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lundi 3 mars 2008

Dmitri Medvedev, tsar ou vizir ?

Installé dans l'entourage de Vladimir Poutine depuis 1990. Dmitri Medvedev, 42 ans, a su se hisser au sommet sans se mettre en avant.
AP/Dmitry Astakhov.


Au début de son premier mandat, Boris Eltsine plaisait pour son côté moujik doté d'une bonne descente et capable de saines colères. Après lui, Vladimir Poutine, avec son style tchékiste (de Tcheka, l'ancêtre du KGB, la police politique soviétique) et son intention de "buter jusque dans les chiottes" les terroristes fait un véritable tabac auprès de la population. Dmitri Medvedev, son successeur désigné, n'a rien du tchékiste ni du paysan. Voix douce, langage recherché, l'ancien professeur de droit de Saint-Pétersbourg fleure bon l'intellectuel. Il est poli, effacé, aimable même.


Ses qualités seront-elles appréciées ? N'est-il pas trop occidental, trop doux, en un mot, pas assez russe ? L'inquiétude perce : "Vous avez vu ses mains ? Ce sont celles d'un enfant de 14 ans. Comment peut-il diriger la Russie, le plus grand pays du monde, avec des mains pareilles ?", interroge une vendeuse de journaux. Son visage poupin et ses manières policées ne sont pourtant pas le signe d'une quelconque flexibilité. Le futur locataire du Kremlin "peut être dur si la situation l'exige", rassure Valéry Moussine, un de ses anciens professeurs à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg. "Au moment des examens, il ne laissait rien passer", confirme Olga, qui fut son élève dans la même faculté. Des précisions importantes, dans un pays où la douceur et la petite taille (1,62 m) sont perçues comme de la faiblesse.

Dmitri Medvedev, 42 ans, sera le plus jeune dirigeant que la Russie ait connu depuis Nicolas II, le dernier tsar de la dynastie Romanov, assassiné par les bolcheviks en 1918. Le futur président russe reconnaît, non sans plaisir, avoir dans le visage une certaine ressemblance physique avec le tsar martyr - la barbe en moins. La comparaison s'arrête là. Nicolas II, lui, était faible.

D'ailleurs, contrairement au tsar, réputé soumis aux quatre volontés de la tsarine, Dmitri Medvedev décide, au sein du couple qu'il forme avec Svetlana, sa femme, rencontrée à l'âge de 13 ans sur les bancs du collège. "Après la naissance de notre fils Ilya, j'ai dit à Sveta qu'elle ne devait pas retravailler (...). Elle a eu beau remettre le sujet sur le tapis, je lui ai expliqué qu'à mon sens il valait mieux qu'elle reste à la maison", a-t-il confié dans l'unique entretien qu'il a accordé récemment, au magazine Itogui.

Malgré sa bouille de premier de la classe, Dmitri Medvedev suscite les mêmes interrogations que Vladimir Poutine en 1999, lorsqu'il fut désigné par Boris Eltsine pour lui succéder. Qui est donc ce bureaucrate discret, inconnu du grand public il y a encore trois ans ? Un fonctionnaire aux ordres ? Un libéral convaincu ? Le jouet de Vladimir Poutine ?

Pour contrer son apparente faiblesse, l'impétrant s'est mis à copier son mentor, fustigeant l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) "qui prend ses ordres à Washington", accusant le British Council, le bras culturel de la diplomatie britannique dont les représentations en province viennent d'être fermées par le Kremlin, de se livrer à "des activités de renseignement".

Il peine à convaincre. Son ton neutre, son langage recherché, le placent à mille lieues de Vladimir Poutine, prompt aux blagues de régiment. "Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n'ai pas mis de couches aujourd'hui, alors il faut conclure", expliqua un jour Vladimir Poutine après trois heures et demie de conférence de presse au Kremlin. "Dmitri Medvedev ne dira jamais rien de tel. C'est pourtant ce qui a valu à Vladimir Poutine sa popularité", semble regretter Olga. Mais tout bien réfléchi, l'ancienne étudiante n'est pas contre le style Medvedev. De toutes façons, elle aura les deux puisqu'ils vont travailler en tandem, Dmitri Medvedev au Kremlin, Vladimir Poutine à la Maison blanche, le siège du gouvernement.

Sur les affiches de campagne, les deux présidents - le futur et le sortant - sont côte à côte, presque à égalité. Mais à y regarder de plus près, Vladimir Poutine devance toujours son protégé de quelques centimètres. Et puis il l'a bien dit, il ne se sentira pas obligé de suspendre un portrait de son successeur dans son bureau. Leurs relations sont celles d'un père à un fils, "plutôt d'un professeur à son élève, Vladimir Poutine va l'aider", confie Valéry Moussine, qui fut leur professeur. D'une manière ou d'une autre, le jeune Medvedev doit tout à son maître.

Fils d'enseignants du supérieur à Saint-Pétersbourg, Dmitri a grandi à Kouptchino, un quartier périphérique de l'ancienne capitale impériale, où la famille a reçu de l'Etat, à la fin des années 1970, un 40 m2 dans une HLM flambant neuve, avec "toilettes à part", un luxe pour qui a connu les files d'attente matinales devant le WC collectif de la kommounalka, l'appartement communautaire.

C'est à la faculté de droit de Pétersbourg, où Vladimir Poutine l'a précédé de dix ans, que son destin va basculer. Etudiant brillant, Dmitri Medvedev est remarqué par Anatoli Sobtchak, un démocrate élu maire de Saint-Pétersbourg à la faveur de la perestroïka des années 1990. Le maire cherche un assistant, recrute le jeune Medvedev.

"Personne ne faisait très attention à lui, il avait 25 ans, son travail était de prendre les appels téléphoniques destinés à Sobtchak", raconte Boris Vychnevski, un opposant démocrate. Mais Vladimir Poutine, adjoint de Sobtchak, remarque ce jeune homme actif qui partage son temps entre la mairie, la faculté où il enseigne le droit civil et des petits boulots de conseil.

Très vite le courant passe entre les deux hommes. Dmitri Medvedev est bientôt engagé comme consultant juridique pour le comité aux relations économiques extérieures de la mairie, dirigé par Vladimir Poutine. Le jeune juriste tire son patron de quelques mauvais pas. Il contre les accusations de corruption lancées par un groupe de députés de la Douma (le Parlement) de Saint-Pétersbourg.

Ce groupe, emmené par la députée Marina Salie, avait exposé les malversations du comité aux relations économiques extérieures de la mairie et demandait le renvoi de son chef. Le rapport a fait long feu et Marina Salie, octogénaire aujourd'hui retirée de la politique, ne parle à personne depuis qu'elle a reçu de quelqu'un de très haut placé un télégramme lui souhaitant une longue vie, sauf accident...

A l'époque, le crime et la mafia gangrènent Saint-Pétersbourg. Le responsable des privatisations de la mairie, Mikhaïl Manievitch, est tué en plein jour sur l'avenue Nevski par un tireur d'élite ; la députée Galina Starovoïtova est assassinée par balles sur le palier de son appartement. Ces meurtres et bien d'autres encore n'ont jamais été élucidés.

L'organisation criminelle de Tambov a longtemps régné sur la ville, mais peu à peu ses représentants se sont éclipsés, les uns en cavale, les autres coulés dans le béton. Dmitri Medvedev a côtoyé ce monde interlope sans se salir. C'est plutôt rare. "Pas une tache, j'ai eu beau fouiller, je n'ai rien trouvé sur lui", explique un journaliste à Pétersbourg. Tout est propre, même son passage à Ilimp Pulp, une firme de fabrication de pâte à papier, où il a fait office de consultant entre 1996 et 1999.

Ce qui frappe chez Medvedev, c'est sa capacité à se hisser au sommet sans se mettre en avant. Lorsque Vladimir Poutine fait son grand saut de Saint-Pétersbourg au Kremlin, en 1997, il ne l'emmène pas, mais il "embarque" Igor Setchine, son fidèle lieutenant. Le jeune consultant n'arrive qu'en 1999, pour se voir confier la campagne électorale de Vladimir Poutine, alors premier ministre. Très vite, il va dépasser tout le monde. Il monte, devient chef adjoint puis chef de l'administration présidentielle, où ses collègues le surnomment "le Vizir". Bientôt, il est l'oeil du maître au sein de Gazprom, le géant du gaz, dont il préside encore aujourd'hui le conseil d'administration.

