vendredi 29 février 2008

"Les Russes savent que cette élection est une farce, mais ils jouent le jeu"

Chat
Pour Marie Jégo, correspondante du "Monde" en Russie, il existe l'espoir qu'avec l'élection annoncée de Medvedev à la présidentielle du 2 mars, "les libertés seront moins malmenées".

Jérémie Fontanieu : Une fois élu à la présidence, Dimitri Medvedev aura-t-il les moyens d'écarter Vladimir Poutine ? En d'autres termes, pourra-t-il assumer d'éventuelles ambitions individuelles ?

Marie Jégo : En fait, dans un premier temps, il semble qu'il sera quand même assez bordé, puisque Vladimir Poutine dit qu'il sera son premier ministre. Maintenant, il a peut-être intérêt à développer une politique plus indépendante pour se maintenir au pouvoir parce que sans cela, il va être l'otage de la politique de Poutine. Il serait encore plus fâcheux pour lui d'être l'otage de la politique des hommes en uniforme, les "silovikis", qui poussent la Russie à devenir de plus en plus un Etat policier.

RACHID : M. Medvedev et M. Poutine se sont-ils mis d'accord pour changer la Constitution après les élections, Constitution qui donnerait plus de pouvoir au premier ministre ?

Marie Jégo : Officiellement, rien de tel n'a été annoncé bien sûr. Néanmoins, Vladimir Poutine a fait une allusion à cela. C'était le 14 février, lors de sa conférence au Kremlin. Il a dit que pour que le travail du gouvernement soit plus efficace, il fallait lui donner plus de pouvoirs. Le problème, c'est qu'en faisant cela, il ruine le système qu'il a mis en place pendant huit ans de la verticale du pouvoir, où tout est subordonné au président puisque maintenant, depuis 2004, même les gouverneurs de région sont proposés par le Parlement régional et nommés par le Kremlin.

Arnaud : Qui représentera la Russie lors des prochaines réunions internationales ? Cela ne va-t-il pas correspondre à un point de discorde important entre les deux hommes ?

Marie Jégo : En effet, c'est une question que tout le monde se pose ici. D'autant que jusque-là, Medvedev n'est pas tellement apparu sur la scène internationale. En général, il va à Davos, et depuis qu'il a été désigné successeur, il est allé à Belgrade. Mais Vladimir Poutine ne l'a pas envoyé à la conférence sur la sécurité à Munich, et c'est Poutine qui ira au sommet de l'OTAN en avril.

Bien sûr, formellement, la passation de pouvoirs entre présidents a lieu en mai. Mais, pour le moment, on peut se demander pourquoi Medvedev semble un peu en retrait sur les grands dossiers internationaux. D'un autre côté, Vladimir Poutine a bien précisé lors de ses derniers discours qu'il avait choisi Medvedev parce qu'il travaillait avec lui depuis dix-sept ans. Il a parlé de Medvedev comme de son élève, en fait. Par exemple, Poutine, lors de son dernier discours devant le Conseil d'Etat, a dévoilé un plan de développement économique de la Russie jusqu'en 2020. Il a bien souligné que Medvedev devrait l'appliquer.

De son côté, Medvedev a parlé de ce plan lors d'une réunion à Krasnoïarsk, en Sibérie, qu'il compte appliquer pendant quatre ans, a-t-il précisé. A partir de là, il est clair que Poutine entend encore jouer un rôle à l'intérieur comme à l'extérieur.

caitlin : Existe-t-il une chance que Medvedev soit plus conciliant en matière de libertés publiques, notamment avec la presse ?

Marie Jégo : Ici, l'inquiétude est plutôt inverse. On dit par exemple que Medvedev, grand utilisateur de l'Internet, à l'inverse de Poutine qui a confié récemment n'avoir jamais envoyé un mail de sa vie, va être plus vigilant sur les publications Internet.

Toutefois, il faut laisser sa chance à Medvedev. Il est quand même d'une autre génération, il n'a pas fait sa carrière au KGB comme Poutine et il y a des espoirs, ici en Russie, qu'avec Medvedev les libertés seront moins malmenées. On peut penser qu'il lui faudra du temps pour avoir les coudées plus franches. Au début de son mandat, il va être sans doute très dépendant de Poutine. Mais s'il veut survivre, il faut qu'il comprenne qu'il doit s'en démarquer. La Russie, si elle aspire à devenir un acteur de poids dans l'économie globale, ne peut pas fermer des représentations du British Council parce qu'elle cache des activités "d'espionnage".

