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jeudi 5 mars 2009

Plus dure la vie dans l'Oural

Ici, les gens lisent leur avenir dans la fumée âcre et noire crachée par le combinat sidérurgique, le MMK. Relique de l'industrialisation à marche forcée de l'époque stalinienne, ce monstre de ferraille et la trentaine d'usines qui lui sont rattachées dominent un territoire énorme sur la berge orientale du fleuve Oural. Tant que le ventre industriel de Magnitogorsk, ville de l'Oural à deux heures de vol de Moscou, ronfle, crache et s'active, 70 000 habitants, soit 30 % de la population en âge de travailler, ont un emploi assuré.

combinat, la ville, 409 000 habitants, porte les traces du boom économique des dix dernières années. Salons de beauté, restaurants, centres commerciaux ont fleuri le long des trois avenues principales aux noms inchangés depuis l'époque soviétique : la "Karl-Marx", la "Lénine", la "Soviétique". "Toute la région nous enviait !, raconte Viktoria. Les salaires de nos ouvriers étaient les plus élevés : 15 000 roubles (428 euros avant la dévaluation de 35 % du rouble). La crise nous est tombée dessus alors que nous commencions tout juste à redresser la tête."

En octobre 2008, le rêve de bien-être et de stabilité s'est écroulé. L'activité du combinat a décliné. Les commandes se sont taries, la production d'acier et de fonte a chuté de plus de moitié - 420 000 tonnes en décembre contre 1 100 000 tonnes en juillet. Quatre hauts-fourneaux sur huit ont cessé de fonctionner.

Des milliers d'ouvriers se sont retrouvés au repos forcé, leurs salaires amputés de 20 % à 50 %. La direction de l'entreprise affirme que les licenciements massifs ont été évités. "Depuis quatre-vingts ans, le combinat est l'employeur numéro un de cette ville, s'il s'arrête, tout s'arrête", résumeElena Azovtseva, la porte-parole de l'entreprise. Les déboires du combinat ont quand même fait tache d'huile. Chantiers, commerces, usines ont licencié de façon plus ou moins avouée.

Vitali, la trentaine, vient de perdre son travail de fraiseur à l'usine de boulons Metiz, filiale du combinat. Non il n'a pas été licencié, il est parti volontairement, sans indemnités, comme le lui suggérait la direction. Pour ne pas se mettre mal avec l'usine, il est parti sans faire d'histoires, les mains vides, "comme ça, si l'activité reprend, ils feront de nouveau appel à moi", espère-t-il.

En attendant des jours meilleurs, il se dit prêt à prendre "n'importe quel travail". Un petit tour au Centre pour l'emploi le laisse sans voix. Une centaine de personnes ont envahi le petit local. Avec 6 000 chômeurs inscrits, le centre n'a que 300 postes à proposer, en général des emplois peu qualifiés - cantonniers, vigiles, manutentionnaires, femmes de ménage - faiblement rémunérés (entre 4 000 et 5 000 roubles mensuels, soit 87 à 109 euros).

Vitali est inquiet. Avec un salaire aussi bas, comment rembourser le crédit - en dollars - de sa Wolkswagen, payer la pension alimentaire de son fils, assurer les dépenses de gaz et d'électricité de son logement ? Fiodor, 24 ans, n'est pas moins inquiet. Fraîchement diplômé de la faculté de droit, il sait qu'il ne trouvera pas de travail dans sa spécialité : "On a formé trop de juristes en Russie." C'est décidé, il sera conducteur d'autobus. La formation coûte 14 000 roubles (307 euros), le centre est prêt à en assumer la moitié, Fiodor n'est pas sûr de pouvoir avancer le reste.

Le Centre pour l'emploi peine à faire face. Les gens font la queue pour s'inscrire, reçoivent un ticket numéroté, doivent revenir pour un entretien. En quatre mois, le nombre des demandeurs d'emploi à Magnitogorsk a été multiplié par cinq. Et pourtant, les 6 000 personnes inscrites ne représentent que 11 % du nombre total des chômeurs.

"La plupart des personnes au chômage ne se font pas enregistrer", explique Viktoria. Elle-même n'a pas jugé bon de le faire. Pourquoi ? Elle ne court pas après l'indemnité de chômage offerte (5 600 roubles, soit 123 euros). Son mari, petit entrepreneur, fait bouillir la marmite. Le couple a fini de rembourser les traites du petit deux-pièces acheté avant la crise. Reste à honorer le crédit de la Ford, heureusement Viktoria avait opté pour un remboursement en roubles. Entre janvier et février, la monnaie russe s'est dépréciée de 35 % face au "panier" de devises (euros-dollars) qui lui sert de référence.