Nommé successeur éventuel de Vladimir Poutine en 2005, il est mis en concurrence avec Sergueï Ivanov, un général de l'ancien KGB, confit en soviétisme, qu'il dépasse aisément. Difficile de lui trouver des ennemis. Rouslan Linkov, ancien attaché parlementaire de la députée assassinée Galina Starovoïtova, infatigable critique de Vladimir Poutine, est enthousiaste : "C'est un vrai juriste, il sait travailler en équipe, il est à l'écoute, et puis il n'est absolument pas arrogant."

Çà et là, l'espoir surgit. On parle de dégel, d'un changement de ton en politique étrangère, de conditions de détention améliorées pour Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien magnat du pétrole russe condamné en 2005 à huit ans de camp et relégué à 7 000 km de Moscou. Et puis il y a les "projets nationaux" - la santé, l'éducation, l'agriculture, le logement - que Vladimir Poutine lui a confiés, pour quatre ans, a-t-il été précisé. L'ambition est de faire de la Russie une des économies les plus développées au monde.

Les frêles épaules de Dmitri Medvedev supporteront-elles le fardeau, l'inflation qui galope (12 %), l'endettement des grandes compagnies publiques, la trop grande dépendance de l'économie aux matières premières, la réforme du système judiciaire, la lutte contre la corruption ? "Medvedev s'est assis au volant d'une vieille Jigouli (voiture soviétique), soupire la politologue Lilia Chevtsova, le moteur s'est détraqué, les pneus sont lisses mais lui et Poutine prétendent dépasser l'Occident avec cette Jigouli."

Marie Jégo
Article paru dans l'édition du 02.03.08.
Le Monde
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/01/dmitri-medvedev-tsar-ou-vizir_1017717_3214_1.html

Victoire aussi large qu'attendue pour Medvedev à l'élection présidentielle russe

Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev ont fait une apparition commune sur la scène d'un concert donné sur la place Rouge, dimanche soir.
[AP/Dmitry Astakhov]

l n'y aura pas de deuxième tour à l'élection présidentielle russe : selon des résultats portant sur 99 % des bulletins, le premier vice-premier ministre, Dmitri Medvedev, soutenu par le Kremlin, s'est imposé dès le premier tour avec 70,22 % des suffrages en sa faveur. Une victoire sans surprise, dans la mesure où Dmitri Medvedev était quasiment assuré de l'emporter depuis qu'il avait annoncé que le très populaire président Poutine, empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat, deviendrait son premier ministre s'il était élu. MM. Medvedev et Poutine ont fait une brève apparition dans la soirée, dimanche 2 mars, sur la scène d'un concert de rock sur la place Rouge. "Nous pouvons maintenir le cap fixé par Vladimir Poutine et nous avons toutes les chances de le faire", a déclaré le futur chef de l'Etat, en jean et veste de cuir, sous les acclamations de ses partisans. "L'élection a eu lieu. Notre candidat Dmitri Anatolievitch Medvedev a une solide avance (...) l'élection s'est déroulée en stricte conformité avec la Constitution", a assuré le président sortant.
Le communiste Guennadi Ziouganov totaliserait 17,77 % des voix, selon ces résultats partiels, devant l'ultranationaliste proche du Kremlin Vladimir Jirinovski (PLDR), qui obtiendrait 9,37 % des suffrages, et l'énigmatique Andreï Bogdanov qui prône l'adhésion de la Russie à l'Union européenne (1,29 %). M. Ziouganov a annoncé qu'il allait porter plainte devant les tribunaux avec des "preuves" de violations de la loi électorale, a rapporté l'agence de presse russe Itar-Tass. M. Jirinovski a lui aussi rejeté les résultats. "Nous ferons obligatoirement appel devant la justice, mais cela ne donnera rien", a-t-il déclaré, selon l'agence russe.
L'opposition libérale, qui avait renoncé à présenter des candidats, avait appelé à boycotter l'élection. L'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, qui défilait dimanche avec des sympathisants pour dénoncer la "farce" de la présidentielle, a été empêché d'accéder à la place Rouge. Quatre jeunes militants de gauche ont été arrêtés.

"TABLEAU TRÈS SOMBRE", SELON UNE ONG

La principale inconnue du vote résidait finalement dans le taux de participation, même si plus aucun seuil minimal n'est requis pour valider ce scrutin. Vladimir Poutine avait appelé les électeurs à voter massivement, et le Kremlin avait affiché un objectif de participation d'au moins 70 %. Selon la presse, les gouverneurs de régions se sont vu enjoindre de garantir que 65 % des électeurs se déplacent. Objectif apparemment atteint : après dépouillement de 90 % des bulletins, la participation atteignait 67,7 %. Mais certains ont fait état de pressions sur des millions de fonctionnaires, menacés de licenciement s'ils ne votaient pas. Selon une pratique éprouvée à l'occasion des dernières législatives, les électeurs pouvaient voter dans n'importe quel bureau de vote, de préférence à proximité de leur lieu de travail, sous l'œil vigilant de leurs supérieurs hiérarchiques.

Avant même la fin des opérations de vote, le Parti communiste et une ONG russe ont dénoncé des irrégularités, avec des observateurs refoulés des bureaux de vote ou des ouvriers forcés de se rendre aux urnes sous la menace de sanctions. L'organisation indépendante russe Golos, qui compte deux mille observateurs, a dit avoir déjoué, avant l'ouverture du scrutin, des tentatives de bourrages d'urnes dans des bureaux de vote de la région de Moscou et avoir mis à jour d'autres exemples de fraudes dans tout le pays. "Le tableau est très sombre, a déclaré Lilia Chibanova, directrice générale de l'ONG. Il est clair que dans les régions où la participation est incroyablement élevée, au-dessus de 90 %, la proportion de votes pro-Medvedev atteint aussi des sommets impossibles."

Après que l'OSCE a renoncé à envoyer une mission en raison des restrictions imposées par Moscou, les seuls observateurs occidentaux sont 25 représentants de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). L'un d'eux, le Français Paul-Marie Coûteaux, a estimé que "toutes les conditions sont réunies pour dire que ces élections ont été honnêtes, bien organisées". Des propos qui tranchent avec ceux d'Andreas Gross, le chef de la délégation, qui déclarait dès le 8 février que l'élection pourrait "difficilement être qualifiée de juste" faute d'avoir offert des "conditions égales pour tous". Un nouveau rapport doit être rendu lundi.

Quel partage des pouvoirs entre Medvedev et Poutine ?
Interrogé sur la répartition des pouvoirs avec son puissant premier ministre, le nouveau président russe à rappelé qu'il incombait au chef de l'Etat de "déterminer la politique extérieure en vertu de la Constitution". "Le président a ses pouvoirs et le premier ministre en a les siens. Ces pouvoirs ont été établis depuis longtemps et personne ne veut les changer", a-t-il ajouté. "Nous travaillons ensemble depuis longtemps et nous avons confiance l'un dans l'autre", a-t-il ajouté à propos de ses relations avec le président sortant Vladimir Poutine.

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 02.03.08 | 17h17 • Mis à jour le 03.03.08 | 07h45
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/02/participation-moderee-en-russie-pour-un-scrutin-presidentiel-sans-grand-suspens_1017934_3214.html?xtor=RSS-3210

vendredi 29 février 2008

"Les Russes savent que cette élection est une farce, mais ils jouent le jeu"

Chat
Pour Marie Jégo, correspondante du "Monde" en Russie, il existe l'espoir qu'avec l'élection annoncée de Medvedev à la présidentielle du 2 mars, "les libertés seront moins malmenées".

Jérémie Fontanieu : Une fois élu à la présidence, Dimitri Medvedev aura-t-il les moyens d'écarter Vladimir Poutine ? En d'autres termes, pourra-t-il assumer d'éventuelles ambitions individuelles ?

Marie Jégo : En fait, dans un premier temps, il semble qu'il sera quand même assez bordé, puisque Vladimir Poutine dit qu'il sera son premier ministre. Maintenant, il a peut-être intérêt à développer une politique plus indépendante pour se maintenir au pouvoir parce que sans cela, il va être l'otage de la politique de Poutine. Il serait encore plus fâcheux pour lui d'être l'otage de la politique des hommes en uniforme, les "silovikis", qui poussent la Russie à devenir de plus en plus un Etat policier.