Anaïs_LL. : Quelle va être la politique de Medvedev par rapport à la Tchétchénie ? Continuera-t-il la politique de "normalisation" de la situation et de russification qu'a initiée Poutine lors de son second mandat ? S'est-il exprimé sur le sujet ?

Marie Jégo : Non, il ne s'est pas exprimé sur le sujet de la Tchétchénie. Je pense que Medvedev va être obligé de maintenir le régime de Ramzam Kadyrov. En fait, il n'a pas d'idées, comme la plupart des hauts fonctionnaires russes, qui connaissent très mal les problèmes de la région.

La seule chose qu'ils comprennent, c'est qu'il faut donner du travail aux gens. Parce que ce sont les régions (Tchétchénie, Ingouchie, Daghestan) les plus pauvres de la fédération. Récemment, le groupe automobile AvtoVAZ a signé un accord avec Kavyrov pour la création de quatre usines en Tchétchénie : une d'assemblage, trois de pièces détachées.

Mais au-delà de cet aspect économique, personne n'est à même de résoudre les problèmes cruciaux : disparition de personnes, torture, exécutions sommaires, absence de lois. L'idée au Kremlin, c'est que ces régions difficiles doivent être gérées par les structures de force (KGB, armée, ministère de l'intérieur...) et avec le "tchetchen bachi" (c'est-à-dire des personnes du type de Kadyrov).

Anaïs_LL. : Sur la question du Kosovo, les mots durs de Poutine sont-ils voués à plonger Medvedev dans une politique de confrontation avec l'UE sur l'indépendance kosovare ? Et donc à montrer Medvedev comme un homme fort et de poigne au peuple russe ?

Marie Jégo : Oui, c'est intéressant, c'est certainement pour ça que Medvedev a pu aller au Kosovo dans le contexte pré-électoral. C'était sans doute intéressant de le montrer comme un patriote pan-slave. Pour ce qui est de la rhétorique virulente de Poutine, on peut raisonnablement penser qu'elle sera un flop dans l'eau. Souvent en Russie, plus la rhétorique est dure, plus l'application est faible. La Russie ne peut pas faire grand-chose au sujet du Kosovo, d'où cette virulence verbale qui traduit plutôt sa faiblesse.

L'intérêt majeur de la Russie pour la Serbie,
c'est le transit du gaz, comme le prouve le fait que Gazprom pousse son projet de construction du gazoduc Southstream à travers la Serbie. Gazprom vient en outre de racheter 51 % de la société nationale du pétrole serbe.

Arnaud : Le futur président sera t-il plus conciliant avec l'Europe au niveau énergétique ?

Marie Jégo : A priori, non. Medvedev est le président du conseil d'administration de Gazprom. Il l'était au moment où Gazprom, en janvier 2006, a coupé le robinet à l'Ukraine. Medvedev a toujours défendu le caractère de monopole de Gazprom sur les gazoducs et je ne pense pas qu'il s'apprête à signer la Charte européenne de l'énergie, qui prévoit l'abandon du monopole sur les tubes.

Eguaquantic : Medvedev dispose-t-il des réseaux qui lui permettraient d'évincer Poutine afin d'empêcher ce dernier de redevenir président aux prochaines élections ?

Marie Jégo : On peut se demander aujourd'hui pourquoi Vladimir Poutine n'a pas choisi un des représentants de l'élite en uniforme pour lui succéder. Il est intéressant de constater qu'en choisissant Medvedev, Poutine continue de garder les leviers de commande sur ces structures qui fonctionnent en réseau à tous les niveaux : économique, politique, administratif... La présidence de Poutine a été caractérisée par la mise en place de représentants du FSB (services de sécurité, ex-KGB) Rappelons que Poutine est lui-même issu du KGB. Medvedev n'a pas les clés de ce réseau, même s'il jouit du soutien de certains d'entre eux.

