mardi 11 décembre 2007

OPEP du gaz: l'Algérie refuse de coopérer avec Gazprom (Nezavissimaïa gazeta)

MOSCOU, 11 décembre - RIA Novosti. Sonatrach, grande société nationale algérienne d'hydrocarbures, a proclamé non valables les accords conclus avec la compagnie russe Gazprom. Les experts sont certains que l'idée de créer une "OPEP du gaz", grâce à laquelle la Russie avait essayé d'intimider l'Europe, s'est avérée irréalisable, lit-on mardi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Le mémorandum de compréhension signé début mars 2006 entre Gazprom et Sonatrach prévoyait l'échange d'actifs dans le domaine de la prospection et de l'extraction, la création de coentreprises, la participation aux appels d'offres sur la prospection et l'extraction du pétrole et du gaz, l'échange d'informations sur les projets, etc. Ce document avait sérieusement préoccupé l'Union européenne qui l'avait interprété comme un des pas conduisant à la création d'une "OPEP du gaz". Les experts avaient brossé de sombres tableaux aux Européens, représentant Gazprom et Sonatrach, qui fournissent environ 40% de tout le gaz consommé par les pays de l'Union européenne, comme des sociétés dictant leurs conditions sur les prix.

Selon les experts, les parties attendaient tout simplement des résultats différents de leur coopération: Gazprom avait l'ambition enthousiasmante de créer un "anneau gazier sud-européen" et une "OPEP du gaz", alors que Sonatrach voulait obtenir des résultats concrets de la coopération sur le marché du gaz naturel liquéfié.

"Un détail reste incompréhensible: Moscou croyait-il réellement à la possibilité de mettre en oeuvre ce projet, ou bien l'a-t-il utilisé dès le début comme un "conte épouvantable" pour l'Union européenne en vue de faire pression sur l'UE et de l'amener à admettre les compagnies russes dans le secteur énergétique européen, a fait remarquer Alexandre Chtok, directeur du département due diligence de la compagnie 2K Audit - Delovye konsoultatsii. Apparemment, Sonatrach a décidé de cesser de taquiner l'UE".

"Le fait que l'Algérie ait résilié le mémorandum atteste que ce pays juge nécessaire de se démarquer publiquement de Gazprom et de l'idée même d'un cartel gazier", estime Alexandre Chtok.

En revanche, les Algériens ont conclu la semaine dernière un nouvel accord avec Gaz de France, aux termes duquel ils se sont engagés à livrer à la société française du gaz liquéfié jusqu'à 2019. Dans le même temps, Sonatrach construit deux gazoducs sur le fond de la Méditerranée qui permettront à l'Algérie d'augmenter de 50% ses livraisons de gaz à l'Europe.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Statut du Kosovo: la Russie ne sera pas complice de l'Occident (Izvestia)

MOSCOU, 11 décembre - RIA Novosti. Après les Etats-Unis, l'Union européenne a, enfin, défini sa position à l'égard du statut du Kosovo. Il est facile de prédire la suite des événements: Pristina proclamera la "souveraineté de l'Etat" et sa séparation vis-à-vis de la Serbie, écrit mardi le quotidien Izvestia.

Cette souveraineté sera immédiatement reconnue par les Etats-Unis, l'UE et quelques Etats balkaniques ne faisant pas partie de l'Alliance. C'est alors que la Russie s'avancera au devant de la scène. La question de savoir si l'indépendance du Kosovo sera approuvée par le Conseil de sécurité de l'ONU ou si cette province rebelle restera reconnue à "titre individuel" dépend justement de la Russie.

Les nombreuses tentatives faites par l'Occident pour influer sur Moscou en vue de le persuader de se ranger se son côté n'ont pas été couronnées de succès. En privé, les diplomates européens, ordinairement très réservés, ne cachent pas leur irritation: à quoi bon résister, puisque tout est déjà décidé et que l'indépendance du Kosovo est inévitable?!

Mais ces arguments ne gênent pas la Russie. Vous avez pris la décision et vous essayez de nous persuader de votre bon droit, mais vous n'y parvenez pas, car vous êtes à bout d'arguments valables.

Pourquoi devrions-nous accepter sans réserve une formule étrange selon laquelle le Kosovo serait un cas exceptionnel, alors que la Republika Srpska en Bosnie, l'Abkhazie, la Transnistrie ou le Nagorny Karabakh ne le seraient pas?

