mardi 4 décembre 2007

La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

ESTONIE

L'indifférence apparente des hommes politiques russes à l'égard de l'évaluation occidentale de la campagne électorale en Russie cache, selon certains commentateurs, l'intérêt du Kremlin pour la présence aux législatives d'observateurs de l'OSCE.

"En fait, malgré la rhétorique antioccidentale constante et les accusations de pression sur leurs valeurs, il est très important pour les leaders russes que les élections qu'ils organisent fassent bonne figure aux yeux du monde. Sinon pourquoi organiser tout ce spectacle avec les candidats, les observateurs et le vote alors que près de la moitié des Russes sont prêts, d'une façon ou d'une autre, à laisser à vie Vladimir Poutine au poste de président? [...] [Ceci] correspond aux aspirations du Kremlin: personne ne pourra affirmer que le vote du 2 décembre se déroulera en l'absence d'observateurs internationaux. Peu importe que les observateurs ne puissent pas remplir la partie la plus importante de leur travail, qui consiste à contrôler une campagne on ne peut plus malhonnête" (Postimees, 22.11).

LETTONIE

Certains analystes estiment que les actions agressives des autorités russes vis-à-vis de l'opposition sont dues à l'aspiration du Kremlin à empêcher toute possibilité de mise en oeuvre en Russie d'un scénario de révolution "colorée".

"Des manifestations de l'opposition sous les slogans "Une Russie sans Poutine", "Non aux élections sans choix" et "Partez, votre temps est révolu" ont été prévues dans trente villes russes, mais les autorités ont fait tout leur possible pour "assourdir" l'opposition. [...] En privant l'opposition des libertés fondamentales, les autorités russes perdent leur crédit sur la scène internationale" (Neatkariga rita avize, 26.11).

Dans le même temps, en l'absence d'une sérieuse opposition en Russie, le Kremlin exagère sciemment la menace d'une "révolution orange", en vue de maintenir Vladimir Poutine au pouvoir en tant que garant de la stabilité, estiment les analystes politiques.

"Contre toute attente, le chef de l'Etat a consacré une bonne partie de son discours de campagne [lors du forum de soutien organisé en son honneur par Russie unie à Moscou], et ce, avec beaucoup d'émotion, à la menace d'une "révolution orange" en Russie qui pourrait être déclenchée par les partisans du "régime oligarchique". Mais rien ni personne en Russie n'indique l'existence d'un mécontentement par rapport au pouvoir, et d'autant moins d'une quelconque tentative de le renverser. La cote de popularité de Poutine et des membres de Russie unie dépasse toutes les limites". (Telagraf, 22.11).

LITUANIE

Certains commentateurs évoquent une politique consciente du Kremlin visant à abandonner les principes démocratiques de l'organisation de la vie sociale adoptés dans le monde civilisé.

"L'écartement des observateurs européens du processus électoral et les déclarations des diplomates russes montrent que Moscou ne se soucie même pas de créer ne serait-ce qu'une illusion de démocratie dans ces élections" (Letuvos zinios, 21.11).

La presse souligne que par ses actions inadéquates à l'égard de l'opposition, le régime poutinien ne fait que se rapprocher de son écroulement.

"Le modèle du pouvoir créé par M. Poutine a détruit l'opposition, la repoussant à la limite de la politique civilisée. Il est absolument clair qu'aujourd'hui, l'opposition n'a aucun intérêt à jouer selon les règles instaurées par le pouvoir de Vladimir Poutine, car ces règles ne favorisent qu'un seul vainqueur. Pour l'instant, l'opposition russe est désespérée, elle tente de s'unir d'une façon ou d'une autre [...] mais son temps peut venir un jour, car c'est M. Poutine lui-même qui nous en rapproche" (Respublika, 26.11).

BIELORUSSIE

Les analystes rappellent la disparition de Mikhaïl Gutseriev, ancien patron de la compagnie pétrolière indépendante RussNeft, qui fait l'objet d'un avis de recherche international lancé par le parquet russe. On suppose que la situation illégale de cet homme d'affaires se répercutera négativement sur l'économie biélorusse, car les droits à 25% des actions de la compagnie pétrolière RussNeft-Briansk offerts par Mikhaïl Gutseriev au gouvernement biélorusse peuvent désormais être contestés devant un tribunal. D'ailleurs, les publications mentionnent les intentions intéressées de l'entrepreneur qui avait jadis reçu l'asile politique en Biélorussie. "A l'époque, le projet avait coûté 90 millions de dollars à Gutseriev. Néanmoins, il avait jugé utile d'offrir une part de 25% à la Biélorussie. Cette offre généreuse avait des desseins secrets: avant son départ de RussNeft, Mikhaïl Gutseriev avait maintes fois tenté de placer sous son contrôle des raffineries de pétrole et des entreprises pétrochimiques sur le territoire de la Biélorussie. Le "cadeau" devait accélérer les pourparlers et contribuer à leur résultat positif. Mais, en fin de compte, l'ancien dirigeant de RussNeft n'a obtenu de Minsk que la possibilité de partir sans entraves d'un aéroport biélorusse dans une direction inconnue, lorsqu'il s'est heurté à des problèmes en Russie". (Zavtra tvoeï strany, 21,11).