Anaïs_LL. : Peut-on croire à ce qu'a déclaré récemment un membre du gouvernement, selon lequel Medvedev et Poutine ont organisé une présidence en rotation (pendant huit ans, Medvedev président, Poutine premier ministre et ensuite le contraire), qui durerait environ jusqu'en 2024 ?

Marie Jégo : A partir du moment où Poutine, en partant, annonce un plan de développement économique pour la Russie jusqu'en 2020, on peut raisonnablement penser qu'il ne s'apprête pas à quitter la scène, même en n'étant plus président. Maintenant, pour ce qui est de leurs arrangements personnels, je ne suis pas au courant, et j'aurais bien du mal à l'être, l'accès aux informations en provenance du Kremlin n'étant pas particulièrement ouvert. Il y a toujours ici des tas de rumeurs assez fantasques qui sont la caractéristique d'une société fermée, où l'information est filtrée. Ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que Poutine part, mais il reste.

PeP : A long terme, une véritable opposition pourra-t-elle briguer le pouvoir, sachant que Poutine a installé solidement son réseau ("silovikis", gazprom, Medvedev, Kadyrov...) ?

Marie Jégo : Pour le moment, tout va dans le sens inverse. L'opposition est faible parce qu'elle n'a pas d'audience, mais pas seulement : elle est aussi très divisée. Et le rouleau compresseur du système lui laisse peu de chances de pouvoir grandir et s'affirmer. On ne le dit pas, mais ces dernières semaines, des opposants ont été arrêtés.
On peut parler par exemple de la journaliste Natalia Morar, du magazine New Times : elle est empêchée d'entrer en Russie, où elle résidait et travaillait depuis dix ans, pour des raisons non expliquées par les autorités mais dont on pense qu'elles sont liées à son activité de journaliste. On peut encore citer la fermeture de l'université européenne de Saint-Pétersbourg, officiellement pour des raisons techniques, et le refus d'accès au territoire russe pour le représentant de Human Rights Watch, M. Rohds.

Fabien : Que pense l'opinion russe de cette manipulation de Poutine et de ce contournement de la Constitution ? N'y a-t-il pas un malaise?

Marie Jégo : Oui et non. Les Russes savent que cette élection est une farce, mais ils jouent le jeu. Et le pouvoir sait que les gens savent, mais il fait semblant. C'est comme une sorte de schizophrénie, un peu comparable à ce qu'on avait à l'époque soviétique. Mais ce qui n'a aucun rapport avec l'époque soviétique, c'est la vie quotidienne : les gens sont plus libres, à condition qu'ils n'aient pas de revendications politiques.

Les gens acceptent ce pacte, parce qu'ils sont fatigués de tout ce qui s'est passé, surtout les réformes monétaires qui ont confisqué leurs économies. Alors ils se disent : "Pourvu qu'on ne revienne pas à cette époque-là." Le pacte, c'est : "Vous jouez le jeu, et on ne vous embête pas." Les gens sont très touchés, à la fois, par l'augmentation exponentielle de la corruption et par l'inflation récente, donc ce pacte est fragile.

LEMONDE.FR | 27.02.08 | 18h57 • Mis à jour le 29.02.08 | 19h35

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3214,55-1016533@45-2,0.html

Sous Poutine, la province russe s'est métamorphosée

Dimitri Medvedev, le dauphin de Vladimir Poutine qui doit être élu dimanche, fait face à un défi : transformer la manne des hydrocarbures en développement économique. Reportage.

À 500 kilomètres de Moscou, Voronej connaît un boom du commerce. Partout fleurissent boutiques, restaurants, clubs de remise en forme, salons de coiffure, bowlings et boîtes de nuit. Pour qui a connu la grisaille maussade et le dénuement des villes provinciales soviétiques, cette métamorphose est spectaculaire, même si les routes restent couvertes d'ornières et de flaques de neige fondue. Des projets immobiliers poussent comme des champignons. Un luxueux centre commercial vient de s'installer dans l'une des rues principales. Le parc d'automobiles a tellement grossi que Voronej se retrouve juste après Moscou et Saint-Pétersbourg pour le nombre de voitures vendues. L'abondance jusqu'ici réservée à la métropole moscovite s'étend en province.