Pas facile, à Magnitogorsk, d'obtenir des informations. La "verticale du combinat" est à l'oeuvre. La chape de plomb est aussi épaisse que les volutes de fumée sorties des hauts-fourneaux. A la vue d'une journaliste, étrangère de surcroît, les officiels se font inquisiteurs. "Dites-moi qui vous avez vu pendant votre séjour et ce qu'ils vous ont dit", assène, sur un ton qui n'admet pas de répliques, Elena Azovtseva, la porte-parole du combinat.

Ici, il n'y a ni syndicat indépendant, ni partis d'opposition, ni société civile, ni association de protection de l'environnement alors que la ville est très polluée. "Personne ne veut se risquer à proférer une seule critique contre le combinat qui nourrit toute la ville", explique Viktor, un métallo à la retraite. Le combinat veille à tout : au bien-être et à la santé des ouvriers, au placement de leurs enfants, aux loisirs de leurs familles et bien sûr à l'écologie. Il contribue à 70 % au budget de la ville, fournit le chauffage et l'eau chaude, entretient l'équipe de hockey sur glace, a construit les deux stations de ski ultramodernes à une soixantaine de kilomètres de là.

Le maire de Magnitogorsk, Evgueni Karpov, est un ex-directeur financier de l'entreprise, tandis que la plupart des commerces en ville sont la propriété d'Andreï Morozov, un ancien directeur adjoint du combinat. "La ville fonctionne comme une petite principauté", résume Rosalia Belochapko, femme d'affaires et membre du conseil municipal. Cette brune à l'allure décidée, coiffure impeccable et manteau de vison, s'est lancée dans le "business", en 2003, avec la construction de deux centres commerciaux.

"Quand j'ai demandé les permis de construire, la municipalité m'a suggéré de construire d'abord et que les permis viendraient après, mais j'attends toujours", raconte-t-elle. Les bâtiments à peine achevés, une série de contrôles s'est abattue sur sa société : fisc, sécurité, hygiène. La municipalité a exigé la démolition des centres. Rosalia était menacée d'en perdre la propriété. Elle a dû aller plaider sa cause à Moscou, a trouvé une oreille complaisante auprès de députés de Russie unie, le parti pro-Kremlin qui, depuis la crise, ne cesse de vanter la diversification de l'économie et le développement des PME.

"Si chaque entrepreneur doit monter à Moscou pour implorer le tsar dès qu'il a des problèmes, on peut comprendre pourquoi les PME ne se développent pas", conclut-elle. Viktor Barabanov, qui dirige l'association locale des petits entrepreneurs, déplore la monopolisation de l'économie. "Magnitogorsk est une ville mono-industrielle semblable à bien d'autres en Russie. Son modèle de développement est axé sur le règne d'une corporation peu intéressée à voir la concurrence se développer."

Alexeï Odintsev, propriétaire de l'Hôtel Avrora, le plus coquet de la ville, est amer. Le "miracle" économique russe, il y a cru. Fort de ses exportations de pétrole, le pays a affiché pendant des années une croissance d'environ 10 % par an et des ambitions géopolitiques démesurées. Or Alexeï se "fiche pas mal que la Russie soit une grande puissance", son principal souci "c'est que l'économie soit solide. On nous a bassinés avec la stabilité du rouble, résultat il a perdu 35 %".

Tour à tour, il fustige les lenteurs bureaucratiques - deux ans pour obtenir les preuves que l'hôtel est bien sa propriété -, la corruption - 1 million d'euros de pots-de-vin à verser pour être relié au réseau électrique - et le règne du monopole. Une seule compagnie d'avions dessert Magnitogorsk depuis la capitale russe. Le billet aller-retour coûte 14 000 roubles (307 euros). "C'est l'équivalent d'un mois de salaire d'un ouvrier. Forcément, à ce prix-là, des tas de gens de chez nous ne sont jamais allés à Moscou", rapporte Alexeï. Son fils aîné, étudiant à Londres, s'y rend en avion pour sensiblement la même somme, 16 000 roubles (351 euros).

Les ouvriers du combinat ont d'autres préoccupations. Ils guettent la fumée. Elle est redevenue plus dense depuis que des crédits sont arrivés de Moscou. Deux hauts-fourneaux se sont remis à fonctionner en janvier. L'espoir revient. Et puis il y a le hockey sur glace. L'équipe du cru, Metallourg, est la deuxième du championnat de Russie.