UKRAINE

La presse estime que la rhétorique sévère du Kremlin dissimule, en fait, son intention d'éviter une grave confrontation avec l'Occident, ce qui représenterait une menace pour les intérêts économiques de la "noblesse" russe. "La Russie espère toujours empêcher le déploiement de systèmes américains de défense antimissile chez ses plus proches voisins occidentaux... Plus les élections approchent et plus la position de la Russie devient ferme à l'égard de ses voisins au sein de l'ex-URSS... Cependant, il est peu probable qu'une guerre froide soit possible, alors que l'élite russe dépose d'importantes sommes dans des banques étrangères. De nombreux représentants de cette élite vivent à Londres... comme des coqs en pâte". (Gazeta 24, 23.11).

Les médias estiment que Moscou freine sciemment l'adoption de la décision définitive sur les prix du gaz pour l'Ukraine, en attendant la formation de la coalition parlementaire. En même temps, selon des sources, le Kremlin prévoit d'utiliser son principal atout en vue d'apporter des corrections aux rapports entre les forces politiques dans le pays voisin. "Il est facile de comprendre les Russes: ils veulent savoir quand et qui sera premier ministre en Ukraine et, par conséquent, dirigeant du ministère des Combustibles et de l'Energie et de Naftogaz d'Ukraine. Ils trouvent probablement insensé de signer des traités avec des personnes qui pourraient bientôt partir ". (Zerkalo nedeli, 24.11).

MOLDAVIE

Les experts ont apprécié la reprise des livraisons de vins moldaves sur le marché russe. Ils constatent que les rapports entre Moscou et Chisinau se sont considérablement améliorés ces derniers mois. "Les viticulteurs moldaves ont l'intention de "récupérer" environ 30% des livraisons de vins et de boissons fortes vers la Russie". (Agence d'information News-Moldova, 23.11). "La Russie ne fait aucune remarque au sujet des produits moldaves, tous les obstacles qui empêchaient les livraisons sur le marché russe ont été levés... Une nouvelle impulsion sera bientôt conférée aux rapports économiques entre la Moldavie et la Russie... En 2007, le chiffre d'affaires des échanges commerciaux entre la Moldavie et la Russie s'est accru de 40% par rapport à l'année dernière". (Moldova Azi, 23.11).

ARMENIE

Les médias sont certains qu'en dispersant les meetings autorisés de l'opposition à Moscou et à Saint-Pétersbourg et en arrêtant Garry Kasparov, leader du mouvement L'autre Russie, le pouvoir a agi trop violemment et assuré à l'opposition la possibilité de gagner des points électoraux. "Pour la première fois dans la nouvelle histoire de la Russie, le pouvoir a mis sous les verrous les leaders de l'opposition. L'opposition ne pouvait que rêver d'une telle publicité à une semaine des élections. Grâce à cette action de protestation, le SPS (Union des forces de droite) s'attirera une bonne partie de l'électorat libéral encore hésitant". (Ayastani Anrapetoutioun, 27.11).

Les analystes soulignent que la Russie doit appliquer une politique caucasienne prudente pour ne pas perdre le monopole du transport d'hydrocarbures vers l'Europe. "Pour l'instant, la position pro-russe de l'Arménie est le principal obstacle au projet de "Grand Caucase". Mais des efforts sont déjà déployés à l'égard de l'Arménie, Washington espère éliminer prochainement les obstacles existants. Ensuite, toutes les voies seront dégagées pour la construction de l'infrastructure militaire des Etats-Unis en Transcaucasie, ainsi que pour la construction et l'utilisation des voies de communication à partir du littoral de la Caspienne et des débouchés sur la mer Noire... Les livraisons de ressources énergétiques en Europe via le Caucase en contournant la Russie sont le meilleur moyen de supprimer la dépendance de l'UE vis-à-vis du pétrole et du gaz russes". (Armtoday.info, 24.11). "La cérémonie de lancement de la construction du chemin de fer Kars-Akhalkalaki - Tbilissi - Bakou (KATB) a eu lieu à Tbilissi... L'objectif politique de ce projet est d'évincer la Russie. Lorsque le KATB fonctionnera, Moscou perdra ses instruments de pression sur le Caucase du Sud". (Respublika Armenia, 23.11).

GEORGIE

Selon les analystes, l'élection présidentielle anticipée en Géorgie pourrait entraîner le développement indésirable des événements. "Les deux dangers évidents - l'isolement international et la déstabilisation intérieure - seraient fatals pour le pays... La déstabilisation de la situation en Géorgie fournira à la Russie des atouts supplémentaires pour affirmer que les "révolutions de couleurs", de même que toute tentative d'échapper à l'influence russe, se soldent par un échec et que la Russie doit être l'unique garant de stabilité dans l'espace postsoviétique. La déstabilisation et l'anarchie en Géorgie, ou bien la diminution du soutien occidental, renforceront encore davantage les menaces extérieures qui existent. Cela accroîtra, entre autres, la probabilité qu'après la reconnaissance éventuelle de l'indépendance du Kosovo, la Russie fera la même démarche à l'égard de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud". (Georgia-Online, 27.11).