C'est sans doute partiellement en raison de cette sensation très nouvelle de bien-être que la grande majorité des Russes voteront ce dimanche pour l'héritier désigné de Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev. À Voronej, qui a pourtant une réputation de ville «rouge», quelque 64 % des habitants s'apprêtent à voter pour lui, selon un sondage.

Ancien haut lieu du complexe militaro-industriel soviétique, Voronej a subi de plein fouet l'effondrement du communisme, qui a laissé sur le carreau une population ouvrière paupérisée. Un habitant sur trois y est retraité. La ville compte une importante proportion d'étudiants et de professeurs, disposant officiellement de faibles salaires. Voronej consomme, alors qu'en principe elle n'a pas d'argent. Ce paradoxe fait sourire Mark Zinovievitch Berkolaiko, un docteur en mathématiques qui s'est reconverti dans la finance dans les années 1990, pour finalement fonder une société d'investissements privée.

«Il faut en finir avec les mythes russes», dit-il. D'après lui, les statistiques officielles ne reflètent pas les revenus réels de la population. Les pauvres, et ceux qui ont juste assez d'argent pour manger et se vêtir correctement, représenteraient quelque 40 % de la population de Voronej. Les gens aisés, «ceux qui ont de bons appartements, une voiture, des portables et peuvent se payer des voyages à l'étranger» , en représenteraient de 30 à 40 % et gagneraient entre 25 000 et 50 000 roubles (de 800 à 1 600 euros), selon lui. Les 20 % restants se partageant à égalité entre «très riches» (millionnaires en dollars) et «riches» . «C'est la classe moyenne qui booste le commerce, ce dernier ne serait pas possible s'il ne s'appuyait que sur les riches» , affirme Berkolaiko. Il rappelle que le capitalisme existe depuis dix-sept ans en Russie et que beaucoup de gens ont accumulé un capital. «Nous les voyons arriver chez nous et demander à acheter un portefeuille d'actions ou investir dans l'immobilier» , raconte-t-il.

«Prometteuses»

Mark Berkolaiko parle même d'un petit frémissement du secteur productif. L'usine d'aéronautique de Voronej, après des années de crise, a «un carnet de commandes plein jusqu'en 2012» . Les perspectives seraient «prometteuses» dans le secteur spatial ou l'agriculture. «Nous devons cette stabilisation à Vladimir Poutine. Il a remplacé les oligarques et les criminels par des bureaucrates. C'est un frein énorme, mais c'est mieux», dit le financier.

Alla Tsvetkova, jeune femme entrepreneur qui fait partie d'un conseil consultatif économique auprès de la mairie, ne partage pas cet avis. Pour elle, la prospérité du commerce à Voronej est due au pouvoir d'achat des riches, et non à l'émergence d'une classe moyenne, car «25 000 roubles (800 euros), c'est très peu, vu le niveau de prix occidental !». «Ayant des revenus immenses, les riches consomment pour tous les autres», suppose-t-elle. Elle décrit des PME locales accablées par la bureaucratie et concurrencées par de grandes chaînes commerciales venues de Moscou. «J'avais des kiosques en 2001, j'ai dû les vendre. Il n'est plus rentable de dépenser autant de dessous-de-table et d'énergie à les garder», dit-elle. Elle explique qu'il est impossible de survivre dans les affaires sans «la main» du pouvoir, ce qui favorise «les gros poissons» capables de payer pour faire taire l'hydre bureaucratique. Elle voit dans l'affaiblissement des PME un grave danger de stagnation pour Voronej, car les chaînes moscovites «sont des aspirateurs» qui rapatrient leurs fonds vers Moscou. «Pour changer ce système fermé, il faudrait une vraie rupture, et Medvedev, même s'il a de bons projets, ce n'est pas la rupture» , s'inquiète Alla.

Du même avis, l'entrepreneur Alexandre Sysoev, un influent député réformateur de la Douma régionale, s'interroge sur le mécanisme par lequel le futur président pourra libérer le pays de la chape bureaucratique, pour échapper à la malédiction de la rente pétrolière. «Medvedev me plaît, je sens intuitivement en lui une liberté que je ne trouvais pas chez Poutine. Mais il n'est pas possible de considérer les gens comme des serfs quand il s'agit de se faire élire, et de vouloir en faire des citoyens pour stimuler l'économie. Il faudra choisir.»