Pourquoi devrions-nous fermer les yeux, comme le fait l'Occident, sur le danger que représente le nationalisme albanais pour la région et pour toute l'Europe? Aujourd'hui, c'est le Kosovo, demain, ce seront les régions du Sud de la Serbie peuplées d'Albanais (Presevo, Medvedja, Bujanovac), après-demain, ce sera la Macédoine où "l'armée de libération" albanaise a déjà provoqué une guerre civile. D'ailleurs, les Albanais vivent également au Monténégro de façon compacte: qu'est-ce qui garantit qu'ils ne décideront pas un jour de défendre leur "souveraineté" les armes à la main?

Enfin, pourquoi le démembrement de la Serbie est-il possible et celui du Kosovo est-il inadmissible? Pourquoi une variante logique n'est-elle même pas examinée: détacher de la province ne serait-ce que la région de Mitrovica attenante à la Serbie et peuplée de Serbes?

Il y a trop de questions sans réponse. Vous êtes libres de ne pas vouloir y réfléchir et de préférer vous nourrir d'illusions. Mais n'obligez pas la Russie à accepter des résolutions qu'elle considère comme erronées et injustes. Ne faites pas de la Russie votre complice. Nous n'allons certainement pas abattre la Serbie ni encourager le séparatisme agressif.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Nord Stream: pas de rivalité avec les gazoducs existants (Schröder)


NEW YORK, 11 décembre - RIA Novosti. Le gazoduc Nord Stream, qui reliera la Russie à l'Ukraine sous la mer Baltique, ne rivalisera pas avec d'autres gazoducs transportant le gaz russe via l'Ukraine et les pays baltes, a déclaré lundi à New York l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder.

"Aujourd'hui, l'Europe consomme 500 milliards de mètres cubes de gaz par an, et d'ici 2015 elle aura besoin de 200 milliards de mètres cubes, tandis que Nord Stream ne pourra transporter que 55 milliards de mètres cubes", a-t-il indiqué lors d'une conférence à l'université Columbia sur le thème "La Russie et l'avenir de la sécurité énergétique européenne".

"Ces chiffres démontrent clairement que le gazoduc qui passera sous la mer Baltique n'a pas pour objectif de rivaliser avec les itinéraires existants de transport d'hydrocarbures via l'Ukraine ou les pays baltes", a ajouté M. Schröder, qui préside le conseil de surveillance de la société Nord Stream AG, opérateur du projet.

D'après lui, l'hostilité rencontrée par le projet Nord Stream se fonde, d'une part, par les craintes de pollution et, d'autre part, par les rivalités géopolitiques entre la Russie et les pays de transit qui s'expliquent essentiellement par des raisons historiques.

"La Russie est un fournisseur fiable d'hydrocarbures. Dans le contexte mondial, elle joue un rôle de premier plan dans la stabilité des livraisons sur les marchés énergétiques mondiaux", a-t-il indiqué, en se référant à l'expérience de l'Allemagne qui "n'a jamais eu, ni pendant la guerre froide ni aujourd'hui, de problèmes liés aux livraisons en provenance d'Union soviétique, puis de Russie".

Le gazoduc Nord Stream doit passer sous la mer Baltique et relier les ports de Vyborg (Russie) et de Greifswald (Allemagne). Il doit traverser les zones territoriales ou économiques russes, finlandaises, suédoises, danoises et allemandes. La compagnie Nord Stream AG, détenue à 51% par Gazprom, est l'opérateur du projet. La première conduite, longue de 1.200 km et d'une capacité de 27,5 milliards de mètres cubes de gaz, sera mise en service en 2010. La deuxième conduite sera installée d'ici fin 2012.

Medvedev demande à Poutine de devenir premier ministre après la présidentielle de 2008

Capture d'image de la 1re chaîne de télévision russe montrant Dmitri Medvedev lors d'une intervention, mardi 11 décembre, dans laquelle il déclare proposer que l'actuel président russe, Vladimir Poutine, devienne premier ministre du gouvernement après l'élection présidentielle de 2008.
AFP/RUSSIAN FIRST CHANNEL

Le candidat du pouvoir à la présidentielle russe de 2008, Dmitri Medvedev, a demandé, mardi 11 décembre, au président sortant, Vladimir Poutine, d'occuper le poste de chef de gouvernement après l'élection.