Les soirs de fête, les gens de Magnitogorsk convergent vers le grand stade tout neuf construit aux frais du combinat. La bière coule à flots, l'excitation est à son comble. "Tue-le !", lance un spectateur à un joueur en bisbille avec un attaquant de l'équipe adverse, le CSKA de Moscou. Ovationné, le Metallourg l'emporte. "Le combinat aussi gagnera. Il en a vu d'autres et nous aussi", affirme Dmitri, un ouvrier qui assiste au match en famille. Au-dessus de la patinoire, une banderole publicitaire proclame : "Avec le combinat MMK tout est plus sûr."

LE MONDE | 04.03.09 | 14h54  •  Mis à jour le 04.03.09 | 19h39

Marie Jégo

dimanche 6 juillet 2008

Grand Nord : en attendant le dégel

Comment se préparer à la fonte du pôle Nord pour ne pas rater les bonnes affaires ? En ce début d'été, dans la salle de conférences du grand hôtel de Bodø, au nord du cercle polaire, la question du jour est crue. Il y a là des armateurs, des chercheurs, des pétroliers, des militaires, des écologistes. Et tout le monde a en tête les projections américaines, selon lesquelles un quart des ressources non prouvées en pétrole et en gaz se trouveraient en zone arctique. Ressources dont les Russes seront les principaux bénéficiaires.


Que se passera-t-il dans vingt ou trente ans pour cette région du Grand Nord norvégien, allant des îles Lofoten jusqu'à la frontière russe bordée par la mer de Barents, en passe de devenir le nouvel eldorado européen du fait des bouleversements climatiques ? Depuis cinq ans, le gouvernement norvégien en a fait sa zone de développement prioritaire. A Hammerfest, commune située non loin du cap Nord, le premier gisement de gaz offshore de la zone arctique, Snø-Hvit ("blanche neige") y est déjà en exploitation. Tandis que les éleveurs de rennes lapons voient leur pratique traditionnelle condamnée à court terme.
Dans la toundra du Finnmark, en effet, il n'y a normalement pas plus de 20 ou 30 cm de neige sèche pendant l'hiver, ce qui fait que les rennes y trouvent facilement leur nourriture. "Mais quand il y a plus de neige et de pluie qui se succèdent, cela fait des couches de glace que les rennes n'arrivent pas à casser", constate Steinar Bidne, inspecteur de la police des rennes chargé de la prévention des conflits liés à leur élevage. Ce fut le cas ces derniers hivers. Et comme l'explosion prévisible du tourisme et de l'agriculture empiétera de plus en plus sur les zones traditionnelles de transhumance des rennes, les derniers d'entre eux seront bientôt élevés dans des fermes tout au long de l'année, nourris de granulés et de foin.
UN GRAND BOULEVERSEMENT

La disparition des migrations de cervidés sur les vastes étendues de toundra fera également les beaux jours de l'industrie minière. De quoi assurer la richesse de la communauté lapone, sans lui éviter pour autant une grave crise identitaire, similaire à celle qu'ont connue les chasseurs du Groenland ou les éleveurs nenets de Sibérie.
Tenants de l'agriculture et de l'industrie minière d'un côté, opérateurs touristiques tentant de "vendre" les derniers espaces sauvages d'Europe de l'autre : d'ici quelques décennies, les traditionnels conflits liés au renne auront donc été remplacés par des tensions d'une tout autre nature. Avec, en toile de fond, l'essor des villes du Grand Nord, qui se fera au fil des arrivages de personnels des industries pétrolières, gazières et minières.
Car le grand bouleversement, bien sûr, viendra de l'ouverture de la route maritime du pôle Nord, qui permettra durant une partie de l'année de relier l'Europe et l'Asie selon un trajet deux fois plus court. Une partie de l'année seulement : même dans les projections pessimistes, les chercheurs estiment que la banquise se reformera en hiver.
"Il faudra sans doute s'attendre à de plus grosses variations des courants", prévient Arild Moe, directeur adjoint de l'Institut Fridtjof Nansen. Et aussi, puisque la fonte du pôle ne sera que saisonnière, à un risque accru en provenance des icebergs - d'autant qu'avec une mer plus ouverte et un climat plus changeant, les tempêtes se multiplieront. Assurances plus chères, équipages renforcés pour des surveillances plus pointues, nouveaux tankers plus petits et donc plus nombreux : autant de surcoûts avec lesquels devront compter les compagnies maritimes, qui estiment peut-être un peu vite que l'ouverture de la route transpolaire leur fera faire de grosses économies... Il faudra par ailleurs développer de nouvelles générations de brise-glace plus performants que ceux existant aujourd'hui.
NOUVELLE DONNE