RACHID : M. Medvedev et M. Poutine se sont-ils mis d'accord pour changer la Constitution après les élections, Constitution qui donnerait plus de pouvoir au premier ministre ?

Marie Jégo : Officiellement, rien de tel n'a été annoncé bien sûr. Néanmoins, Vladimir Poutine a fait une allusion à cela. C'était le 14 février, lors de sa conférence au Kremlin. Il a dit que pour que le travail du gouvernement soit plus efficace, il fallait lui donner plus de pouvoirs. Le problème, c'est qu'en faisant cela, il ruine le système qu'il a mis en place pendant huit ans de la verticale du pouvoir, où tout est subordonné au président puisque maintenant, depuis 2004, même les gouverneurs de région sont proposés par le Parlement régional et nommés par le Kremlin.

Arnaud : Qui représentera la Russie lors des prochaines réunions internationales ? Cela ne va-t-il pas correspondre à un point de discorde important entre les deux hommes ?

Marie Jégo : En effet, c'est une question que tout le monde se pose ici. D'autant que jusque-là, Medvedev n'est pas tellement apparu sur la scène internationale. En général, il va à Davos, et depuis qu'il a été désigné successeur, il est allé à Belgrade. Mais Vladimir Poutine ne l'a pas envoyé à la conférence sur la sécurité à Munich, et c'est Poutine qui ira au sommet de l'OTAN en avril.

Bien sûr, formellement, la passation de pouvoirs entre présidents a lieu en mai. Mais, pour le moment, on peut se demander pourquoi Medvedev semble un peu en retrait sur les grands dossiers internationaux. D'un autre côté, Vladimir Poutine a bien précisé lors de ses derniers discours qu'il avait choisi Medvedev parce qu'il travaillait avec lui depuis dix-sept ans. Il a parlé de Medvedev comme de son élève, en fait. Par exemple, Poutine, lors de son dernier discours devant le Conseil d'Etat, a dévoilé un plan de développement économique de la Russie jusqu'en 2020. Il a bien souligné que Medvedev devrait l'appliquer.

De son côté, Medvedev a parlé de ce plan lors d'une réunion à Krasnoïarsk, en Sibérie, qu'il compte appliquer pendant quatre ans, a-t-il précisé. A partir de là, il est clair que Poutine entend encore jouer un rôle à l'intérieur comme à l'extérieur.

caitlin : Existe-t-il une chance que Medvedev soit plus conciliant en matière de libertés publiques, notamment avec la presse ?

Marie Jégo : Ici, l'inquiétude est plutôt inverse. On dit par exemple que Medvedev, grand utilisateur de l'Internet, à l'inverse de Poutine qui a confié récemment n'avoir jamais envoyé un mail de sa vie, va être plus vigilant sur les publications Internet.

Toutefois, il faut laisser sa chance à Medvedev. Il est quand même d'une autre génération, il n'a pas fait sa carrière au KGB comme Poutine et il y a des espoirs, ici en Russie, qu'avec Medvedev les libertés seront moins malmenées. On peut penser qu'il lui faudra du temps pour avoir les coudées plus franches. Au début de son mandat, il va être sans doute très dépendant de Poutine. Mais s'il veut survivre, il faut qu'il comprenne qu'il doit s'en démarquer. La Russie, si elle aspire à devenir un acteur de poids dans l'économie globale, ne peut pas fermer des représentations du British Council parce qu'elle cache des activités "d'espionnage".

Anaïs_LL. : Quelle va être la politique de Medvedev par rapport à la Tchétchénie ? Continuera-t-il la politique de "normalisation" de la situation et de russification qu'a initiée Poutine lors de son second mandat ? S'est-il exprimé sur le sujet ?

Marie Jégo : Non, il ne s'est pas exprimé sur le sujet de la Tchétchénie. Je pense que Medvedev va être obligé de maintenir le régime de Ramzam Kadyrov. En fait, il n'a pas d'idées, comme la plupart des hauts fonctionnaires russes, qui connaissent très mal les problèmes de la région.

La seule chose qu'ils comprennent, c'est qu'il faut donner du travail aux gens. Parce que ce sont les régions (Tchétchénie, Ingouchie, Daghestan) les plus pauvres de la fédération. Récemment, le groupe automobile AvtoVAZ a signé un accord avec Kavyrov pour la création de quatre usines en Tchétchénie : une d'assemblage, trois de pièces détachées.

Mais au-delà de cet aspect économique, personne n'est à même de résoudre les problèmes cruciaux : disparition de personnes, torture, exécutions sommaires, absence de lois. L'idée au Kremlin, c'est que ces régions difficiles doivent être gérées par les structures de force (KGB, armée, ministère de l'intérieur...) et avec le "tchetchen bachi" (c'est-à-dire des personnes du type de Kadyrov).

Anaïs_LL. : Sur la question du Kosovo, les mots durs de Poutine sont-ils voués à plonger Medvedev dans une politique de confrontation avec l'UE sur l'indépendance kosovare ? Et donc à montrer Medvedev comme un homme fort et de poigne au peuple russe ?

Marie Jégo : Oui, c'est intéressant, c'est certainement pour ça que Medvedev a pu aller au Kosovo dans le contexte pré-électoral. C'était sans doute intéressant de le montrer comme un patriote pan-slave. Pour ce qui est de la rhétorique virulente de Poutine, on peut raisonnablement penser qu'elle sera un flop dans l'eau. Souvent en Russie, plus la rhétorique est dure, plus l'application est faible. La Russie ne peut pas faire grand-chose au sujet du Kosovo, d'où cette virulence verbale qui traduit plutôt sa faiblesse.

L'intérêt majeur de la Russie pour la Serbie,
c'est le transit du gaz, comme le prouve le fait que Gazprom pousse son projet de construction du gazoduc Southstream à travers la Serbie. Gazprom vient en outre de racheter 51 % de la société nationale du pétrole serbe.

Arnaud : Le futur président sera t-il plus conciliant avec l'Europe au niveau énergétique ?

Marie Jégo : A priori, non. Medvedev est le président du conseil d'administration de Gazprom. Il l'était au moment où Gazprom, en janvier 2006, a coupé le robinet à l'Ukraine. Medvedev a toujours défendu le caractère de monopole de Gazprom sur les gazoducs et je ne pense pas qu'il s'apprête à signer la Charte européenne de l'énergie, qui prévoit l'abandon du monopole sur les tubes.

Eguaquantic : Medvedev dispose-t-il des réseaux qui lui permettraient d'évincer Poutine afin d'empêcher ce dernier de redevenir président aux prochaines élections ?

Marie Jégo : On peut se demander aujourd'hui pourquoi Vladimir Poutine n'a pas choisi un des représentants de l'élite en uniforme pour lui succéder. Il est intéressant de constater qu'en choisissant Medvedev, Poutine continue de garder les leviers de commande sur ces structures qui fonctionnent en réseau à tous les niveaux : économique, politique, administratif... La présidence de Poutine a été caractérisée par la mise en place de représentants du FSB (services de sécurité, ex-KGB) Rappelons que Poutine est lui-même issu du KGB. Medvedev n'a pas les clés de ce réseau, même s'il jouit du soutien de certains d'entre eux.

Anaïs_LL. : Peut-on croire à ce qu'a déclaré récemment un membre du gouvernement, selon lequel Medvedev et Poutine ont organisé une présidence en rotation (pendant huit ans, Medvedev président, Poutine premier ministre et ensuite le contraire), qui durerait environ jusqu'en 2024 ?

Marie Jégo : A partir du moment où Poutine, en partant, annonce un plan de développement économique pour la Russie jusqu'en 2020, on peut raisonnablement penser qu'il ne s'apprête pas à quitter la scène, même en n'étant plus président. Maintenant, pour ce qui est de leurs arrangements personnels, je ne suis pas au courant, et j'aurais bien du mal à l'être, l'accès aux informations en provenance du Kremlin n'étant pas particulièrement ouvert. Il y a toujours ici des tas de rumeurs assez fantasques qui sont la caractéristique d'une société fermée, où l'information est filtrée. Ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que Poutine part, mais il reste.