"Il est important de conserver l'efficacité de l'équipe. C'est pourquoi j'estime important pour notre pays de garder Vladimir Poutine au poste extrêmement important du pouvoir exécutif, celui de premier ministre", a déclaré M. Medvedev dans une déclaration solennelle retransmise à la télévision russe. Et de poursuivre : "En me déclarant prêt à concourir pour le poste de président de Russie, je m'adresse à lui pour lui demander d'accepter de diriger le gouvernement après l'élection du nouveau président de notre pays."

M. Medvedev a également souligné que sa nomination était liée à la nécessité de poursuivre la politique de M. Poutine, avec lequel il collabore depuis les années 1990.

En acceptant de conduire la liste de Russie unie aux législatives du 2 décembre, M. Poutine avait laissé entendre qu'il pourrait devenir premier ministre, une fois parti du Kremlin. Après deux mandats consécutifs, il ne peut en effet se présenter à la présidentielle de 2008.

Le successeur de Poutine, Dmitri Medvedev, sort de l’ombre

Le durcissement des positions du Kremlin sur la scène internationale comme en politique intérieure présageait un candidat à la succession de Vladimir Poutine issu des structures de sécurité. Il n’en est rien. C’est le plus libéral, et le seul prétendant officieux au trône de Poutine à n’être pas passé par les services de sécurité, qui a été choisi hier par le président russe.

Dans une mise en scène solennelle de la télévision d’Etat, Poutine est apparu suivi des quatre chefs des partis pro-Kremlin et de l’intéressé, Dmitri Medvedev. Le Président a pris d’abord la parole pour présenter la candidature de Medvedev. «Nous voudrions vous présenter cette candidature, que nous soutenons tous. C’est la candidature du premier vice-Premier ministre, Dmitri Anatolevitch Medvedev. […] Je le connais depuis dix-sept ans. Nous avons étroitement travaillé ensemble toutes ces années.» Medvedev reçoit ainsi le soutien massif de Russie unie, qui vient d’obtenir 64 % des voix aux élections législatives du 2 décembre - Poutine était tête de liste. Mais aussi de Russie juste (7,5 %) et de deux autres partis alliés (Force citoyenne et le Parti agraire), rassemblant ensemble 3 % des voix.

D’apparence modeste, s’exprimant toujours avec calme, retenue, voire timidité, Medvedev contraste avec un Poutine tranchant et très sûr de lui. Depuis deux ans qu’il est présenté par les médias russes comme un des deux successeurs probables de Poutine, l’ancien avocat a beaucoup été exhibé sur les chaînes télévisées contrôlées par l’Etat. Sans qu’une ombre de charisme ne se manifeste, en dépit du travail intense des spin doctors du Kremlin.

«Monsieur social». Toute la carrière de Medvedev s’est faite dans le sillage de son mentor Poutine : au début des années 90, lorsque ce dernier conjuguait affaires et politique à la mairie de Saint-Pétersbourg ; puis au Kremlin en 2000, lorsque Poutine est propulsé à la tête du pays. Medvedev suit son mentor à Moscou et est placé au cœur de l’administration présidentielle, une sorte de gouvernement occulte tout-puissant en Russie. Ce n’est qu’en novembre 2005 que sa nomination au poste de premier vice-Premier ministre le fait apparaître en plein jour. Medvedev se voit alors chargé de réaliser des «projets nationaux» destinés à améliorer le logement et la natalité dans le pays. Etiqueté dès lors «monsieur social», Medvedev profite d’une intense promotion sur les écrans télévisés. Une image positive qui, ajoutée à son absence de pedigree au sein des structures répressives du pouvoir et à sa proximité avec les milieux d’affaires, en font le représentant de l’aile libérale du Kremlin. C’est du moins ainsi qu’il est présenté dans les médias russes et internationaux. «C’est un détail très important, estime Leonid Poliakov, un politologue proche du Kremlin. Cela signifie que les priorités de l’Etat russe ont changé. Il ne s’agit plus de lutte contre le terrorisme ni de rétablir l’ordre en Tchétchénie ou dans les rangs de l’armée. Les priorités sont désormais le développement économique et social du pays. Dmitri Medvedev a pour mission principale d’améliorer le niveau de vie des Russes.»