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle donne aura un impact considérable sur la région. L'archipel des Svalbard, situé sur cette route Europe-Pacifique via le pôle Nord, deviendra le portail de l'Arctique, le centre opérationnel de toute la zone. Longtemps considéré comme la dernière frontière de la civilisation, l'archipel norvégien constituera alors un point central de l'économie septentrionale.
D'ores et déjà, les compagnies pétrolières et gazières internationales y ont ouvert des bases opérationnelles. La Norvège y est responsable des services de maintenance portuaire et des équipes de secours équipées d'hélicoptères et de brise-glace. Aux Svalbard siégera également une future Commission internationale du pôle Nord, chargée de régler les contentieux. Et les centres de recherche qui s'installeront sur l'archipel sonderont la région vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour établir les cartes de la banquise en temps réel, estimer les déplacements d'icebergs et recalculer les routes maritimes.
Bonne nouvelle, enfin, pour les pêcheurs de morue : le développement de services de sauvetage en mer adaptés aux conditions arctiques devrait leur offrir une nouvelle chance. L'espèce a récemment disparu le long des côtes du Finnmark et des Lofoten, victime de la surpêche et des prises illégales. On la trouve maintenant plus au nord, autour de l'archipel des Svalbard et au-delà, où le stock s'est reconstitué grâce à une meilleure traçabilité et à la surveillance menée par les patrouilles de gardes-côtes. Des patrouilles russo-norvégiennes, à l'image des nouvelles alliances géopolitiques qui vont se nouer ici. Un nouveau Moyen-Orient, peut-être, mais où l'on parlera russe.
Olivier Truc Bodø (Norvège), envoyé spécial
Le Monde