De notre envoyée spécialeà Voronej Laure Mandeville
28/02/2008 | Mise à jour : 23:10 | Le Figaro

http://www.lefigaro.fr/international/2008/02/29/01003-20080229ARTFIG00020-sous-poutine-la-province-russe-s-est-metamorphosee-.php

jeudi 28 février 2008

Medvedev en campagne télévisée pour une victoire annoncée

A quatre jours du scrutin présidentiel en Russie, Dmitri Medvedev, 42 ans, dauphin de Vladimir Poutine, s'est présenté pour la première fois en tant que candidat devant un parterre d'électeurs à Nijni-Novgorod (est de Moscou). Pour l'occasion, il a pris, mercredi 27 février, "un jour de vacances non payé", a précisé le gouvernement russe.

Habituellement, quand Dmitri Medvedev fait campagne, sillonnant la Russie ou apparaissant à la télévision, ce n'est pas en qualité de candidat à l'élection présidentielle du 2 mars mais de premier vice-premier ministre. "Pendant la période électorale, le gouvernement ne doit pas travailler au ralenti", a justifié Vladimir Tchourov, le président de la commission électorale centrale.

Dimitri Medvedev, bien avant l'ouverture de la campagne, devançait déjà ses rivaux grâce à ses multiples apparitions sur le petit écran. Selon une étude du centre d'analyse des médias Medialoguia, entre le 10 décembre - quand Vladimir Poutine l'a désigné comme successeur - et le 26 février, Dmitri Medvedev est apparu 1 832 fois sur les chaînes de la télévision publique. Dans le même temps, le candidat Vladimir Jirinovski a été montré 533 fois, Guennadi Ziouganov 479 fois et Andreï Bogdanov 258 fois. Le Parti communiste russe, qui avait déposé une plainte à ce sujet, a été débouté, mardi, par un tribunal moscovite.

Aux journaux télévisés, M. Medvedev crève l'écran. On ne voit que lui : en visite aux champs, en train de deviser avec une famille de la classe moyenne, occupé à l'inauguration d'un hôpital. En fait, le poulain de M. Poutine a ravi la vedette à son maître. A en juger par la fréquence de ses apparitions télévisées, il l'a déjà remplacé. L'élection n'est plus qu'une simple formalité. La seule incertitude porte sur l'ampleur de sa victoire dès le premier tour de scrutin.

L'impétrant au visage d'écolier sage est si sûr de l'emporter qu'il a refusé de participer aux débats électoraux télévisés. Bien trop pris par ses activités de vice-premier ministre, il n'a pas le temps. Cet argument est une garantie du sérieux du candidat Medvedev. L'autre garantie est son adoubement par Vladimir Poutine. A Nijni-Novgorod, il a promis de poursuivre la politique menée par le président sortant. La Russie, "gavée de révolutions", a bien besoin d'un "répit", a-t-il souligné.

La stratégie du Kremlin est de laisser entendre aux électeurs que rien ne changera après l'élection. M. Medvedev en est la meilleure illustration. Il a de plus en plus fréquemment les tics de langage de son mentor. Mardi, il a indiqué qu'il était prêt à travailler avec le futur président américain à condition que celui-ci ne professe pas d'idées "à demi-séniles".

Dépourvue d'enjeux, de débats, de programmes, la campagne électorale est bien terne. Les seules affiches visibles sont celles de Russie unie, le parti au pouvoir, montrant côte à côte Vladimir Poutine et son protégé. Récemment, à Moscou, des annonceurs publicitaires ont déploré, sous le sceau du secret, avoir été contraints de céder des espaces publicitaires exclusivement à Russie unie. Selon la presse, les gouverneurs de régions se sont vu enjoindre de garantir une participation de 65 % alors que la notion de seuil de participation - fixé jadis à 25 % - a disparu de la nouvelle loi électorale.

