mercredi 30 avril 2008

La Lituanie bloque un rapprochement UE-Russie

La Pologne avait déjà empêché pendant deux ans le début des négociations sur un grand partenariat à l'échelle continentale.

Les relations avec le grand voisin russe bégaient. Minée par ses divisions, l'Union européenne devrait, une nouvelle fois, échouer mardi à lancer des négociations en vue de nouer un «partenariat stratégique», commercial et politique, avec la Russie. Durant deux ans, c'est la Pologne qui a bloqué l'ouverture de ces pourparlers sur un grand rapprochement continental, au motif que Moscou imposait un embargo sur ses produits agricoles. Et maintenant que Varsovie a accepté de lever son veto, c'est la Lituanie qui accuse, pêle-mêle, la Russie de bloquer ses livraisons de pétrole vers son unique raffinerie de Mazeiku, de déstabiliser le régime géorgien et de refuser d'enquêter sur la disparition, dans les années 1990 en Russie, de citoyens lituaniens.

«Nous voulons que nos partenaires de l'UE prennent en compte nos intérêts», a déclaré hier le ministre lituanien des Affaires étrangères, Petras Vaitiekunas, avant son départ pour le Luxembourg, où les 27 chefs de la diplomatie doivent se réunir aujourd'hui. La présidence slovène de l'UE devrait tenter de passer en force pour infléchir la position de Vilnius, mais sans illusion.

«Nous sommes placés dans une situation absurde qui ne sert en rien les intérêts de l'UE,» fulmine un diplomate français. Ces dernières semaines, Paris s'était beaucoup activé afin de trouver une formule susceptible d'apaiser les craintes de cette ancienne république soviétique, et de lancer ainsi un dialogue structuré entre Moscou et Bruxelles, avec des premiers développements attendus sous présidence française.

Dans le mandat de négociation qui doit être adopté à l'unanimité figure ainsi une demande de sécurisation des approvisionnements en gaz et en pétrole russes. En revanche, les autres revendications lituaniennes sont plus problématiques, souligne ce même diplomate, comme un appel répété à la Russie pour qu'elle cesse d'attiser les revendications séparatistes prorusses des provinces géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Ou bien cette exigence de faire la lumière sur la disparition en Russie d'un homme d'affaires lituanien, susceptible d'avoir été éliminé par la mafia. Enfin, Vilnius souhaite que soit fait référence à Vladimir Litvinenko, ex-agent russe empoisonné en 2006 à Londres.

Atermoiements

Si certains États membres, comme les Pays-Bas, sont prêts à renforcer, noir sur blanc, les appels à une meilleure «coopération» judiciaire de la part de Moscou, la majorité des Vingt-Sept refusent d'aller trop loin. «C'est en entrant dans les négociations que l'on pourra trouver des solutions,» soulignent-ils.

L'Europe ne désespère pas de trouver un compromis avant le prochain sommet UE-Russie, prévu en Sibérie fin juin. En attendant, Moscou observe d'un œil goguenard les atermoiements de la diplomatie européenne. «Fin 2006, mon pays avait lui aussi défini un mandat de négociation avec l'Europe et me l'avait confié. Aujourd'hui, j'attends toujours mon homologue, ironise Vladimir Chizov, l'ambassadeur russe auprès de l'UE. Mais nous ne voulons pas trop pousser. L'UE a besoin de temps pour devenir adulte.»

Le Figaro

De notre correspondant à Bruxelles Pierre Avril

28/04/2008 | Mise à jour : 22:51 |

http://www.lefigaro.fr/international/2008/04/29/01003-20080429ARTFIG00018-la-lituanie-bloqueun-rapprochement-ue-russie.php

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