samedi 21 juin 2008

En Russie, la Française et les loups

Crédits photo : Antonio PISACRETA/ROPI-REA
Depuis trois ans, une jeune chercheuse strasbourgeoise vit seule avec des loups dans la taïga russe, à 500 kilomètres de Moscou. Une expérience hors du commun, loin de la civilisation, pour cette femme passionnée par l'étude des carnassiers.
Garée le long de l'isba, en pleine taïga russe, la vieille Golf couverte de poussière intrigue, avec son immatriculation «67», du Bas-Rhin. La voiture, venue d'Alsace, ne bougera plus. Sa jeune conductrice, Laetitia Becker, a trouvé son bonheur dans la forêt boréale, à 500 km à l'ouest de Moscou. Seule, ou presque, parmi les loups. Cela fait trois ans que Laetitia la Strasbourgeoise, 25 ans, partage sa vie avec les fascinants carnassiers. Chaque matin, elle retrouve sa meute dans l'enclos, dissimulé au cœur de la forêt. Depuis dix mois, elle suit une portée de sept louveteaux confiés par un chasseur à la station biologique locale dirigée par Vladimir Bologov. Sept petites boules de poil brun, nourries par Laetitia et Vladimir. Pour les préparer à leur entrée dans la vie sauvage, l'étudiante française leur fait faire de longues promenades. La jeune fille, vareuse kaki et pantalon de treillis, a le pas leste d'un coureur des bois. La démarche est masculine. Ses mains sont celles d'un travailleur, façonnées par le grand air. Un contraste avec son beau visage orné de taches de rousseur et illuminé par des yeux bleus, clairs comme ceux d'un husky. «Je suis tombée amoureuse de la forêt. Quand on est dedans, c'est dense, c'est grand, profond.» Le coup de foudre l'a frappée il y a quatre ans. L'étudiante s'était inscrite à un stage d'écovolontaire (1) pour un mois. Des dizaines de jeunes Européens défilent tout au long de l'année dans le village de Boubonitsy pour participer à des programmes scientifiques d'observation et de recensement des ours et des loups. Laetitia, elle, est revenue. Et restée. «J'ai toujours aimé les animaux. Les grands mammifères surtout, les prédateurs.» La petite Alsacienne loue pour une bouchée de pain une maison traditionnelle, une isba centenaire abandonnée pendant dix ans. Pas d'eau courante. Laetitia remplit ses seaux dans la rivière voisine, été comme hiver. Elle se chauffe au bouleau. Un poêle massif en brique trône dans chacune de ses deux pièces spartiates. Les questions de citadin se bousculent : «Vous n'avez pas peur de vivre seule ici ? Comment faites-vous sans eau ? Sans téléphone ? Et s'il vous arrive quelque chose ?» Invariablement, Laetitia y oppose son rire joyeux. «Mes parents et mes amis ne sont pas très étonnés de me voir atterrir dans un endroit pareil.» Elle revendique son goût de la solitude. Son besoin de nature et de grand air. Ce n'est pas génétique : Cécilia, sa sœur jumelle, fait du marketing à Lille. «Moi, je ne peux pas rester plus de deux jours dans un bureau.» Lorsqu'elle rentre à Strasbourg, une fois par an, au bout de deux semaines, elle étouffe. «Je me verrais bien vivre ici toute ma vie, y fonder une famille.» Pour la beauté de l'hiver, le soleil orange de l'automne ou les verts éclatants du printemps.
Pour sa sécurité, Thalys veille. Un magnifique chien des Pyrénées. «Je lui parle comme à un ami.» Laetitia ne fait pas de longues phrases. Elle les réserve à son journal de bord, écrit à la main, ou à ses e-mails, qu'elle prépare sur son ordinateur avant de les envoyer depuis la ville de Toropets, deux fois par mois. Pour l'hygiène, il y a le bania sauna russe , tous les samedis, chez Vladimir, dont la famille habite un hameau voisin, à dix kilomètres. C'est devenu un rituel, un moment de sociabilité avec quelques femmes du coin. «En hiver, j'adore me rouler dans la neige en sortant du bania, ça fouette le sang.» Une vraie Russe. Le hameau de Laetitia compte cinq habitants. Ses contacts avec ses voisins, âgés, sont limités, même si elle les conduit parfois à Toropets, à une demi-heure, au bout de la piste en terre. Alexeï, 73 ans, un des voisins de la «petite Française», est bien trop pauvre pour avoir une voiture. Il touche 2 000 roubles (55 euros) mensuels de retraite. La campagne russe se vide de ses habitants. Entre Toropets et le refuge de Laetitia se succèdent les villages fantômes, isbas aux volets cloués et masures en ruines. Tous les jeunes fuient à la ville. Le mode de vie des derniers habitants n'a guère évolué depuis Tolstoï. Les voisins de Laetitia peuvent passer deux semaines sans sortir et sans dessoûler. La langue russe a un terme pour décrire ces plongées éthyliques : zapoï. «Ce que je ressens de ce pays, observe Laetitia, c'est qu'il y a des gens très, très riches et des gens très, très pauvres.» Paradoxalement, dans sa retraite à l'écart de la civilisation, la jeune fille, qui était «bio, bio, bio», s'ouvre davantage au monde des humains. Laetitia vit grâce à sa bourse de thèse : 500 euros. Ses besoins quotidiens sont frugaux. Les menus alternent entre pommes de terre, riz, pâtes, millet et sarrasin. Très peu de fruits et légumes en hiver. «Heureusement qu'il y a le chocolat que mes parents m'envoient par colis, avec les livres.» Le sujet de sa thèse consiste à décrire la meilleure méthode de réhabilitation des louveteaux. Pour en mesurer les résultats, elle souhaiterait équiper ses cobayes de colliers GPS. Elle recherche encore les financements. En Russie, le loup a mauvaise réputation. Vladimir Bologov, le responsable de la station biologique, qui observe en parallèle une autre meute, s'insurge. Depuis trente ans qu'il vit dans cette forêt, ce fils d'un spécialiste du loup et gendre d'un expert en ours n'a jamais entendu parler d'homme victime du carnassier. «On accepte chaque année dans le pays que des touristes soient tués par des ours, mais si jamais un homme est attaqué par un loup, c'est toute une histoire.»Canis lupus est classé en Russie comme animal nuisible. On peut ainsi le chasser toute l'année, même pendant la période de reproduction. L'espèce il y aurait 25 000 individus dans toute la Russie contre 200 000 ours n'est pas en danger, dit-il. Un classement comme gibier, avec des périodes d'interdiction de chasse, serait suffisant. Les loups de Laetitia chassent le petit gibier. Fait peu connu, observé par la biologiste française, les loups raffolent de baies et de pommes. Quant au hurlement à la lune, ce serait un mythe. Laetitia peut passer dix heures d'affilée à observer ses loups. En silence. Pas question de leur parler. «Ce ne sont pas des chiens. Il ne faut pas les habituer à la voix de l'homme.» Dans quelques semaines, Laetitia ne refermera pas l'enclos. Elle appréhende déjà la séparation. Ses yeux bleus s'embuent. «Tout ce que j'espère, c'est qu'ils survivront.» La meute de la saison précédente a choisi elle-même l'instant du retour à la vie sauvage. Un jour, les loups sont partis lors de la promenade, pour ne jamais revenir. Sans dire au revoir. Libres. Comme Laetitia.
Le Figaro
De notre correspondant en Russie, Fabrice Nodé-Langlois19/06/2008 Mise à jour : 13:33