«Prête-nom». «Il est lui-même oligarque, corrige Vladimir Pribylovski, politologue proche de l’opposition. C’est un homme d’affaires prospère disposant de pouvoir politique. Il contrôle officieusement 25 % des parts d’Ilim Pulp [le plus gros producteur de papier russe, ndlr] où il a trouvé un prête-nom pour ses parts.» En outre, Medvedev suit de près le secteur gazier, qui génère des milliards de dollars de bénéfice chaque année. Il préside depuis deux ans le conseil d’administration du géant gazier Gazprom et l’un de ses plus proches amis, Konstantin Chuychenko, dirige RosUkrEnergo, la très opaque société qui détient le monopole des livraisons de gaz russe en Ukraine.

«Je ne le présenterais pas comme un libéral, poursuit Vladimir Pribylovski. Il ne diffère guère de Poutine sur le plan idéologique. C’est avant tout un pragmatique. Avec lui, la politique étrangère de la Russie ne changera que si les tarifs des hydrocarbures changent. Si les prix s’effondrent, bien sûr que la politique étrangère russe changera.» Pour Leonid Poliakov, «Dmitri Medvedev semble plus libéral et pro-occidental que son rival Sergueï Ivanov [l’autre premier vice-Premier ministre présenté jusqu’à hier comme successeur probable], qui possède une image plus conservatrice voire même nationaliste. Mais ces nuances sont davantage liées à des traits de caractère. Ils sont tous deux déterminés à poursuivre la voie montrée par Poutine.»

Depuis quelques mois, les sondages indiquent que les Russes sont prêts à voter pour le candidat proposé par Poutine. Pour l’heure, le nom de Dmitri Medvedev recueille autour de 25 %. Mais les experts ne doutent pas qu’il sera élu dès le premier tour de la présidentielle, le 2 mars. «Tout dépend de ce que décidera Poutine, estime Vladimir Pribylovski. Les chiffres dépendent entièrement de la commission électorale russe et cette dernière dépend entièrement du Président.»

Libération

Intérim à Moscou EMMANUEL GRYNSZPAN
QUOTIDIEN : mardi 11 décembre 2007

lundi 10 décembre 2007

Moscou sur les Champs

Par Thibaut Klotz, RIA Novosti

Moscou ne se donne jamais. Elle s'impose toujours, avec une désarmante fatalité. Cauchemar des esprits cartésiens, elle ne s'ouvre qu'au rêveur qui saura trouver le moyen de traverser le miroir. Il faut certainement être un peu artiste pour cela. Rester longtemps interdit devant le tumulte des artères souterraines de la mégalopole. Et un jour oser se dire: "Ceci n'est pas une ville".

Dès le premier abord, tout semble évoquer ce passage initiatique. Emporté du sol au septième étage dans l'obscurité silencieuse de l'ascenseur imaginé par le Danois Olafur Eliasson, ce sont les chiffres qui vous travaillent. 101, avenue des Champs-Elysées. 11 artistes russes. Le douzième apôtre, c'est vous.

Il y a tout juste 80 ans, Fritz Lang mettait à l'écran une utopie urbaine qui devait rester jusqu'à nos jours comme le souffle d'une époque. Il y a tout juste 80 ans, Moscou se trouvait au seuil d'une période de transformations extrêmes, comparable par son ampleur aux mutations actuelles qui emportent la capitale russe dans l'ivresse d'une renaissance tous azimuts. Moscopolis, la dernière exposition d'art contemporain présentée à l'Espace Louis Vuitton, jette un pont ambitieux entre ces deux âges de foisonnement urbain, dont les symboles jalonnent aujourd'hui l'horizon d'une ville animée par les fantômes d'une réincarnation permanente.

Pour aborder cette ville, entrer dans les méandres de son moi profond, il faut passer d'abord par une catharsis, la jeter à terre avec la violence d'un Oleg Kulik, qui brûle ses errances moscovites projetées sur trois écrans disposés face à face dans le foyer d'une véritable yourte mongole, emplie d'odeurs de laine, de cheval et de cuir, de couleurs vives et de cris d'oiseaux. Pour ses habitants, Moscou n'est peut-être réellement accessible que depuis l'ailleurs des steppes de Mongolie, loin du tourbillon quotidien de la métropole. La ville de Kulik est un mode de vie dont il faut faire le deuil. Elle redevient dès lors une réalité palpable, fragile, qui n'a pas plus de consistance qu'un château de cartes, comme la cité de Stanislav Shuripa, où le béton se transforme en papier, et où l'immensité urbaine s'étend modestement aux pieds d'une table et d'une chaise. L'univers de Moscou devient un jeu d'ombres et de lumières, un monde ludique et imaginaire sorti de la tête d'un enfant et qui se trouve constamment à sa merci, dans l'angoisse permanente de nouvelles destructions ou mutations imprévisibles.