AZERBAIDJAN

La position de la Russie vis-à-vis de l'indépendance du Kosovo retient toute l'attention des médias. Les experts estiment que l'indépendance de cette province serait avantageuse pour la Russie, car elle pourrait être considérée comme un précédent et utilisée dans son jeu politique extérieur. "La Russie est intéressée comme jamais par la reconnaissance internationale de l'indépendance du Kosovo. Cela s'explique facilement. Le Kremlin reconnaît son fiasco militaro-politique dans les Balkans. Dans ces conditions, la Russie essaie, en partant, de retirer le maximum d'avantages de la situation qui se crée. Le jeu géopolitique spéculatif concernant l'indépendance du Kosovo est utile pour elle... La Russie mobilise toutes les ressources évidentes et secrètes de sa politique étrangère en vue d'assurer l'interprétation internationale de l'indépendance du Kosovo comme un précédent politique et juridique. Ce précédent sera mis à profit pour assurer la légitimation internationale des régimes du Karabakh, de l'Abkhazie, etc.". (Zerkalo, 27.11).

La rhétorique belliciste de Moscou ne peut pas, selon les experts, dissimuler le fait que l'avenir de la Russie n'est en aucun cas enviable: la Russie est de moins en moins prise en considération dans la politique mondiale et des processus de désagrégation sont évidents dans ce pays. Tous les processus qui se produisent actuellement en Russie entraîneront sa désagrégation totale. La désagrégation pacifique de l'empire et la création d'un nouvel Etat seraient la meilleure issue. Pour l'instant, les Russes n'ont pas d'Etat, la Russie est un empire... Il y aura peut-être plusieurs Etats, mais le processus de désintégration de la Russie en tant qu'empire se déroule déjà et le processus inverse, celui de renaissance de l'empire, est impossible". (Day. Az, 21.11).

KAZAKHSTAN

Les experts prévoient que l'accord conclu entre Gazprom et la compagnie italienne ENI sur la construction du gazoduc South Stream-2 contraindra le Kazakhstan à définir son attitude envers le projet de Gazoduc caspien. "Quelles seront les incidences sur les intérêts du Kazakhstan?... Premièrement, il faut savoir comment ce nouveau projet grandiose (son coût, rien que pour ENI, s'élèvera à 5 milliards de dollars) se répercutera sur les délais de mise en valeur du gisement de Kachagan, car ce consortium italien en est l'opérateur... ENI, aura-t-elle suffisamment de ressources pour remplir ses engagements aussi bien devant ses partenaires russes que devant le gouvernement kazakh?... Deuxièmement, le Kazakhstan devra probablement définitivement faire un choix entre le projet de gazoduc actuellement hypothétique à travers la Caspienne, la Transcaucasie et la Turquie et le gazoduc russo-italien qui est, en fait, en voie de création". (Gazeta.kz, 26.11).

OUZBEKISTAN

Les médias sont sceptiques quant aux perspectives du programme d'Etat de la Russie de concours au déménagement des compatriotes. Du point de vue des journalistes, les obstacles bureaucratiques et l'application aveugle des lois ne peuvent pas inciter les habitants russophones des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) à s'installer en Russie. "Il devient évident que quelque chose cloche dans le schéma prévu par les autorités de la Russie pour accueillir les Russes résidant à l'étranger. Effectivement, les migrants potentiels ne sont pas pressés de revenir dans leur patrie historique! Soit leur décision est ajournée à cause de la quantité de papiers qu'il est nécessaire de présenter aux instances locales dans le cadre du programme annoncé par le président russe, soit ils commencent à ressentir le goût réel du "pain d'épice" qui leur est promis, mais les faits demeurent les mêmes... malgré l'afflux inouï de compatriotes prévu par les autorités à l'automne". (Ferghana.Ru, 23.11).

TURKMENISTAN

Les analystes des éditions privées commentent négativement la récente rencontre à Moscou entre les procureurs généraux de Russie et du Turkménistan, M. Tchaïka et M. Ogchoukov. A leur avis, les départements de force de Russie participent aux persécutions lancées contre les émigrés politiques turkmènes. "Selon M. Ogchoukov, la Russie est prête à renforcer ses mesures antiterroristes. Autrement dit, la partie turkmène a reçu à Moscou des assurances quant au fait que les refugiés illégaux turkmènes déloyaux envers le pouvoir d'Achkhabad seraient désormais arrêtés sur le territoire de la Russie et extradés sans tarder vers le Turkménistan". (Gundogar, 26.11).

Aucun commentaire: