait l’accès vers d’importantes réserves d’hydrocarbures. « D’après les géologues, affirme le quotidien économique Vedomosti, les réserves de pétrole et de gaz dans la zone arctique pourraient dépasser les gisements d’hydrocarbures du golfe Persique. » D’où la « course » qui se joue entre les Etats-Unis, le Canada, la Russie, la Norvège, le Danemark et la Finlande.

Un rôle géopolitique considérable
« Ce sont des régions très riches, confirme Jean Malaury, directeur des études arctiques à l’EHESS et au CNRS, président d’honneur de l’Académie polaire d’Etat de Saint-Pétersbourg. Certains scientifiques affirment que 20 % des richesses pétrolières mondiales pourraient se trouver dans l’Océan glacial. De mon côté, je ne me hasarderais pas à faire de tels pronostics. Mais il est certain que l’Arctique est appelé à jouer un role géopolitique considérable pour notre génération et les générations à venir. » Le célèbre explorateur poursuit : « Nous entrons dans une nouvelle ère, dans celle que j’appellerais post-glaciaire. Du point de vue des transports, déjà, on peut pronostiquer un renversement des voies du shipping. Certains passages qui ont hanté les explorateurs, comme le détroit de Lancaster, passage du nord-ouest canadien, pourront être fréquentés par des navires, d’ici 20 ou 30 ans, avec une fréquence qui sera peut-être celle du canal de Suez ! »

Virginie Pironon, correspondante de RFI International en Russie

http://www.rfi.fr/actufr/articles/092/article_54765.asp

Lumumba : 40 ans d’amitié entre les peuples ?

Créée en 1960 pour promouvoir le soviétisme à travers le monde, l’université Lumumba a traversé une grave crise après la disparition de l’URSS. Aujourd’hui, elle souhaite renouer avec sa grandeur passée et devenir un vecteur du rayonnement international de la Russie.

