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lundi 26 mai 2008

La Russie dément avoir abattu le drone géorgien

Une mission de l'Onu a pourtant confirmé les accusations de la Géorgie envers Moscou selon lesquelles l'armée russe avait envoyé le 20 avril un bombardier tiré sur un de ses drones en mission, au-dessus de la région séparatiste d'Abkhazie.

e ministère russe de la Défense a démenti lundi 26 mai les conclusions d'un rapport de l'ONU selon lesquelles un avion de chasse russe a abattu mi-avril un drone géorgien au-dessus de la région séparatiste d'Abkhazie.
"Nous démentons cette information. Aucun de nos avions n'a violé d'espace aérien et n'a, a fortiori, effectué de tir", a déclaré à l'AFP Alexandre Drobychevski, porte-parole du ministère de la Défense.
Une mission de l'ONU a conclu que c'était bien un avion de chasse russe qui avait abattu un drone géorgien fin avril au-dessus de la région séparatiste géorgienne pro-russe d'Abkhazie, a affirmé un responsable du gouvernement géorgien, un peu plus tôt, ce même jour.

Un avion de "l'armée de l'air russe"

Les éléments fournis à la mission d'observation de l'ONU en Géorgie (Monug) "conduisent à la conclusion que l'avion appartenait à l'armée de l'air russe", peut-on lire dans ce rapport.
La Géorgie accusait Moscou d'avoir envoyé le 20 avril un bombardier Mig 29 abattre un de ses drones en mission au-dessus de l'Abkhazie. Moscou a toujours démenti et n'a pas réagi dans un premier temps à ce rapport.
La mission de la Monug a quant à elle seulement confirmé à l'AFP qu'elle s'apprêtait à publier un rapport à ce sujet lundi soir, mais s'est refusée à confirmer l'authenticité du texte diffusé lundi par les Géorgiens.

Vives tensions

Moscou accuse la Géorgie d'alimenter les tensions en faisant voler des drones en "zone interdite", au-dessus du territoire abkhaze. La Géorgie répond qu'elle continuera à survoler son espace aérien.
L'Abkhazie affirme avoir déjà abattu au cours des deux derniers mois six drones géorgiens au-dessus de son territoire, des incidents démentis par la Géorgie à l'exception de celui du 20 avril.
L'Abkhazie, qui a proclamé son indépendance unilatéralement au début des années 1990 et l'a défendue par les armes contre les forces géorgiennes, est au centre de vives tensions entre Tbilissi et Moscou, qui la soutient de fait.

Le Nouvel Observateur (avec AFP).
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/europe/20080526.OBS5595/la_russie_dement_avoir_abattu_le_drone_georgien.html?idfx=RSS_international

samedi 24 mai 2008

En Géorgie, le parti du président Saakachvili remporte des élections législatives critiquées

L'importante victoire aux élections législatives géorgiennes du 21 mai du parti du président Mikheïl Saakachvili, le Mouvement national uni - arrivé en tête avec 61 % des voix, selon des résultats préliminaires - a été dénoncée par l'opposition. Elle a également été critiquée par les observateurs de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE). Ces derniers ont souligné des "intimidations", des "manquements importants", lors du décompte des voix et l'absence d'une séparation entre l'administration et le parti présidentiel.

Toutefois, "des progrès concrets et importants ont été réalisés" depuis la présidentielle de janvier, a souligné, jeudi à Tbilissi, Joao Soares, le chef de la mission OSCE. Mikheïl Saakachvili comptait sur ce scrutin pour rétablir son image, écornée lors de la répression des manifestations de l'opposition, en novembre 2007.

Soucieux d'éviter une répétition des batailles de rue, le président Saakachvili promet l'ouverture : "Nous ne procéderons à aucun changement sans consultations avec les autres formations politiques." Le chemin vers le dialogue sera long : le pouvoir et l'opposition, qui a réuni quelques milliers de manifestants à Tbilissi le soir du vote, se voient comme des ennemis.

Trois autres partis entreront au Parlement : le Conseil de l'opposition unie, une coalition de neuf partis, qui a remporté 15 % des voix ; le Parti chrétien-démocrate (8 %) et les travaillistes (7 %). Le chef de la coalition, Levan Gatchetchiladze, un ancien associé de Pernod Ricard, n'a eu de cesse pendant la campagne de dénoncer "le régime policier fasciste" de M. Saakachvili, sans lui opposer un modèle crédible. Recevant Le Monde dans sa villa de Tbilissi, il a prétendu que, pendant les manifestations de novembre, "des gens étaient morts" des suites de la répression. Combien ? Qui ? Il n'a pu en dire davantage.

"Du haut en bas, au pouvoir comme dans l'opposition, ils mentent tous", constate froidement Guia, un étudiant en médecine de Tbilissi, plutôt sceptique sur la démocratisation du pays. Salomé Zourabichvili, autre figure de l'opposition, considère pour sa part que l'équipe en place a échoué : "Au début, lors de l'arrivée de Saakachvili au pouvoir (en 2004), des réformes ont été engagées avec énergie" mais, souligne-t-elle, les deux objectifs prioritaires, l'arrimage à l'OTAN et le retour des territoires séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, n'ont pas été atteints. "A la place d'une politique, on a une impasse", déplore l'ancienne ministre des affaires étrangères.

Désormais, la première tâche du pouvoir va être de recoller les morceaux de la relation avec la Russie, envenimée par le soutien que Moscou apporte aux séparatistes. Après le refus de l'OTAN d'accorder à la Géorgie le statut de candidat et la déclaration d'indépendance du Kosovo, la tension est à son comble en Abkhazie, où les troupes russes ont été renforcées. Un incident s'est produit le jour du vote sur la ligne de démarcation. Des Géorgiens de la région Gali (seul district sous contrôle des séparatistes où les réfugiés géorgiens sont autorisés à se réinstaller) qui s'apprêtaient à aller voter côté géorgien, ont vu leurs autobus mitraillés. Trois personnes ont été blessées, dont une grièvement. Le "président" abkhaze Sergueï Bagapch, en visite à Moscou, a dénoncé "une mise en scène hollywoodienne" orchestrée par Tbilissi.

A Moscou, les législatives géorgiennes n'ont guère été commentées. Sur Radio Svoboda, Boris Toumanov, expert de la région, a estimé que la victoire de M. Saakachvili était "un avantage pour la Russie." Le président géorgien "comprend parfaitement que les conflits gelés - l'Abkhazie et l'Ossétie - ne peuvent se régler par des effets de manches". Mais les vues des deux pays achopperont toujours sur un point : l'intégration au sein de l'OTAN. "Pourquoi tout le monde considère que la Géorgie doit appartenir à la Russie ?", interroge l'expert. "OTAN ou pas, quelle différence ? A 300 kilomètres de la frontière russe, la Turquie est déjà dans l'OTAN. Si la Géorgie veut en être aussi, qu'est-ce que ça change ?"

Marie Jégo
Article paru dans l'édition du 24.05.08.