Fidèles à la tradition soviétique, les bureaux de vote ne lésinent pas sur les moyens pour inciter l'électorat à se déplacer : distribution de nourriture, bons de réductions, billets de concerts. A Sotchi, une loterie de voitures sera proposée ; à Tcheliabinsk, des crêpes seront offertes (la chandeleur est célébrée le 3 mars). Les opérateurs de téléphonie mobile ont pris soin d'envoyer des messages sur les portables de leurs abonnés : "N'oubliez pas d'aller voter, votre voix est importante pour le pays." Selon une pratique éprouvée à l'occasion des législatives du 2 décembre 2007, les électeurs pourront voter dans n'importe quel bureau de vote, de préférence à proximité de leur lieu de travail, sous l'oeil vigilant de leurs supérieurs hiérarchiques.

Marie Jégo

mardi 26 février 2008

Dmitri Medvedev affiche à Belgrade l'alliance Russie-Serbie sur le Kosovo


Le président serbe Boris Tadic, à droite, accueille le candidat à l'élection présidentielle russe, Dmitri Medvedev à Belgrade, lundi 25 février 2008.

Contrairement au jour de l'attaque contre l'ambassade américaine, la représentation diplomatique de la Russie à Belgrade était protégée, lundi 25 février, par des gendarmes anti-émeute déployés devant les grilles. Un autre cordon de policiers contenait une centaine de manifestants sur le trottoir opposé. Les manifestants, réunis par le Parti libéral démocrate (LDP), de Cedomir Jovanovic, étaient pourtant inoffensifs, et n'avaient nullement l'intention de prendre d'assaut le bâtiment russe.

Sifflets à la bouche, les démocrates serbes protestaient contre la visite du dauphin de Vladimir Poutine, l'actuel premier ministre russe Dmitri Medvedev, et du chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, venus négocier des contrats commerciaux et rappeler leur solidarité avec la Serbie après la proclamation d'indépendance du Kosovo.

"La place de la Serbie est en Europe, pas en Russie", proclamait une pancarte. "L'indépendance du Kosovo est soutenue par les Etats-Unis et une grande majorité des Etats européens. Si nous continuons à nous y opposer, est-ce que cela ne va pas stopper notre marche vers l'Union européenne ?", se demandait Uros Kojanovic, membre du LDP.

"En plus, la Russie nous doit des excuses", ajoutait-il en référence aux propos récents d'un journaliste russe ayant jugé "bien méritée" la balle reçue par Zoran Djindjic, le premier ministre serbe tué par un tireur embusqué en mars 2003.

Les manifestants reprochaient également aux autorités russes d'avoir accordé, le 1er février, l'asile politique à Mira Markovic et Marko Milosevic. La veuve et le fils de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic sont recherchés par la justice serbe pour abus de pouvoir et trafic de cigarettes. Slobodan Milosevic avait quitté le pouvoir sous la pression de la rue, mobilisée en septembre 2000 par Zoran Djindjic, qui l'avait ensuite fait arrêter et transférer à La Haye, au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), où l'ex-président est mort en 2006.

Mais Dmitri Medvedev n'a pas entendu les huées des manifestants. A cette heure-là, il s'entretenait avec le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, dans une villa du gouvernement dans le quartier résidentiel de Dedinje, de l'autre côté de l'affluent du Danube, la Save.

Le probable successeur de Vladimir Poutine, après la présidentielle russe du 2 mars, a rappelé la position de la Russie qui "soutient fermement que la Serbie est un Etat unifié avec le Kosovo à l'intérieur de ses frontières". Il a jugé "illégale" la déclaration unilatérale d'indépendance, le 17 février, de ce qui était jusqu'alors officiellement une province de Serbie, même placée sous administration internationale depuis 1999. Sans bellicisme, Dmitri Medvedev a promis que Moscou continuera à "coordonner" sa politique sur le Kosovo avec Belgrade.

Le premier ministre nationaliste, Vojislav Kostunica, a, lui, été plus menaçant. Il a notamment exclu toute "normalisation des relations (diplomatiques) avec ces pays qui ont reconnu l'indépendance tant qu'ils n'auront pas annulé leur décision". Peu auparavant, le président serbe, Boris Tadic, pro-européen et soucieux de ne pas brûler les ponts avec l'Union européenne, avait certes remercié Moscou pour son soutien sur le dossier kosovar, mais avait surtout mis l'accent sur la coopération économique entre les deux pays.

A cette occasion, Belgrade et Moscou ont signé un mémorandum sur la création d'une société mixte par la compagnie d'Etat serbe Srbijagas et la société russe Gazprom. Un "accord de coopération" intergouvernemental prévoit notamment la participation de la Serbie au gazoduc South Stream, destiné à diversifier les routes de transport du gaz russe vers l'Europe.

Christophe Châtelot
BELGRADE ENVOYÉ SPÉCIAL
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/02/26/dmitri-medvedev-affiche-a-belgrade-l-alliance-russie-serbie-sur-le-kosovo_1015779_3214.html?xtor=RSS-3210

lundi 25 février 2008

Les Russes désespérés frappent à la porte de Dmitri Medvedev

Photo-reportage du Monde.

http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3214,31-1015594,0.html?xtor=RSS-3210

De plus en plus d'internautes en Russie

elon les dernières données officielles publiées par le ministère russe des communications, le nombre d'internautes devrait croître de plus de 30 % en Russie cette année, pour atteindre 46 millions d'utilisateurs, contre 35 millions fin 2007. Des chiffres auxquels s'ajoutent autant d'utilisateurs russophones au sein de la diaspora et dans les régions limitrophes de la Russie (Ukraine, Pays baltes, etc.), ce qui place la langue russe parmi les dix langues les plus importantes sur Internet en nombre de locuteurs, à égalité avec l'arabe et le portugais.

A Moscou, le taux de pénétration est encore plus imposant et le haut débit explose : environ 60 % de la population aurait accès à Internet, et si, en janvier 2007, près de la moitié de ces internautes utilisait encore l'archaïque modem téléphonique pour accéder au réseau, douze mois plus tard ils ne sont plus que 10 % à se connecter en bas débit : 90 % des utilisateurs moscovites jouissent d'une connexion rapide à la maison ou se connectent aux réseaux Wi-Fi de la capitale, qui sont légion.

Parmi les sites les plus consultés, Live Journal vient évidemment en tête. Le site Internet d'Anton Nosik accumule les records : 400 millions de pages vues par mois sur les 700 000 blogs actifs créés en russe sur le site de Live Journal...

Alexandre Billette
Le Monde
Article paru dans l'édition du 26.02.08.
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/02/25/de-plus-en-plus-d-internautes_1015349_3214.html#ens_id=998560

La Russie confrontée à une catastrophe sanitaire

À l'hôpital de la petite bourgade de Taroussa, malgré le manque de moyens, Vladimir a pu être opéré sans payer, chose inimaginable à Moscou et dans les grandes villes où les cliniques privées aux coûts exorbitants poussent comme des champignons . (Nodé-Langlois/Le Figaro)

Le système de santé qui faisait la fierté de l'URSS s'est effondré. Poutine dit vouloir en faire une priorité de la prochaine présidence.

De notre correspondant à Moscou

LA RUE DÉFONCÉE n'est qu'un cloaque de boue et de neige fondue. Face aux petites isbas bancales, se dressent deux petits bâtiments de trois étages en briques blanches crasseuses : l'hôpital de Taroussa. Moscou n'est qu'à une centaine de kilomètres mais Taroussa, bourgade de moins de 10 000 habitants respire déjà la Russie profonde. Sur le palier du premier étage à la peinture écaillée, un vieillard en pantoufles tire sur sa cigarette. La boîte de conserve qui fait office de cendrier déborde. Une odeur de soupe se mêle à celle de désinfectant dans le couloir badigeonné en vert amande. Les chambres à cinq lits sont évidemment dépourvues de toilettes et de douche. L'infirmière a honte de montrer les toilettes de l'étage.

Le système de santé qui faisait la fierté de l'URSS s'est effondré. Et avec lui l'état de la population. Chiffre le plus frappant : l'espérance de vie des hommes. De niveau européen dans les années 1970, elle a chuté jusqu'à 59 ans. Dans son discours du 8 février sur les perspectives de la Russie pour 2020, Vladimir Poutine, avec un volontarisme sarkozyen, a déclaré qu'il fallait « tout faire » « pour que l'espérance de vie atteigne 75 ans vers 2020 ». Le défi est colossal. Le tabac, l'hypertension et le cholestérol seraient responsables des trois quarts des décès selon Gerhard Symons, de l'Imperial College de Londres , cité par Russia Profile. La prévention est balbutiante. L'alcoolisme fait toujours des ravages. L'épidémie de sida, sous-évaluée, et la tuberculose menacent.