A la sortie des cours, de jeunes Africains discutent avec des Chinois entre un groupe d’Afghanes voilées et des Péruviens rieurs. Vision insolite en Russie, même à Moscou où le mélange de cultures – aussi lointaines - demeure rarissime. L’université de l’Amitié entre les Peuples ou université Lumumba est décidément unique. Unique naturellement par son cosmopolitisme : issus de plus de 100 pays, les étrangers y représentent plus de 60% des effectifs. A ceux-ci s’ajoutent près de 30.000 anciens formés depuis 1960, éparpillés à travers le monde et travaillant dans tous les secteurs d’activité. Un heureux lauréat, José Dos Santos, est devenu président de l’Angola et feu le roi du Népal a passé une bonne partie de sa jeunesse à Moscou. Mais l’unicité de l’université Lumumba tient aussi à son histoire agitée. Pour aucune autre université soviétique, la fin de l’URSS n’a signifié un tel bouleversement. Instrument de propagation du communisme et de l’influence soviétique dans le monde pendant plus de trente ans, l’établissement est devenu du jour au lendemain un outil obsolète à l’image déplorable et à l’avenir financier incertain. Onze ans après la dislocation de l’URSS, l’université Lumumba semble pourtant retrouver un peu de son lustre. Symboliquement au moins, elle revient au cœur des débats qui agitent la “grande” histoire russe: le choix de l’ouverture vers l’étranger et les étrangers ou celui de l’enfermement, la volonté de miser sur l’éducation publique ou de privatiser l’enseignement, celle de retrouver une puissance à vocation mondiale ou de réduire ses prétentions.Une ville dans la villeSituée au sud-ouest de Moscou, l’université constitue une enclave, une ville à part au sein de la capitale. Ses bâtiments s’alignent le long d’une ligne fonctionnelle, axe central long de plus d’un kilomètre, aboutissant à une polyclinique flambant neuve qui tranche fermement avec la décrépitude alentour. D’un côté, les treize immeubles successifs des résidences universitaires, à la grisaille et au délabrement tout soviétique. De l’autre, les bâtiments administratifs et les facultés, dont l’état de conservation n’est guère plus reluisant. Comme sur les campus américains, nul besoin de sortir: pas moins de 14 cafés-bars, des restaurants indien, chinois, arabe, une discothèque, un club de billard, un cinéma, un grand complexe sportif et une multitude de magasins vendant des produits africains, asiatiques, sud-américains… et russes. Le monde est dans l’université et l’université est un monde. Devant le bâtiment central du campus (le krest), se dresse un étrange monument : une colonne avec à son faîte, une sculpture symbolisant les différents peuples terrestres s’unissant pour porter le globe. Sur ses bords, un appel à la paix mondiale a été rédigé en quatre langues, relique d’un passé pas si lointain.Un projet de coopération avec le Tiers-mondeDès sa création, le 5 février 1960, l’université Lumumba a été présentée par la propagande communiste comme une clef de voûte du mouvement pacifiste international. En encourageant la pratique du russe chez les étrangers et celle des langues étrangères chez les Soviétiques, elle devait encourager un “mélange des peuples et des cultures, gage de paix et de fraternité”. Même si les pays occidentaux ont toujours accueilli plus d’étudiants étrangers que l’URSS, la propagande efficace du PCUS et l’implication personnelle de Khrouchtchev donnèrent une aura singulière à la nouvelle université moscovite créée spécifiquement pour accueillir les futures élites du Tiers-Monde. Bénéficiant de bourses d’études et de diverses facilités offertes par Moscou (visas, billets d’avion gratuits), les jeunes “cadres de l’intelligentsia des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine” pouvaient accéder à des formations de haut niveau dans toutes les disciplines, des sciences humaines aux techniques agraires en passant par la médecine.Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la générosité soviétique, néanmoins, n’était pas exempte d’arrière-pensées. L’université remplissait également une mission politique : diffuser l’influence communiste au sein du mouvement tiers-mondiste et dans les pays récemment décolonisés. Les enseignants devaient former le futur noyau de l’activité pro-soviétique dans les pays sous-développés. En d’autres termes, il s’agissait de lutter contre l’impérialisme et de canaliser la Révolution mondiale - inéluctable selon l’idéologie marxiste-léniniste - en contrôlant son cours grâce à des révolutionnaires aguerris et disciplinés.Un centre de formation à la RévolutionConçue comme un instrument politique à part entière, l’université Lumumba a entretenu dès sa création des relations étroites avec l’appareil de sécurité soviétique. Son premier vice-recteur, Pavel Erzine, était major général au K.G.B. Et nombre de ses professeurs avaient derrière eux une longue carrière dans les services de renseignement. Evidemment, il n’y avait pas de cours ni de faculté de propagande, mais toutes les filières comportaient des cours de marxisme-léninisme et d’histoire du Parti communiste soviétique. Les enseignants réunissaient les étudiants prometteurs par nationalités “proches”, et les incitaient à réfléchir sur la misère du monde et les atteintes aux libertés dans leurs pays d’origine. Ces étudiants sélectionnés convenaient vite avec “leurs professeurs” que la seule manière d’éradiquer ces phénomènes était de suivre l’exemple tracé par Lénine et d’organiser au plus vite une révolution. Certains se montrèrent particulièrement avides de passer de la théorie à la pratique. En 1972, le contre-espionnage mexicain déjoua ainsi une tentative de coup d’Etat menée par d’anciens étudiants de l’université Lumumba. Le terroriste Carlos, ancien étudiant de l’université, se montra également digne de ses professeurs. Durant la fin des années 70 et les années 80, la sélection et la préparation de ces volontaires pour la Révolution, recrutés dans les centres de langue russe ou dans d’autres organismes pro-soviétiques, devint moins prioritaire. Mais l’université n’en continua pas moins à jouer un rôle de diffusion de la science et de la technologie soviétique, contribuant par ce biais au rayonnement international du bloc de l’Est.Après la disparition de l’URSS: l’Université en criseIl va sans dire que la fin de l’URSS a constitué une rupture brutale, profonde et douloureuse pour le petit monde de l’université Lumumba. Les professeurs ont cessé d’être payés régulièrement et leur niveau de vie a chuté considérablement. Cette paupérisation a favorisé l’apparition de pratiques frauduleuses, comme l’achat de diplômes, une pratique devenue malheureusement courante dans nombre d’universités russes.Pour les étudiants étrangers, la disparition de l’URSS a eu des répercussions plus tragiques encore: du jour au lendemain, les bourses ont cessé d’être versées. N’ayant pas la possibilité de travailler sur place, les étrangers se sont retrouvés dans le plus grand dénuement. Durant les années 1991-1994, la situation est devenue explosive. L’image de l’université a été considérablement ternie par des affaires de prostitution, de racket et de trafics imputées à des étudiants étrangers. L’université est encore présentée comme un haut lieu du trafic de drogue. Cette renommée sulfureuse n’est pas forcément méritée, la xénophobie et l’hostilité latentes de la population n’aidant pas à faire la part de choses entre dénonciation de vraies dérives et diabolisation des étudiants étrangers. Ceux-ci sont d’ailleurs victimes du phénomène skinhead, sous-estimé par les pouvoirs publics et quasiment ignoré par les média. Les étrangers les plus “visibles” - Noirs et Extrême-asiatiques - sont les plus visés. En 2000, un étudiant angolais a été assassiné par un groupe de néo-nazis. Face à pareil drame, les autorités ont su réagir en organisant pour la première fois une “ journée contre le racisme ”. Avec un peu d’optimisme, l’on peut penser que ce type d’action témoigne d’une prise de conscience au sein des élites des potentialités offertes par la coopération internationale.Le vecteur d’un nouveau rayonnement international?Avec l’arsenal stratégique et militaire, l’université Lumumba constitue en effet l’une des dernières sources de prestige pour la Russie. Pour nombre d’étudiants du Tiers-monde, le voyage à Moscou continue à fasciner. Quand on connaît les rêves d’Occident de la jeunesse russe, pareille attirance peut paraître quelque peu surprenante. Plusieurs facteurs peuvent pourtant expliquer le phénomène. Tout d’abord, certains Etats ne disposent pas d’université ou offrent à leurs étudiants un nombre restreint de filières. L’île Maurice, par exemple, n’a été dotée d’une faculté de médecine qu’en 2000 et la majorité de ses praticiens ont fait leurs études à Moscou. En outre, nombre de jeunes ambitieux viennent étudier en Russie car ils n’ont pas les moyens de le faire en Europe ou aux Etats-Unis. La Russie est pour eux une solution intermédiaire, en attendant mieux. Tous les étudiants, toutefois, ne sont pas guidés par la recherche de la solution la moins mauvaise. Dans certains secteurs, comme les langues, la physique et la médecine, l’Université Lumumba propose des études de très bon niveau, souvent comparables aux standards occidentaux. C’est d’ailleurs le plus grand succès de l’établissement : la qualité de ses cursus lui permet de bénéficier aujourd’hui d’une aura renouvelée auprès des jeunes étudiants russes. Qui, incidemment, auront ainsi le bonheur de pratiquer “l’amitié entre les peuples”.

S’inscrire à Lumumba

Le statut particulier de l’université Lumumba engendre des systèmes d’inscription différents. Pour les Russes ou les russophones, il faut, comme pour toute admission universitaire, réussir un examen (avec tous les “arrangements” financiers que cela peut impliquer). Pour les étrangers, l’admission dépend des accords de coopération et/ou des finances du futur étudiant. Tout élève étranger ayant achevé avec succès ses études secondaires peut s’inscrire dans la filière de son choix, pourvu qu’il prenne l’ensemble des frais à sa charge. Ces étudiants, considérés comme riches, sont présents dans les filières les plus courues: médecine, relations internationales, économie. Dans la plupart des cas, les études et le logement des Africains et des Asiatiques sont toutefois pris en charge gratuitement par la Russie. Ces derniers disposent d’une bourse de leur gouvernement pour la vie courante et le billet d’avion. Leurs domaines d’études sont restreints et le nombre de bourses dépend des accords passés avec chaque pays. Les critères d’attribution des bourses sont parfois obscurs. Le Sénégal a ainsi droit à trente bourse tandis que la petite Guinée-Bissau envoie une cinquantaine d’étudiants chaque année à Moscou.

Alexis FEUILLAT, le 01/10/2002