jeudi 20 septembre 2007

Le pouvoir serbe s'éloigne d'une adhésion à l'Otan

Belgrade et Moscou ont uni leurs forces pour tenter d'empêcher l'indépendance du Kosovo et faire pression sur l'Union européenne.

PAS DE DOUTE, la Serbie est bien l'héritière de l'ancienne Yougoslavie. Sous Tito, elle était considérée comme un pont entre l'Est communiste et l'Occident libre. Le communisme et l'URSS se sont effondrés, mais la Serbie continue d'hésiter entre l'Est et l'Ouest, entre Moscou et Washington. En accusant l'Otan de vouloir établir « un État militaire », qui lui serait affilié, au Kosovo, et en affirmant que Belgrade n'a « pas d'intérêt » à rejoindre l'Alliance atlantique, le premier ministre, Vojislav Kostunica, a encore accru le sentiment antioccidental qui se développe en Serbie.
Depuis plusieurs semaines, des responsables politiques serbes, soutenus par les radicaux et les socialistes, sont partis en guerre contre l'Alliance, qui les a bombardés en 1999 pour faire reculer leurs troupes du Kosovo. Après avoir retiré de son programme l'entrée dans l'Otan, le parti politique du premier ministre, le DSS (Parti démocratique de Serbie), tente de réunir tous les mouvements politiques autour d'une proposition de loi qui interdirait à la Serbie d'intégrer l'Otan si des membres de l'Alliance reconnaissaient l'indépendance du Kosovo. Une mesure à caractère « préventif », décidée juste après qu'un responsable du département d'État américain, Kurt Volker, a justement affirmé que Washington reconnaîtrait l'indépendance si elle était proclamée unilatéralement par Pristina.
Après avoir rejeté le plan de l'ONU, qui conseille une indépendance supervisée par la communauté internationale, les autorités serbes exercent des pressions tous azimuts pour empêcher la sécession du Kosovo. Un haut responsable, Dusan Prorokovic, a même sous-entendu ce mois-ci que Belgrade pourrait à nouveau déployer ses forces dans la province. Les virulentes attaques contre l'Otan relèvent du même exercice.
La Serbie est pourtant membre du Partenariat pour la paix de l'Otan depuis décembre 2006. À l'époque, l'Alliance voulait adresser « un signe positif » à Belgrade et encourager les réformes. Mais les autorités serbes se sont au contraire rapprochées de Moscou, qui utilise le Kosovo pour imposer sa puissance diplomatique retrouvée et protéger ses intérêts vitaux dans le Caucase.
Mise en garde aux ministres proeuropéens
Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a affirmé que le Kosovo faisait partie, avec la défense antimissile américaine, des « lignes rouges ». Et que la Russie opposerait son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies proposant son indépendance. En échange du soutien politique de Moscou, Belgrade a largement ouvert son économie aux capitaux russes.
L'alignement entre Belgrade et Moscou se retrouve sur l'Otan, bête noire du Kremlin, qui lutte contre son élargissement à l'Est. « L'Occident a cru que le Partenariat pour la paix allait rendre les Serbes plus souples vis-à-vis du Tribunal pénal international et les rapprocher de l'UE et de l'Otan. Mais nous nous sommes trompés. Kostunica n'a pas envie de faire rentrer la Serbie dans l'Europe et dans l'Alliance atlantique », commente un proche du dossier.
L'affaire de l'Otan révèle aussi à quel point les tensions sont vives entre le premier ministre nationaliste Kostunica et le président réformateur Boris Tadic, alors que des élections doivent avoir lieu avant la fin de l'année. En attaquant l'Alliance, Kostunica adresse un avertissement aux ministres proeuropéens, qui veulent accélérer le rapprochement de la Serbie avec les institutions occidentales, et dont le ton est jugé trop conciliant par le chef du gouvernement.
Les pressions combinées de Belgrade et de Moscou vont-elles infléchir la position de l'Europe ? Le quotidien britannique The Independant se faisait en tout cas l'écho hier des doutes émis par Wolfgang Ischinger, ambassadeur allemand en Grande-Bretagne et négociateur de l'Union, sur l'opportunité d'accorder l'indépendance au Kosovo...

ISABELLE LASSERRE.
Le Figaro
Publié le 20 septembre 2007
Actualisé le 20 septembre 2007 : 08h10

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