Avec le logement, la santé est la préoccupation majeure des Russes. En toute logique, elle constitue l'une des priorités du candidat à la présidentielle Dmitri Medvedev, assuré d'être élu dans huit jours. Depuis 2006, le même Medvedev, vice-premier ministre, pilote les quatre « projets nationaux » (logement, éducation, agriculture et santé). Dans ce cadre, l'État a consacré environ 3,7 milliards d'euros en 2007 pour la santé.

À l'image de la Russie, l'hôpital de Taroussa 25 médecins, 150 employés et 135 lits , est en pleine transformation. Un étage est en rénovation. Le « projet national » a financé un nouvel appareil de fluorographie permettant un meilleur diagnostic de la tuberculose pour 150 fois moins de rayonnement. Les crédits officiels restent malgré tout insuffisants. Aussi, le dynamique cardiologue de l'hôpital, Maxim Ossipov, sollicite-t-il des aides extérieures, privées, à l'étranger parfois, pour financer des équipements. Le tout nouveau respirateur artificiel financé par l'Association des amis de Taroussa a déjà sauvé des vies. À 45 ans, le Dr Ossipov a un profil encore atypique en Russie : il a étudié un an à San Francisco. Deux jours par semaine, il consulte à Taroussa, la ville de son enfance. Le reste du temps, il gère sa maison d'édition spécialisée dans la traduction d'ouvrages médicaux. Il a publié une chronique littéraire dans la tradition de la médecine humaniste. Empreint d'empathie et de désespoir, il dépeint ses patients fatalistes, leur « dédain pour la vie », cette idée répandue qu'après 60 ans, il est inutile de se soigner, le joug « de l'argent et de l'alcool ». « Le problème n° 1 de la santé en Russie, analyse le praticien, c'est le manque de médecins, et de médecins formés. » « Mon fils est en quatrième année de médecine. Il apprend sur les mêmes manuels qu'il y a vingt ans ! » En outre, « pour entrer à l'institut médical, tu es obligé de verser un pot-de-vin », ajoute Vladimir Alexeïevitch, un autre médecin de Taroussa.

Le fléau de la contrefaçon

Malgré ses manques de moyens, le petit hôpital est un havre d'humanité. Les vieux de Moscou qui viennent se reposer l'été à la datcha se soignent ici. Avantage : l'assurance obligatoire parvient à couvrir les salaires des médecins, les médicaments de base. Et même les repas, pour 21 roubles par jour (60 centimes). « À Moscou, les soins gratuits n'existent pas », résume Marina, chirurgienne à Taroussa. Galina par exemple a été hospitalisée d'urgence à la capitale. On lui a dit qu'un examen par IRM était indispensable pour le diagnostic. Mais c'était 2 000 roubles comptant ou rien. Macha, une autre Moscovite a dû débourser une fortune, 1,5 million de roubles (43 000 €) pour obtenir à temps son opération de l'estomac. Dans les grandes villes, les cliniques privées dentaires, gynécologiques, ou de kinésithérapie poussent comme des champignons. Avec une offre de soins très inégale. Car tout s'achète, même les diplômes. Dans cette jungle sanitaire, les médicaments gratuits manquent et la contrefaçon reste un fléau.

Note d'espoir, le projet national a permis des augmentations de salaires. Importantes en pourcentage tant on part de bas. Mais dérisoires pour le porte-monnaie. Les infirmières fuient Taroussa en quête de revenus attractifs dans les grandes villes. Marina, dix ans de chirurgie, ne gagne que 12 000 roubles mensuels (345 €) ! Moins que certains ouvriers à Moscou. Pour arrondir ses fins de mois, elle profite de la dualité de la nouvelle Russie. Se soigner est un luxe pour la majorité, mais une minorité s'offre des séjours de luxe en maison de repos. Son second emploi, Marina l'exerce dans l'établissement privé de son mari, comme esthéticienne.

Fabrice Nodé-Langlois
Le Figaro
22/02/2008 | Mise à jour : 20:46 |
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