Alexander Brodsky donne au blanc de ces feuilles de papier dont Shuripa a fait sa matière principale une épaisseur temporelle, dans une représentation pleine de nostalgie du quai de la petite rivière Iaouza, au centre de la capitale. Au bord de l'eau, matérialisée par un empilement de bouteilles entre lesquelles cohabitent seringues, préservatifs et livres anciens, ne reste que la canne d'un pêcheur qui a définitivement quitté la composition, non sans en avoir emporté la couleur, ne laissant au spectateur que le gris pâle et aseptisé des parpaings et de la pâte avec laquelle l'artiste a façonné ses détails. Quelques mégots écrasés traînent encore à côté d'un verre et d'une vieille radio dont le design appartient à une époque bien définie, mais révolue. Moscou s'efface. Comme sur les toiles de plastique de Valery Koshliakov, où l'on devine derrière les verticales tracées par les gouttes couleur pétrole, allégorie d'une renaissance alimentée par l'envolée des cours des matières premières, les perspectives délavées des incontournables de l'architecture soviétique, de l'Université Lomonossov au stade Loujniki, en passant par le pavillon Kosmos du Centre russe des expositions (VDNKh). Le tout dans un espace magnifiquement ouvert sur les toits de Paris.

Mais cet effacement n'est qu'illusion, comme le rappelle le film présenté par Ksenia Peretrukhina. Inspiration crûment contemporaine des grands défilés de la période stalinienne sur la place Rouge, il traite de l'univers du souvenir, mettant en scène dans un décor d'époque un même personnage dont la démultiplication infinie reproduit dans un pas cadencé, presque militaire, l'élan ivre et dérangeant des manifestations de masse où l'individu, comme le spectateur, finit par se noyer. On pense au métro moscovite, constamment surchargé, à cet "état de grève" permanent, pour parodier les réalités parisiennes, et aux visages de ses employés photographiés par Olga Chernysheva. Dans leurs regards absents, reflétant l'atmosphère étourdissante des stations souterraines empruntées quotidiennement par le sempiternel défilé des millions d'usagers, on devine la marche implacable des transformations urbaines qui se déroulent à la surface. La hiérarchie sociale s'incarne dans l'espace vertical, comme dans la Metropolis de Fritz Lang. Il ne reste qu'un pas jusqu'à la fresque désordonnée et oppressante de Valery Chtak, dont la palette de tons froids, du noir au gris-bleu, comme dérobée aux ouvriers qui à chaque printemps depuis des décennies badigeonnent immanquablement les lampadaires et rambardes des ponts moscovites d'une nouvelle couche de peinture, dessine les contours d'un monde intérieur où domine le mélange angoissant des thèmes urbains quotidiens et historiques, soviétiques et postsoviétiques.

A l'étroit dans ses volumes hérités du grand XXe, Moscou n'en finit pas de grandir. Tiraillée entre son statut de capitale d'un empire et son avenir de mégalopole d'envergure internationale, elle cherche aujourd'hui plus que jamais une utopie à sa mesure. Voilà justement le champ de bataille du "réalisme psychédélique" de Pavel Pepperstein, qui croque une utopie poétique, jeune, on voudrait dire presque enfantine. Ses dessins pourraient être les délires futuristes d'un écolier rêveur, délires où se croisent les idées les plus folles dans un désordre rassurant, où les gratte-ciels sont penchés dans une chute interminable ("The falling skyscrapper") et où les fautes d'orthographe trop étranges pour ne pas être volontaires nous rattachent au monde de l'enfance. Dans l'univers présenté par Pepperstein se croisent Malevitch et Kandinsky, les symboles phalliques du shivaïsme, l'alcoolisme et la femme russe, représentée tel Gulliver au milieu d'une ville sur un dessin surréaliste annoté à la fois "Défense antiaérienne de Moscou" et "La femme russe géante".

Pour le groupe des Iced Architects, l'avenir de Moscou est dans la profondeur. Dans leur projet de "New Moscow", la ville telle qu'on l'a connue jusqu'à aujourd'hui se maintient en surface, et chaque bâtiment devient le sommet d'un "corescraper", littéralement "gratte-noyau", construction dont la hauteur n'augmente qu'en repoussant indéfiniment la profondeur de ses fondations. Chaque quartier démultiplie ainsi sans fin sa capacité à accueillir de nouveaux habitants, dont le problème ne sera plus désormais d'arriver jusqu'au centre mais de remonter jusqu'à la terre ferme. Cette "croissance d'en haut" évoque également la perte des racines. Métropole cosmopolite, Moscou accueille sans cesse de nouvelles ambitions, on y vient par vagues faire fortune de tous les recoins de l'ex-URSS comme des plus grandes capitales financières du monde. Les Iced Architects proposent une alternative originale à la fièvre babélienne de la hauteur qui semble avoir pris la capitale russe depuis la construction des sept gratte-ciels staliniens (encore un chiffre biblique...) et se poursuit aujourd'hui dans le projet pharaonique de Moskva City.

En attendant l'utopie, on se contentera de la fresque fluorescente d'Alexeï Kallima, artiste né à Grozny, qui recrée sur les quatre murs d'une salle plongée dans une obscurité teintée d'ultraviolets une atmosphère nocturne où le ciel est allumé non d'étoiles, mais de fenêtres, reprenant l'un des motifs les plus marquants de l'univers moscovite: les façades. On devine dans un subtil jeu de symétries le dialogue des détails entre Paris et Moscou, entre un auvent rayé tendu au-dessus des vitrines d'un café chic et le kiosque anguleux d'une marchande de blinis. Placé au centre de cet espace, le passant devient un lien vivant entre deux réalités qui, privées de l'artifice des stéréotypes, dévoilent une proximité saisissante et inattendue.

Dans une succession effrénée d'images projetées sur un relief de polystyrène, Kirill Chelushkin s'attaque aux canons de l'imagerie moscovite. Dans une alternance ininterrompue de jours et de nuits, d'embouteillages monstres et de Volga des années soixante, deux gratte-ciels taillés à la faucille apparaissent et disparaissent entre les nuages dans de subtils basculements de perspective. Tous les plans ainsi présentés semblent animés d'un élan commun. Des avenues vides aux couleurs passées empruntées au cinéma soviétique jusqu'aux artères de circulation encombrées de voitures et de panneaux publicitaires géants, c'est une même ville qui avance inlassablement vers un avenir encore enfoui dans un épais brouillard de suppositions.

Face à l'angoisse de l'inconnu naît la tentation de la providence. Mais Moscou n'attend aucun messie. Moscou n'appartient à personne. On appartient à Moscou. Parce que Moscou ne se donne jamais. Elle s'impose toujours, avec une désarmante fatalité.

L'exposition Moscopolis est ouverte jusqu'au 13 janvier à l'Espace Louis Vuitton, 101, avenue des Champs-Elysées.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Présidentielle russe: la candidature de Medvedev n'est pas une surprise (Ziouganov)


MOSCOU, 10 décembre - RIA Novosti. Guennadi Ziouganov, leader du KPRF (Parti communiste de Russie), l'un des quatre partis entrés à la Douma à l'issue des élections du 2 décembre dernier, a déclaré lundi que la présentation de la candidature de premier vice-premier ministre Dmitri Medvedev au poste de président n'était pas inattendue.

S'agissant de Vladimir Poutine, il a supposé qu'il pourrait rester lui aussi dans la haute politique, par exemple, à la tête de l'Union Russie-Biélorussie.

"Depuis de longues années, Dmitri Medvedev est le bras droit de Vladimir Poutine, son homme de confiance le plus proche", a rappelé Guennadi Ziouganov à RIA Novosti.

Le leader du KPRF, qui avait fait part de son intention de se présenter à l'élection présidentielle un peu plus tôt, a noté que M. Medvedev avait été le premier homme politique que le président avait fait entrer au gouvernement et qu'il avait cité comme successeur au poste de chef de l'Etat.

Guennadi Ziouganov a également supposé que la présentation de la candidature de Dmitri Medvedev serait "suivie de démarches de Vladimir Poutine lui-même dans le sens de la fusion de la Russie et de la Biélorussie".

Selon le leader des communistes russes, à la fin de l'année prochaine, des amendements appropriés pourraient être apportés à la Constitution, un référendum sur la fusion des deux Etats pourrait être tenu et "Vladimir Poutine pourrait se mettre à la tête de l'Union".

L'élection présidentielle russe aura lieu le 2 mars prochain. Russie unie et trois autres partis politiques ont proposé Dmitri Medvedev comme candidat à la présidence.