mercredi 26 décembre 2007

La fonte du pergélisol endommage les pipe-lines

MOSCOU, 26 décembre - RIA Novosti. Le ministère russe des Situations d'urgence prévoit une augmentation, en 2008, du nombre des cataclysmes naturels, affirme le responsable de cette administration Sergueï Choïgou.

"La tendance de ces dix dernières année à la multiplication des ouragans, des cyclones et d'autres phénomènes naturels dangereux se poursuivra au cours de l'année prochaine", a déclaré mercredi le ministre dans une conférence de presse à Moscou.

Selon lui, le réchauffement planétaire entraînera une montée des eaux dans les fleuves et une fonte du permafrost, ce qui représente un danger potentiel pour le Grand nord russe.

"Si ce phénomène persiste, les pilotis supportant la plupart des constructions dans les régions de la merzlota finiront par s'affaisser", a expliqué M. Choïgou.

La même menace pèse sur les oléoducs et les gazoducs, a-t-il indiqué. Pour y remédier, les compagnies pétrolières et gazières, ainsi que la société des Chemins de fer russes (RZD) investissent des fonds considérables dans la sécurité de leurs ouvrages. C'est la raison pour laquelle le nombre d'accidents dans ces secteurs n'augmentera pas en 2008, estime le ministre des Situations d'urgence.

Source : RIA Novosti

samedi 24 novembre 2007

La Russie pourrait devenir le leader économique mondial uniquement grâce à l'air (Vedomosti)

MOSCOU, 22 novembre - RIA Novosti. La Russie pourrait devenir le leader économique sans même accroître l'extraction d'hydrocarbures ni créer de productions de haute technologie, et cela grâce à l'air, lit-on jeudi dans le quotidien Vedomisti.

Vladimir Gratchev, président du Comite écologique de la Douma (chambre basse du parlement russe), a soumis au parlement un projet de loi proposant d'introduire une institution sur la possession privée de l'air atmosphérique, de même pour d'autres "composantes de l'environnement: la terre, le sol, les eaux naturelles, le monde végétal et le monde animal".

S'octroyer la propriété de l'environnement coûtera cher: le député a l'intention d'évaluer un kilomètre carré de territoire non pollué à 1 milliard de roubles (près de 28 millions d'euros). L'auteur de cette initiative propose d'évaluer l'environnement chaque année et d'inclure son coût dans le PIB du pays.

La proposition est très séduisante. D'après les écologistes, 50% du territoire de la Russie, soit 8,5 millions de kilomètres carrés, ne sont pas pollués. Par conséquent, le capital naturel peut être évalué à 8.500 mille milliards de roubles (plus de 235 mille milliards d'euros), soit 300 fois plus que le PIB russe de l'année dernière et 26 fois plus que le PIB des Etats-Unis (13 mille milliards de dollars).

Comment tracer une frontière dans l'atmosphère, établir les taux d'impôt sur la possession de l'air et la responsabilité dans les cataclysmes atmosphériques? Dans ces conditions, il est facile d'imaginer que les tribunaux seront surchargés de contentieux entre les agents économiques pour la propriété de la pluie.

En règle générale, les richesses naturelles sont considérées comme une partie de la richesse nationale du pays, c'est pourquoi les introduire dans le PIB n'est pas correct, pour ne pas dire plus: ce sont des définitions tout à fait différentes. En évaluant les richesses naturelles, on tient compte ordinairement de la rentabilité. Quant à l'évaluation du préjudice causé à l'environnement - le principal but du projet de loi - des méthodes existent déjà pour cela et sont employées.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Chemins de fer: le Moscou-Paris retrouve son train de vie


Par Nadejda Ouzounova, RIA Novosti.

"50 heures de voyage - et vous voilà à Paris!" Ce slogan publicitaire peut sembler étrange lorsque que tout le monde sait que le trajet en avion entre Moscou et la capitale de la France ne prend pas plus de trois heures. Où est donc le hic?

Tout d'abord, dans un XXIe siècle hyperdynamique, les gens n'ont pas toujours la possibilité d'atteindre tel ou tel endroit en "vieille Europe" par des voies terrestres. Mais à présent, ces endroits "inaccessibles" sont toujours moins nombreux. La liaison ferroviaire directe entre Moscou et Paris va reprendre treize ans après sa suspension. A partir du 11 décembre 2007, le "wagon parisien" sera attelé au train Moscou-Berlin, puis à Berlin, à un train allemand allant jusqu'à Paris, a expliqué Mikhaïl Akoulov, vice-président de la société des Chemins de fer de Russie (RZD), lors de la récente présentation de cet itinéraire renouvelé.

Ce n'est pas un hasard si Berlin a été choisi comme lieu où s'effectuera cet attelage. Des recherches spécifiques ont permis d'établir que l'infrastructure ferroviaire berlinoise convenait on ne peut mieux pour une telle manoeuvre. En outre, les voyageurs auront de quoi s'occuper dans la capitale allemande pendant les douze heures d'attente, avant de poursuivre leur trajet.

Le nouveau wagon de fabrication allemande, adapté aux voies ferrées européennes, peint en blanc, bleu et rouge (couleurs du drapeau national russe), est aussi agréable à l'intérieur qu'à l'extérieur. Un décor et des draps dans les tons pastel, un service à thé au logo de RZD au lieu des verres habituels des trains russes, brochures et journaux en deux langues et même un lecteur vidéo (sur commande), voilà un bel environnement pour un voyage dans un style rétro et une atmosphère détendue.

Effectivement, "rétro" est le terme caractéristique le plus approprié pour définir cet itinéraire. Convenez que cela reviendrait trop cher de perdre deux jours de route alors que le temps est une chose si précieuse dans le monde contemporain. Cependant, il existe tout de même des circonstances où deux jours représentent peu de temps, d'autant qu'il s'agit ici d'un voyage qui s'effectue dans l'attente d'une merveilleuse rencontre avec Paris (ou bien avec Moscou), avec comme bonus une journée entière de promenade dans Berlin. Ce genre de voyage est donc plutôt à conseiller aux touristes ou aux jeunes mariés.

Ceci a d'ailleurs été confirmé par des représentants de RZD. RZD Tour, filiale de la compagnie nationale, a élaboré plusieurs programmes touristiques dans Berlin, Paris et Moscou (pour les voyageurs européens). La reprise de l'itinéraire légendaire est donc une action plus culturelle qu'économique. Les cheminots eux-mêmes (tant russes que français) y attachent une importance particulière, considérant leur activité comme étant une partie du processus général (et positif) de rapprochement entre les deux pays. Car les employés des chemins de fer s'occupent à nouer des contacts directs, au sens propre.

A notre époque mercantile, il semble peu probable que quelqu'un s'engage à utiliser de nouveau le train entre Moscou et Paris s'il n'y voit aucun avantage commercial. Or, les responsables de RZD insistent sur le fait que la volonté d'établir un lien supplémentaire entre les deux pays était l'un des principaux motifs de cette réalisation. Selon toute vraisemblance, les partenaires européens ont apprécié cette initiative et le grand travail de préparation sur le plan international a été mis en oeuvre deux fois plus rapidement que d'habitude, selon les responsables de RZD. Ceci a été assez difficile à réaliser, étant donné qu'outre Paris et Moscou, l'opération a concerné les cheminots allemands, polonais et biélorusses.

Il s'est alors avéré que même l'ajout d'un seul wagon supplémentaire, un changement apparemment insignifiant, était susceptible de perturber le fonctionnement du mécanisme exemplaire du trafic ferroviaire européen. D'habitude, le train de voyageurs en Europe se compose de douze wagons. Le wagon russe devrait donc être le treizième, ce qui faisait involontairement penser à un mauvais présage. Et pour cause, car la longueur des quais de la gare du Nord de Paris est équivalente à celle de douze wagons. Les spécialistes ont même évoqué la possibilité d'une reconstruction totale et d'un rallongement du quai, mais dans ce cas-là, on aurait du attendre l'inauguration de l'itinéraire encore dix ans. Ce sont les cheminots allemands qui sont alors venus au secours de leurs collègues russes et français, en sacrifiant leur douzième wagon dans le train Berlin-Paris, pour laisser la place au wagon moscovite. La gare du Nord a ainsi été préservée d'une reconstruction imprévue et par conséquent, le premier trajet sans correspondance Moscou-Paris aura lieu comme prévu.

Il est à noter que l'atmosphère de la reprise de la liaison ferroviaire directe entre les capitales russe et française a été dès le début imprégnée d'un certain romantisme. Il serait injuste de passer sous silence la participation aux négociations appropriées de l'actrice française Consuelo de Haviland, ou Doussia Kostolevskaïa, comme elle se nomme elle-même, étant l'épouse du célèbre acteur russe Igor Kostolevski. C'est elle qui a eu l'idée de reprendre cette liaison ferroviaire, interrompue en 1994 en raison de la situation financière difficile dans laquelle se trouvaient à l'époque les cheminots russes.

A ce propos, Paris n'est pas la seule ville avec laquelle la Russie reprend des liaisons ferroviaires directes. En Allemagne, c'est Munich qui vient allonger la liste des villes où l'on peut se rendre directement en train depuis Moscou (à partir du 7 décembre). S'y ajoutent également Amsterdam aux Pays-Bas et Bâle en Suisse. Parmi les pays d'Europe, seules la Grande-Bretagne, la Suède et la Norvège ne possèdent pas encore de liaison ferroviaire directe avec la Russie.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Campagne GREENPEACE


mardi 20 novembre 2007

Le leader de Russie juste souhaite créer une organisation sur les changements climatiques

LONDRES, 19 septembre - RIA Novosti. Le président du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) et leader du parti Russie juste (gauche), Sergueï Mironov a proposé de créer une organisation internationale chargée d'étudier les changements climatiques.

M. Mironov a formulé cette initiative lors de la réunion de la nouvelle commission de l'Internationale socialiste, organisation non gouvernementale d'obédience social-démocrate regroupant 160 partis de 130 pays.

Selon le leader de Russie juste, la nouvelle commission de l'Internationale socialiste se penchera sur les changements climatiques, l'énergie et la sécurité énergétique, ainsi que sur les problèmes de la gestion efficace.

"J'ai proposé d'envisager d'instituer un centre international qui aura pour mission de suivre tous les processus liés au changement climatique", a indiqué M.Mironov lors d'une conférence de presse à l'issue de cette réunion.

Selon lui, cette organisation pourrait formuler des prévisions scientifiques sur ce que deviendra notre planète dans 10 ou 20 ans. Le président du Sénat russe s'est dit favorable à la création d'un centre international de lutte contre les conséquences des catastrophes naturelles ou technologiques.

vendredi 12 octobre 2007

Planète: un chercheur russe promet un refroidissement climatique


SAINT PETERSBOURG, 10 octobre - RIA Novosti. Un chercheur russe a prédit mercredi que la Terre connaîtrait un refroidissement climatique global dû à une baisse de la luminosité du Soleil à l'horizon 2055-2060.

"Les prémisses du refroidissement climatique à venir sur la Terre pourront d'abord être observées sur Mars", a promis Khabiboullo Abdoussamatov, chef du laboratoire des recherches spatiales à l'Observatoire astronomique de Poulkovo (Académie russe des sciences).

Selon le chercheur, l'intensité de la luminosité solaire atteindra son minimum en 2041, ce qui provoquera un profond refroidissement de la planète en 2055-2060. La baisse de luminosité du Soleil se ressentira avant tout sur Mars.

A l'instar de la Terre, la planète rouge a subi un réchauffement climatique global conditionné par l'accroissement significatif et durable de la luminosité solaire au cours du XXe siècle. "Sur Mars, il n'y a pas d'océans, d'où la faible inertie thermique de cette planète. Mars commencera à se refroidir beaucoup plus tôt que la Terre", a estimé M. Abdoussamatov.

D'après lui, le réchauffement climatique parallèle observé aujourd'hui sur la Terre, Mars et plusieurs autres planètes du système solaire montre que ce phénomène a des origines solaires naturelles.

"Les chercheurs de la NASA, après avoir observé les changements sur la surface de Mars entre 1999 et 2005, ont constaté une fonte des glaces au pôle Sud de la planète rouge sur une durée de trois années martiennes ainsi qu'un réchauffement parallèle du climat, et ce, sans que l'activité des Martiens ne crée d'effet de serre", a-t-il constaté, avec une pointe d'humour.

"Il n'existe aucune preuve scientifique attestant que la concentration croissante de gaz carbonique due aux activités humaines soit à l'origine du réchauffement de la planète et qu'elle puisse provoquer des changements climatiques catastrophiques sur la Terre", a résumé M. Abdoussamatov.