PeP : A long terme, une véritable opposition pourra-t-elle briguer le pouvoir, sachant que Poutine a installé solidement son réseau ("silovikis", gazprom, Medvedev, Kadyrov...) ?

Marie Jégo : Pour le moment, tout va dans le sens inverse. L'opposition est faible parce qu'elle n'a pas d'audience, mais pas seulement : elle est aussi très divisée. Et le rouleau compresseur du système lui laisse peu de chances de pouvoir grandir et s'affirmer. On ne le dit pas, mais ces dernières semaines, des opposants ont été arrêtés.
On peut parler par exemple de la journaliste Natalia Morar, du magazine New Times : elle est empêchée d'entrer en Russie, où elle résidait et travaillait depuis dix ans, pour des raisons non expliquées par les autorités mais dont on pense qu'elles sont liées à son activité de journaliste. On peut encore citer la fermeture de l'université européenne de Saint-Pétersbourg, officiellement pour des raisons techniques, et le refus d'accès au territoire russe pour le représentant de Human Rights Watch, M. Rohds.

Fabien : Que pense l'opinion russe de cette manipulation de Poutine et de ce contournement de la Constitution ? N'y a-t-il pas un malaise?

Marie Jégo : Oui et non. Les Russes savent que cette élection est une farce, mais ils jouent le jeu. Et le pouvoir sait que les gens savent, mais il fait semblant. C'est comme une sorte de schizophrénie, un peu comparable à ce qu'on avait à l'époque soviétique. Mais ce qui n'a aucun rapport avec l'époque soviétique, c'est la vie quotidienne : les gens sont plus libres, à condition qu'ils n'aient pas de revendications politiques.

Les gens acceptent ce pacte, parce qu'ils sont fatigués de tout ce qui s'est passé, surtout les réformes monétaires qui ont confisqué leurs économies. Alors ils se disent : "Pourvu qu'on ne revienne pas à cette époque-là." Le pacte, c'est : "Vous jouez le jeu, et on ne vous embête pas." Les gens sont très touchés, à la fois, par l'augmentation exponentielle de la corruption et par l'inflation récente, donc ce pacte est fragile.

LEMONDE.FR | 27.02.08 | 18h57 • Mis à jour le 29.02.08 | 19h35

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3214,55-1016533@45-2,0.html

jeudi 28 février 2008

Medvedev en campagne télévisée pour une victoire annoncée

A quatre jours du scrutin présidentiel en Russie, Dmitri Medvedev, 42 ans, dauphin de Vladimir Poutine, s'est présenté pour la première fois en tant que candidat devant un parterre d'électeurs à Nijni-Novgorod (est de Moscou). Pour l'occasion, il a pris, mercredi 27 février, "un jour de vacances non payé", a précisé le gouvernement russe.

Habituellement, quand Dmitri Medvedev fait campagne, sillonnant la Russie ou apparaissant à la télévision, ce n'est pas en qualité de candidat à l'élection présidentielle du 2 mars mais de premier vice-premier ministre. "Pendant la période électorale, le gouvernement ne doit pas travailler au ralenti", a justifié Vladimir Tchourov, le président de la commission électorale centrale.

Dimitri Medvedev, bien avant l'ouverture de la campagne, devançait déjà ses rivaux grâce à ses multiples apparitions sur le petit écran. Selon une étude du centre d'analyse des médias Medialoguia, entre le 10 décembre - quand Vladimir Poutine l'a désigné comme successeur - et le 26 février, Dmitri Medvedev est apparu 1 832 fois sur les chaînes de la télévision publique. Dans le même temps, le candidat Vladimir Jirinovski a été montré 533 fois, Guennadi Ziouganov 479 fois et Andreï Bogdanov 258 fois. Le Parti communiste russe, qui avait déposé une plainte à ce sujet, a été débouté, mardi, par un tribunal moscovite.

Aux journaux télévisés, M. Medvedev crève l'écran. On ne voit que lui : en visite aux champs, en train de deviser avec une famille de la classe moyenne, occupé à l'inauguration d'un hôpital. En fait, le poulain de M. Poutine a ravi la vedette à son maître. A en juger par la fréquence de ses apparitions télévisées, il l'a déjà remplacé. L'élection n'est plus qu'une simple formalité. La seule incertitude porte sur l'ampleur de sa victoire dès le premier tour de scrutin.

L'impétrant au visage d'écolier sage est si sûr de l'emporter qu'il a refusé de participer aux débats électoraux télévisés. Bien trop pris par ses activités de vice-premier ministre, il n'a pas le temps. Cet argument est une garantie du sérieux du candidat Medvedev. L'autre garantie est son adoubement par Vladimir Poutine. A Nijni-Novgorod, il a promis de poursuivre la politique menée par le président sortant. La Russie, "gavée de révolutions", a bien besoin d'un "répit", a-t-il souligné.

La stratégie du Kremlin est de laisser entendre aux électeurs que rien ne changera après l'élection. M. Medvedev en est la meilleure illustration. Il a de plus en plus fréquemment les tics de langage de son mentor. Mardi, il a indiqué qu'il était prêt à travailler avec le futur président américain à condition que celui-ci ne professe pas d'idées "à demi-séniles".

Dépourvue d'enjeux, de débats, de programmes, la campagne électorale est bien terne. Les seules affiches visibles sont celles de Russie unie, le parti au pouvoir, montrant côte à côte Vladimir Poutine et son protégé. Récemment, à Moscou, des annonceurs publicitaires ont déploré, sous le sceau du secret, avoir été contraints de céder des espaces publicitaires exclusivement à Russie unie. Selon la presse, les gouverneurs de régions se sont vu enjoindre de garantir une participation de 65 % alors que la notion de seuil de participation - fixé jadis à 25 % - a disparu de la nouvelle loi électorale.

Fidèles à la tradition soviétique, les bureaux de vote ne lésinent pas sur les moyens pour inciter l'électorat à se déplacer : distribution de nourriture, bons de réductions, billets de concerts. A Sotchi, une loterie de voitures sera proposée ; à Tcheliabinsk, des crêpes seront offertes (la chandeleur est célébrée le 3 mars). Les opérateurs de téléphonie mobile ont pris soin d'envoyer des messages sur les portables de leurs abonnés : "N'oubliez pas d'aller voter, votre voix est importante pour le pays." Selon une pratique éprouvée à l'occasion des législatives du 2 décembre 2007, les électeurs pourront voter dans n'importe quel bureau de vote, de préférence à proximité de leur lieu de travail, sous l'oeil vigilant de leurs supérieurs hiérarchiques.

Marie Jégo

lundi 25 février 2008

Les Russes désespérés frappent à la porte de Dmitri Medvedev

Photo-reportage du Monde.

http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3214,31-1015594,0.html?xtor=RSS-3210

mardi 22 janvier 2008

Le duo Poutine-Medvedev au pouvoir en Russie jusqu'en 2033

Vladimir Poutine et son dauphin Dmitri Medvedev pourraient alterner au Kremlin pendant un quart de siècle, estime le président de la chambre haute du parlement, un proche du président russe, dans une interview publiée lundi.

Sergueï Mironov pense que Poutine pourrait redevenir président après un mandat de Medvedev, effectuer deux mandats puis céder la place à nouveau au successeur qu'il a désigné.

Ni Poutine ni Medvedev n'ont eux-mêmes laissé entendre qu'ils comptaient exercer le pouvoir à aussi long terme mais le fait même que Mironov évoque cette hypothèse donne à penser que les dirigeants actuels de la Russie, confiants, ont l'intention de rester en place un certain temps.

"Je vais regarder loin dans l'avenir", a déclaré Mironov au Moskovski Komsomolets. "Il pourrait y avoir différents scénarios. Vladimir Vladimirovitch (Poutine) pourrait revenir en 2012 (en tant que président).

"Je crois que d'ici là nous allons allonger la durée du mandat du chef de l'Etat de cinq à sept ans. S'il est de sept ans et que Vladimir Poutine est élu pour deux mandats consécutifs, il dirigera le pays pendant 14 ans, c'est-à-dire de 2012 à 2026.

"Et en 2026, il se pourrait que Dmitri Anatolievitch (Medvedev) revienne une fois de plus au poste de président", a dit Mironov, cité par le journal. "Si Medvedev n'effectue qu'un septennat à partir de 2026, il sera en poste jusqu'en 2033."

La constitution russe empêche un président d'effectuer plus de deux mandats consécutifs mais il peut très bien revenir à ce poste après s'en être éloigné.

KASSIANOV POURRAIT ÊTRE DISQUALIFIÉ

Poutine, 55 ans, doit quitter ses fonctions en mai, à la fin de son second mandat présidentiel. Il soutient la candidature de Medvedev, un vice-Premier ministre qui travaille à ses côtés depuis les années 1990, à la présidentielle du 2 mars.

La candidature de Medvedev à ce scrutin a été officiellement enregistrée par la commission électorale centrale, a-t-on appris auprès de sources proches de la commission.

En revanche, l'ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov, adversaire de Poutine, pourrait ne pas être autorisé à concourir en raison d'un problème avec la pétition présentée à l'appui de sa candidature.

Kassianov a soumis deux millions de signatures d'électeurs, passage obligé pour les candidats indépendants. Des responsables de la commission électorale s'interrogent sur l'authenticité de certaines d'entre elles.

"Il y a des problèmes avec les pétitions de soutien à Mikhaïl Kassianov dans certaines régions", a déclaré un membre de la commission, Nikolaï Konkine, cité par l'agence RIA.

Une décision définitive sur la candidature de Kassianov devrait être prise le 27 janvier. Les lois électorales stipulent qu'un candidat doit être disqualifié si plus de 5% de ses signatures sont rejetées.

Des responsables ont compté à ce jour 200.000 des signatures de Kassianov, et parmi elles 15.000 - soit 7,5% - ont été rejetées, croit savoir le quotidien d'affaires Vedomosti, citant une source proche de la commission électorale.

La plupart des commentateurs s'accordent à penser que la victoire de Medvedev, 42 ans, est acquise, du fait du soutien de Poutine. Ses adversaires sont très mal placés dans les sondages.

Poutine s'est dit prêt à servir en tant que Premier ministre sous une présidence Medvedev et n'exclut pas un retour à la tête de l'Etat en 2012.

La puissance du Kremlin s'appuie en grande partie sur une croissance économique alimentée par les cours élevés du pétrole et du gaz, principales exportations du pays.

Les détracteurs de Poutine l'accusent d'avoir consolidé son pouvoir en truquant les élections et en utilisant son emprise sur l'administration et les principaux médias pour réduire à néant les chances de l'opposition.

Version française Natacha Crnjanski

16h12 | 21/01/2008 - © Reuters
Le Point.fr
http://www.lepoint.fr/content/monde/article?id=219706

Elections hollywoodiennes

Hollywood à la rescousse de la présidentielle russe ! Pour doper le taux de participation de la prochaine élection du 2 mars, la commission électorale déborde d'imagination. Son idée ? Utiliser les références du cinéma américain. Résultat : les affiches destinées à inciter les gens à aller voter et placardées dans la rue ou dans les couloirs du métro ressemblent à la promotion de grosses productions américaines. Ici, c'est un Zorro qui tient son épée devant la grande tour du Kremlin. Là, c'est une blonde munie d'un pistolet posant au côté d'un agent aux lunettes noires, à la façon de « Chicago ». Plus loin, c'est un James Bond sorti tout droit de « Casino royale » . Le tout accompagné d'un titre : « Le 2 mars dans tous les bureaux de vote ! Les élections du président de la Russie. Interdit aux moins de 18 ans ! » « C'est notre surprise ! » dit Vladimir Tchourov, le chef de la Commission centrale des élections. Même le drapeau russe a changé d'aspect... En empruntant la forme de la célèbre virgule du fabricant Nike.

17/01/2008 - Katia Swarovskaya (à Moscou) - © Le Point - N°1844
http://www.lepoint.fr/content/monde/article?id=219148

vendredi 28 décembre 2007

L'opposant libéral à Poutine renonce à la présidentielle

Face aux nombreux obstacles procéduriers, Boris Nemtsov a jeté l'éponge dans un scrutin où le candidat du Kremlin, Dmitri Medvedev, est assuré d'une large victoire.

Andreï Levchine ne sait plus pour qui voter. Depuis dix ans, ce quinquagénaire professeur de littérature à Moscou soutient la cause libérale. «Mais aujourd'hui, il n'y a plus personne pour la défendre aux élections…», ironise-t-il dans un soupir plein de scepticisme à propos de la présidentielle du 2 mars prochain.

Face à Dmitri Medvedev, le dauphin de Vladimir Poutine, assuré d'une large victoire grâce à l'appui du chef du Kremlin, les candidats de l'opposition libérale se retirent les uns après les autres. Dernier en date : Boris Nemtsov, l'ancien vice-premier ministre du président Eltsine et désormais l'un des chefs de file de SPS (Union des forces de droite), vient de renoncer à se présenter. Il accuse le Kremlin de «recourir contre l'opposition à une propagande digne de Göbbels (le dirigeant de la propagande nazie, NDLR)».

Avant Nemtsov, deux autres figures du camp libéral avaient, contraintes et forcées, déjà disparu des listes des potentiels candidats. La semaine dernière, la commission électorale a rejeté le dossier de Vladimir Boukovski, l'ex-dissident soviétique résidant en Grande-Bretagne, au motif qu'il n'a pas vécu ces dix dernières années en Russie et qu'il a la nationalité britannique. Boukovski avait pourtant réuni les 500 signataires requis par la loi électorale pour initier sa candidature.

Kassianov reste en lice

Une formalité qui s'était révélée une gageure insurmontable pour Garry Kasparov : l'ex-champion d'échecs transformé en leader d'opposition avait loué plusieurs salles pour organiser cette réunion mais, les uns après les autres, leurs propriétaires ont annulé le contrat ; pris par le temps, Kasparov a dû déclarer forfait à cause de cette défaillance technique que le Kremlin est soupçonné d'avoir orchestrée.

Nemtsov, lui, a réussi à passer ces obstacles. Mais il en restait un de taille : rassembler les deux millions de signatures exigées pour tout candidat ne disposant pas de député à la Douma, comme c'est le cas pour tous les partis libéraux.

«Énorme et très difficile à obtenir !», insiste le politologue Dmitri Orechkine. Il n'exclut cependant pas que tous les mouvements d'opposition, jusque-là divisés à cause d'ambitions rivales, unissent leurs efforts pour réunir les signatures nécessaires en faveur du dernier candidat libéral en lice : Mikhaïl Kassianov, l'ex-premier ministre de Poutine devenu l'un de ses plus virulents adversaires.

«Une partie de l'élite, dans les régions notamment, est prête à le soutenir car, contrairement aux autres, Kassianov a une récente expérience concrète du pouvoir», assure Orechkine. Quant à la base libérale, selon le politologue spécialiste de la complexe réalité électorale russe, elle représente 20-25% de la population mais seuls 10% vont voter. «Paradoxalement, comme lors des dernières législatives, une partie de ces électeurs voteront… communiste : ils voient que les libéraux ont perdu toute influence alors que le PC, lui, fait entendre sa voix d'opposant. D'où de possibles soutiens pour Guennadi Ziouganov, le candidat communiste. La grande question : la majorité des autres électeurs libéraux voteront-ils Kassianov ?»

En se retirant de la course, Nemtsov s'est déjà indirectement désisté en faveur de Kassianov. «L'opposition démocratique a besoin d'un candidat unique», a-t-il lancé. Mais, au sein de l'intelligentsia libérale, beaucoup mettent en doute la conversion de l'ancien premier ministre et le soupçonnent d'être «un vrai faux candidat anti-Poutine manipulé par le Kremlin. Il ne pourra d'ailleurs obtenir les deux millions de signatures qu'avec une aide implicite des autorités…», soupçonne Levchine, le professeur moscovite. Comme d'autres simples électeurs libéraux, il prévoit en guise de protestation de finalement… s'abstenir.


Alexandre Cèdre, Moscou
28/12/2007 | Mise à jour : 09:55 |

Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/international/2007/12/28/01003-20071228ARTFIG00274-l-opposant-liberal-a-poutine-renonce-a-la-presidentielle.php

lundi 24 décembre 2007

Plusieurs candidats de l'opposition écartés de l'élection présidentielle russe

Le premier couperet est tombé pour les candidats potentiels à la présidence russe. Dimanche 23 décembre, dernier jour de dépôt des "précandidatures" , la Commission centrale électorale a rejeté les dossiers de sept aspirants, parmi lesquels des opposants en vue du président Vladimir Poutine. La commission n'a retenu, au final, que six noms, mais pourrait encore éliminer certains d'entre eux lors des étapes ultérieures.

Il n'y a pas eu de problème pour les candidats de partis représentés à la Douma (chambre basse du Parlement) : conformément à la loi, leur candidature est automatiquement enregistrée. C'est évidemment le cas pour le vice-premier ministre Dmitri Medvedev – candidat du parti au pouvoir Russie unie adoubé par M. Poutine. C'est aussi vrai pour le leader communiste Guennadi Ziouganov et pour le chef du LDPR (ultranationaliste pro-Kremlin) Vladimir Jirinovski. Le quatrième parti présent à la Douma, Russie juste, soutient M. Medvedev.

Les choses sont nettement plus difficiles pour les autres candidats. Depuis la mise en place d'une nouvelle loi électorale en 2005, ils devaient rassembler un "groupe d'initiative" de 500 personnes, avant le 13 décembre. Ils doivent, jusqu'au 16 janvier 2008, présenter une liste de deux millions de signatures de soutien.

L'abandon de Garry Kasparov Seuls trois candidats ont pu satisfaire la première exigence à temps : l'ex-premier ministre (2000-2004) de M. Poutine, Mikhaïl Kassianov, passé à l'opposition ; Boris Nemtsov, représentant l'Union des forces de droite (SPS), qui jouit, malgré son faible résultat aux élections législatives du 2 décembre (0,96 %), d'une implantation à l'échelle nationale; Andreï Bogdanov, candidat du microscopique Parti démocratique, favorable à l'intégration de la Russie à l'Union européenne.

Pour les autres candidats de l'opposition, la première étape administrative aura été de trop. L'ex-champion du monde d'échecs Garry Kasparov n'a pas pu regrouper son comité de soutien. Il a jeté l'éponge le 12 décembre, dénonçant des pressions politiques faute d'avoir pu trouver une salle moscovite prête à accueillir son mouvement politique, L'Autre Russie.

Vladimir Boukovski, ancien dissident soviétique qui dispose aujourd'hui de la double citoyenneté russe et britannique, est tombé sous le coup de mesures interdisant aux binationaux, et à ceux qui ne vivent pas en Russie depuis au moins dix ans, de concourir à la présidence. De Londres, où il habite, il a dénoncé une "décision politique" et annoncé son intention de contester en justice son exclusion, sans grandes chances de succès.

Alors que les "ressources administratives" de l'Etat carburent à plein régime en faveur du candidat Medvedev, l'opposition ne compte donc plus que sur le représentant communiste, assuré de concourir, et deux libéraux. Mais il reste à voir si ces derniers parviendront à sortir indemnes du labyrinthe bureaucratique imposé par les autorités. Verdict le 27 janvier, avant le premier tour de scrutin le 2 mars.

Alexandre Billette
LE MONDE | 24.12.07 | 10h49 • Mis à jour le 24.12.07 | 10h57
MOSCOU CORRESPONDANCE
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-992843,0.html?xtor=RSS-3208

lundi 10 décembre 2007

Poutine désigne son dauphin


En adoubant son vice-premier ministre Dimitri Medvedev pour la présidentielle, le maître du Kremlin met fin à plusieurs mois de spéculations.

Une semaine après sa victoire écrasante aux élections législatives, le président russe Vladimir Poutine a assuré «soutenir complètement» la candidature de son premier vice-premier ministre Dimitri Medvedev pour l’élection présidentielle qui se tiendra le 2 mars 2008.

Agé de 42 ans, Dimitri Medvedev sera le candidat unique de la majorité composée des partis «Russie unie», «Russie juste», du «Parti agraire et de la Force citoyenne». Le parti du président «Russie unie» se réunira le 17 décembre en congrès pour désigner officiellement son candidat.

Proche de Poutine, il a été conseiller du maire de Saint-Pétersbourg, la ville de Poutine, de 1990 à 1995, avant d’entrer au Kremlin en 2003. Considéré comme un des chefs de file de l’aile «libérale», cet ancien juriste prend son envol en étant placé à la tête du conseil d’administration du géant gazier Gazprom. Il est nommé premier vice-premier ministre en novembre 2005 au côté de Sergueï Ivanov. Medvedev est alors en charge des grands projets nationaux au niveau du logement, de la santé et de l’éducation.

De son côté, le leader de l’opposition «L’Autre Russie», le joueur d’échecs Garry Kasparov a fait savoir qu’il renonçait à l’idée d’un candidat unique de l’opposition pour la présidentielle. « Il est absurde de choisir un candidat unique alors qu’en fin de compte c’est le Kremlin qui décide qui va être enregistré (à la Commission électorale) pour la présidentielle », a-t-il déclaré.


V.F. (lefigaro.fr) avec AFP.
10/12/2007 | Mise à jour : 15:57

dimanche 9 décembre 2007

Trois scénarios pour l'avenir des libéraux en Russie (Vedomosti)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Le résultat sociologique des élections à la Douma d'Etat (chambre basse du parlement russe) est de fait aussi important que leur résultat politique, indique mardi le quotidien Vedomosti.

La dérive vers la gauche [en Russie] est de plus en plus manifeste. Les partis populistes et nationalistes ont recueilli au total près d'un tiers des voix.

Le résultat total des partis communiste, libéral-démocrate (LDPR, nationaliste) et Russie juste dépasse les 27% des voix. A Moscou, la part des électeurs ayant voté pour ces trois partis a dépassé les 28% et à Saint-Pétersbourg elle s'est élevée à 35%, alors que d'habitude, c'est dans les grandes villes que se concentre la classe moyenne. Sans aucun doute, une bonne partie des électeurs de Russie unie sont également à tendance paternaliste. Voilà la vraie Russie à laquelle nous avons affaire. Nous n'avons pas d'autre Russie.

Les partis qui se veulent libéraux ont essuyé un échec prévisible, et désormais les libéraux ont trois possibilités.

La première consiste à continuer de pleurnicher et de se persuader qu'il suffit juste de parler davantage d'eux-mêmes à la population, qui finira par les croire et par ouvrir les yeux. Ce chemin mènera à une marginalisation complète et définitive des forces libérales, qui dérivent déjà précipitamment vers la création de "détachements de combat" et de ghettos intellectuels sur Internet.

La deuxième possibilité est d'attendre un collapsus de l'ensemble du système, en priant pour que les dieux pétroliers se détournent de la Russie. Mais le tableau énergétique actuel est loin de laisser entrevoir un tel scénario.

La troisième possibilité consiste à reconnaître la mort politique des partis qui se veulent libéraux. L'un d'entre eux dérive depuis déjà longtemps vers la social-démocratie. Un autre, tout en luttant contre la toute-puissance de la bureaucratie et le capitalisme étatique, est dans le même temps dirigé par des anciens fonctionnaires et dirigeants de monopoles naturels.

Le thème de la "nouvelle droite" n'est pas neuf. Il se peut qu'elle n'existe pas du tout en Russie, mais cela vaut tout de même la peine d'essayer.

Par Konstantin Simonov, directeur général de la Fondation de la sécurité énergétique nationale.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Sondage: les partis politiques suscitent la défiance chez une moitié de Russes

MOSCOU, 7 décembre - RIA Novosti. De toutes les institutions officielles et non gouvernementales, ce sont les partis politiques qui suscitent le plus la défiance des Russes, d'après les résultats d'un sondage mené par le Centre VTsIOM de janvier à novembre 2007.

Les activités des partis sont plutôt mal vues par 43% à 53% des Russes et seulement 18% à 26% des interrogés ont donné des avis positifs.

Selon le sondage, les médias font partie des institutions sociales les plus respectées.

Au cours de 11 premiers mois de l'année, entre 51% et 57% ont positivement apprécié le travail des médias contre 29% à 33% qui en ont formulé des avis négatifs. En novembre, il a été enregistré 52% d'avis positifs et

30% d'avis négatifs.

Les activités des syndicats ne sont pas mieux appréciées: 19% à 27% d'avis positifs sur 37% à 44% d'avis positifs. Le nombre maximal d'avis positifs a été enregistré en novembre.

Pour ce qui est de la Chambre civile, l'attitude envers ses travaux est dans l'ensemble neutre, parfois légèrement critique.

Les avis positifs représentent 23%-27% contre 24%-28% d'avis négatifs (en novembre le rapport était de 24% et 28% respectivement). Un sondé sur deux était sans réponse.

Les activités de l'armée suscitent plutôt l'approbation (41% à 46% d'avis positifs contre 34% à 38% d'avis négatifs, en novembre, 43% et 34%), contrairement, et c'est déjà une tradition, aux organes de maintien de l'ordre. La part des avis positifs représente 28% à 33%, celle des avis négatifs 39% à 46%. En novembre, le rapport était de 28% contre 39%.

Le sondage du VTsIOM a été réalisé sur un panel de 1.600 personnes dans 153 localités de 46 régions russes. La marge d'erreur statistique ne dépasse pas 3,4%.

Législatives russes: quatre partis russes à la Douma (bilan officiel)


MOSCOU, 8 décembre - RIA Novosti. Quatre partis russes seront représentés à la Douma (chambre basse du parlement russe) de la 5e législature, selon le bilan officiel des législatives du 2 décembre rendu public samedi par le vice-président de la CEC Stanislav Vavilov.

"Le parti Russie unie reçoit 64,30% de suffrages exprimés, le Parti communiste de Russie (KPRF) - 11,57%, le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) - 8,14% et Russie juste - 7,74%", a annoncé M.Vavilov.

La Russie unie occupera 315 des 450 sièges à la chambre basse, les communistes en auront 57, le parti libéral-démocrate - 40 et la Russie juste - 38.

Ces données confirment les informations fournies par le système automatisé national Vybory (Élections) présentés jeudi par le président de la CEC Vladimir Tchourov.

Le taux de participation s'établit à 63,78%, a ajouté M.Vavilov.

La Commission électorale centrale de Russie (CEC) entérinera les résultats des législatives au cours d'une réunion programmée pour ce samedi.

La majorité des Russes veulent un "leader national" (sondage)

MOSCOU, 5 décembre - RIA Novosti. 60% des Russes estiment que leur pays a besoin d'un "leader national", alors que 19% de la population s'y opposent, dont 4% catégoriquement, selon un sondage rendu public mercredi par le centre Vtsiom.

Un Russe sur deux (52%) hésitent à définir la notion de "leader national". Pour les autres, un leader national est une personne qui bénéficie de la confiance et du respect du peuple (6%), jouit d'un grand prestige (5%) ou est capable de consolider la nation (5%).

24% des sondés veulent un leader national honnête, désintéressé et ferme, 13% un leader intelligent et sage, 8% un leader fort et inébranlable. 7% estiment qu'un leader national doit être équitable, 5% veulent un professionnel, un homme de volonté déterminé et responsable, et 4% des Russes souhaitent que le leader national "soit avec le peuple dans l'âme".

55% des interrogés approuvent l'idée que le président Vladimir Poutine garde son influence dans le pays en tant que leader national après l'expiration de son second mandat, et 22% sont contre.

Le sondage a été réalisé les 9 et 10 novembre dernier sur un échantillon de 1.600 personnes dans 153 localités de 46 régions. La marge d'erreur statistique ne dépasse pas 3,4%.

mercredi 5 décembre 2007

Elections russes : l'UE déplore le non-respect des normes internationales

LEMONDE.FR avec AFP | 04.12.07 | 19h05 • Mis à jour le 04.12.07 | 19h15

La présidence portugaise de l'UE s'est exprimée avec retard, mais plus de vivacité que d'autres, sur les législatives russes de dimanche 2 décembre. "L'Union européenne regrette les nombreuses informations et allégations sur les restrictions faites aux médias, ainsi que le harcèlement des partis d'opposition et des ONG à l'approche des élections et le jour du scrutin, comme le fait que les procédures durant la campagne électorale n'aient pas respecté les normes internationales et les engagements que Moscou avait volontairement pris", a indiqué la présidence dans un communiqué, mardi.


Vives réactions aux "félicitations" de M. Sarkozy à M. Poutine

Nicolas Sarkozy a été très critiqué mardi, après que la présidence française a confirmé les "félicitations" adressées à Vladimir Poutine. Le député PS Arnaud Montebourg a souligné que les seuls autres pays à avoir agi ainsi étaient le Kazakhstan et l'Iran. Le député Verts Noël Mamère a dénoncé une"obscénité politique", qui "va tout à fait dans le sens des embrassades de Sarkozy respectivement à Kadhafi qui est un dictateur, et à Idriss Deby qui torture ses opposants". "La réaction de Sarkozy, totalement esseulée, est à la fois incompréhensible et scandaleuse", a estimé le président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Patrick Baudouin, regrettant "un mauvais coup porté aux démocrates et aux défenseurs des droits de l'homme en Russie, au moment où il y a une dérive autoritaire évidente du régime de Poutine". Les réactions ont été d'autant plus vives que lors de la campagne présidentielle, M. Sarkozy avait souvent critiqué la situation en Russie, notamment en Tchétchénie. - (Avec AFP.)




La Commission européenne était restée très prudente sur cette question lundi, se contentant d'inviter la Russie à enquêter sur ces allégations d'irrégularités – ce qu'a également fait la présidence portugaise.

"INQUIÉTUDES" DE WASHINGTON

Quelques Etats membres, Allemagne en tête, ont réagi plus durement que ces dernières années, estimant que les élections n'avait été ni "libres" ni "équitables et démocratiques".

Le premier ministre polonais Donald Tusk, qui effectuait mardi sa première visite à Bruxelles, a appelé l'UE à être plus ferme, en estimant qu'on ne pouvait "pas tolérer en Europe une situation dans laquelle certaines normes démocratiques sont violées".

Outre-Atlantique, le président George Bush, qui donnait une conférence de presse mardi, a indiqué avoir eu son homologie russe au téléphone. Il dit lui avoir "exprimé les inquiétudes [des Etats-Unis] au sujet des élections".






mardi 4 décembre 2007

Composition de la nouvelle Douma


gazeta.ru

La FIDH et Amnesty choqués des félicitations de Sarkozy à Poutine

Les deux associations jugent notamment "incompréhensible et scandaleuse" la réaction du chef de l'Etat français après la victoire du parti du président russe aux législatives.

Le président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) s'est insurgé, mardi 4 décembre, du message de félicitations du président Nicolas Sarkozy à son homologue russe Vladimir Poutine après les élections en Russie.
"La réaction de Sarkozy, totalement esseulée, est à la fois incompréhensible et scandaleuse", a déclaré Patrick Baudouin.
"Je pense que c'est un excès de zèle qui n'avait rien d'indispensable et qui ne contribue pas à honorer la France. Apporter un soutien à Poutine après des élections unanimement condamnées, c'est se compromettre et aller à l'encontre du discours officiel" sur le respect nécessaire des droits de l'Homme, a poursuivi Patrick Baudouin.
"C'est un mauvais coup porté aux démocrates et aux défenseurs des droits de l'Homme en Russie, au moment où il y a une dérive autoritaire évidente du régime de Poutine", a-t-il ajouté.

"Realpolitik" pour Amnesty

"Nous sommes très déçus par sa réaction, une fois de plus les droits humains sont négligés", a déploré pour sa part Danièle Artur, membre de la coordination Russie à Amnesty International, rappelant que chef de l'Etat avait tenu des propos très durs à l'encontre du président russe pendant la campagne présidentielle.
"Nous sommes en plein dans la realpolitik. Pourtant, on aurait pu être plus fermes. Car les Russes attendent beaucoup de nous, quoiqu'on en pense. Ils ne veulent pas seulement avoir leur porte-monnaie rempli", a-t-elle dit.
Nicolas Sarkozy a appelé lundi Vladimir Poutine pour le "féliciter" de la victoire de son parti dimanche aux élections législatives. La régularité du scrutin a été contestée par l'opposition russe et par plusieurs capitales occidentales.

"Félicitations" de Sarkozy

Les félicitations de Nicolas Sarkozy n'ont filtré que par l'entourage du président, l'Elysée s'étant jusque-là borné à confirmer que Nicolas Sarkozy avait téléphoné à Vladimir Poutine, mais sans préciser le contenu de cette conversation.
Selon le Kremlin, le chef de l'Etat français a "chaleureusement félicité" son homologue russe.
Les deux présidents ont "eu un échange de vues sur les questions d'actualité relatives aux relations franco-russes au cours d'une conversation (téléphonique) où le président français N. Sarkozy a chaleureusement félicité V. Poutine pour sa victoire aux élections", a précisé la présidence russe dans un communiqué.

Novelli salue la "clarté des résultats"

Les élections russes ont reçu peu d'échos positifs en France. Mardi, le secrétaire d'Etat français chargé des Entreprises et du Commerce extérieur, Hervé Novelli, a estimé à Moscou que la "clarté des résultats" aux législatives russes ouvrait une "période de stabilité importante pour les acteurs économiques".
"Je voulais indiquer que le résultat, la France en prend acte, constate qu'une large majorité s'est portée sur des candidats soutenus par Vladimir Poutine", a déclaré Hervé Novelli, en déplacement en Russie, dans une conférence de presse.
"C'est vrai que nous avons noté qu'il y a des allégations d'irrégularités qui ont été soulevées par un certain nombre de personnes. Nous attendons évidemment que les autorités russes fassent la lumière sur ces allégations et puissent indiquer ce qu'elles en pensent", a-t-il ajouté.
"Au-delà des allégations, la clarté des résultats ouvre une période de stabilité qui me semble importante pour les acteurs économiques qui ont besoin de visibilité, de clarté et de stabilité pour pouvoir améliorer leur activité tant commerciale que financière", a-t-il ajouté.

Félicitations de Gollnisch

La seule autre personne à avoir publiquement félicité Vladimir Poutine n'est autre que… Bruno Gollnisch, député européen, responsable des affaires internationales du Front national. Pour lui, "ces élections, qu'ils s'agissent des résultats du parti gouvernemental ou ceux du parti Libéral-démocrate, traduisent une renaissance de l'affirmation du fait national et de la fierté russe".
"Cette traduction est peut-être imparfaite, mais comment ne pas être stupéfait du culot des donneurs de leçons occidentaux, naguère muets à l'époque communiste, sur le manque de démocratie en Russie", a-t-il ajouté.
"Ce pays où les dirigeants des principaux complexes militaro-industriels détiennent la presse et la télévision pro-gouvernementale (...) est-ce seulement la Russie de Poutine, ou bien aussi la France de Sarkozy ?", a-t-il demandé, en faisant référence à "Matra, Dassault, Bouygues".
"Nos démocraties doivent balayer devant leurs portes, et préparer avec la Russie les coopérations fructueuses du grand espace boréal qui, mieux que l'Union européenne, peut répondre aux défis du monde de demain" déclare-t-il.

"Pas démocratiques", estime Berlin

Les conditions du scrutin ont été contestées par l'opposition russe et plusieurs capitales occidentales, l'Union européenne et l'OSCE ont exprimé des inquiétudes ou des réserves quant à son déroulement.
L'Allemagne a même dénoncé un scrutin ni libre ni démocratique.
De son côté, la Maison Blanche a de nouveau demandé lundi à Moscou d'enquêter sur les accusations de fraude portées après les législatives russes et a indiqué que le président George W. Bush n'avait pas l'intention d'appeler son homologue Vladimir Poutine pour le féliciter.

Le Nouvel Observateur (avec AFP)

Elections russes: l'Occident se borne à une rhétorique tapageuse (Nezavissimaïa gazeta)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Comme il fallait s'y attendre, les partenaires occidentaux de la Russie et les organisations internationales ont émis des critiques à propos des élections à la Douma (chambre basse du parlement russe), lit-on mardi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

N'ayant pourtant aucune approche commune sur de nombreux problèmes importants de notre époque, les Etats-Unis et l'Europe manifestent toujours une belle unanimité en ce qui concerne le développement démocratique de la Russie. L'Occident a invité à enquêter sur les irrégularités relevées lors de ces élections à la Douma, sans entrer dans les détails. Autrement dit, aucun fait concret n'a été présenté au Kremlin.

En se fondant sur l'avis des observateurs mécontents, on attend déjà dans les capitales occidentales une réaction lors de l'élection présidentielle du mois de mars en Russie, en laissant entendre que ses résultats exerceront une forte influence sur la politique à l'égard de la Russie, non seulement de la part de l'Union européenne, mais aussi de l'ONU et du G8. En sera-t-il vraiment ainsi?

Le déficit de démocratie en Russie et l'imperfection de ses élections sont traditionnellement l'un des thèmes préférés de l'Occident depuis la chute du régime communiste. Il est vrai, l'effet de la pression exercée sur Moscou à ce sujet reste très limité. Aucune sanction internationale n'a jamais été prise contre la Russie, et cette possibilité n'a même pas été sérieusement envisagée. La Russie n'a été exclue d'aucune organisation pro-occidentale et, d'ailleurs, aucune tentative n'a été faite en ce sens. Enfin, personne n'a jamais exigé fermement du président russe qu'il garantisse la liberté des citoyens. Bref, les partenaires occidentaux de Moscou préfèrent se borner à une rhétorique tapageuse.

Fort de sa puissance énergétique croissante, le Kremlin n'a aucune raison de craindre les observateurs mécontents des résultats des élections. Quant au développement démocratique de la Russie, ce problème n'entre pas dans ses compétences. Il reste à demander aux critiques occidentaux quelle est, selon eux, l'alternative à la marche victorieuse du parti Russie unie. Garry Kasparov? Ils répondraient probablement à cette question de la manière suivante: "Il appartient aux électeurs russes d'en décider". Par conséquent, tout revient à sa place. Les électeurs russes votent dans le cadre du système électoral existant, que les partenaires occidentaux du Kremlin ne condamnent qu'en paroles.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti ni avec celle du blog IEDG.

Législatives: le succès de Russie unie en Tchétchénie est "tout à fait naturel" (CEC)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Le président de la Commission électorale centrale russe (CEC), Vladimir Tchourov, a qualifié de "tout à fait naturel" le résultat affiché par le parti Russie unie en Tchétchénie où il a recueilli plus de 99% aux élections législatives du 2 décembre dernier.

"Pour moi, c'est un résultat tout à fait naturel, et j'aurais été étonné qu'il en fût autrement", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Moscou.

Lundi, certains observateurs du Conseil de l'Europe et de l'OSCE estimaient que le résultat de Russie unie en Tchétchénie était invraisemblable.

Selon M. Tchourov, le taux de participation, qui a également dépassé 99%, est "absolument transparent et logique".

En Tchétchénie, "la vie est devenue plus tranquille et plus prospère. Les autorités ont fait le maximum pour que les gens se rendent aux urnes, et tout le monde est venu", a-t-il souligné, en précisant n'avoir reçu aucun signal alarmant en provenance de cette région pendant le scrutin.

Législatives russes: 315 sièges à la Douma pour Russie unie (CEC)

MOSCOU, 4 décembre - RIA Novosti. Le parti pro-présidentiel russe Russie unie, vainqueur des législatives du 2 décembre avec 64,2% des voix, occupera 315 des 450 sièges à la Douma (chambre basse du parlement russe), a annoncé mardi à Moscou le président de la Commission électorale centrale de Russie (CEC) Vladimir Tchourov.

Le Parti communiste de Russie (KPRF) de Guennadi Ziouganov obtiendra 57 sièges à la Douma de la 5e législature, le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) de Vladimir Jirinovski - 40 sièges et le parti Russie juste, favorable au Kremlin, 38 sièges, a ajouté M.Tchourov lors d'une conférence de presse.

Russie unie, le KPRF et le LDPR disposeront d'un nombre plus important de sièges à la nouvelle Douma, a indiqué le président de la CEC, avant de rappeler que le parti Russie juste serait représenté pour la première fois à la chambre basse.

Les quatre partis jouissent du soutien de plus de 5 millions de personnes, mais "Russie unie" a remporté une victoire écrasante, recueillant quelque 45 millions de voix.

Au total, 91,7% des électeurs ayant participé au vote ont soutenu l'un des quatre partis vainqueurs. Peu de parlements dans le monde représentent les neuf dixièmes des électeurs et peuvent se vanter d'une telle légitimité", a indiqué le responsable.

Les résultats officiels des élections à la Douma du 2 décembre seront annoncés le 7 ou le 8 décembre, a annoncé M.Tchourov.