vendredi 28 septembre 2007

Strauss-Kahn sacré aujourd'hui patron du FMI

Malgré quelques solides rancoeurs, l'ancien ministre des Finances de Lionel Jospin récolte les fruits d'une campagne triomphante.

À L'UNANIMITÉ. Les 24 administrateurs du Fonds monétaire international, qui se réunissent aujourd'hui à Washington pour élire leur nouveau directeur général, voteront tous pour lui. Y compris Alexeï Mozhin, le représentant de la Russie dont le gouvernement était pourtant allé chercher un concurrent, le Tchèque Josef Tosovsky. Au FMI, on pratique le consensus : dans un premier temps, le conseil d'administration « vote à blanc », et tout le monde se rallie ensuite au choix de la majorité.
« Il n'y a aucun suspense », affirme-t-on dans l'entourage de Dominique Strauss-Kahn. L'ancien ministre des Finances de Lionel Jospin récolte le bouquet final d'une campagne mondiale dans laquelle il a, presque toujours, bien mené sa barque. Mis sur orbite par Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, adoubé par Nicolas Sarkozy, officiellement proposé par l'administrateur allemand au FMI, Klaus Stein, le « wunderkind » de Sarcelles est de nouveau fondé à croire en son bon génie.
Passant la semaine dernière son grand oral devant le conseil d'administration du Fonds, il a habilement dénoncé la loi tacite qui voudrait que le job revienne à un Européen : « Cet accord est probablement de moins en moins défendable ; le directeur général doit être choisi pour sa valeur, sans aucune référence à sa nationalité. » C'est pourquoi il s'est lancé dans un voyage de « 60 000 miles », se rendant dans une trentaine de pays - les deux tiers de la population mondiale - pour « les écouter » et « apprendre d'eux ». Avec méthode, l'impétrant a, l'été durant, consigné sur son blog - dsk-imf.net - ses soutiens, du président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, au secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson. L'Asie, qui conserve du FMI un goût d'amertume depuis la crise financière de 1997, et plus encore l'Amérique latine, en dissidence ouverte, ont été l'objet de toutes ses sollicitudes. « Heureusement que le patron du Fonds va être un progressiste », s'est exclamé Lula, le président du Brésil, avant d'accorder son nihil obstat.
Ce tour de la planète, que Pascal Lamy et Robert Zoelick avaient entrepris en leur temps pour conquérir l'OMC et la Banque mondiale, a pourtant connu son point noir. Le 9 août, DSK est à Moscou ; il y voit le ministre des Finances Alexeï Koudrine, mais n'a pas cherché à rencontrer Vladimir Poutine. « La Russie examinera toutes les candidatures », note, glacial, le communiqué et, dix jours plus tard, les Russes proposent leur candidat, l'ancien gouverneur de la banque centrale tchèque Josef Tosovsky. La manoeuvre n'inquiète pas outre mesure le camp français, autrement dit Pierre Duquesne, l'actuel administrateur français au FMI, Ambroise Fayolle, qui le remplacera demain à ce poste, et Stéphane Richard, ex-collaborateur de DSK au ministère de l'Industrie en 1991, aujourd'hui directeur de cabinet de Christine Lagarde.
Les Allemands ronchonnent en silence
Mais les mines s'allongent lorsque le Financial Times rebondit sur le mécontentement russe. « Le mauvais candidat, choisi de la mauvaise façon », dit de lui le journal britannique, lequel avait fait, quelques mois plus tôt, une campagne virulente et victorieuse pour expulser Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale. « Le FT se prend pour le faiseur de rois des organisations internationales !, ironise-t-on aujourd'hui à Paris, tout en reconnaissant avoir vécu plusieurs jours d'« angoisse ». Pour sa part, le gouvernement britannique attend le 31 août et la clôture des candidatures pour soutenir DSK. Gordon Brown n'a pas oublié l'humiliation subie le 4 juin 1998, au château de Senningen, Luxembourg, lorsque ses pairs de l'Union européenne lui avaient refusé de figurer sur la photo des ministres des Finances célébrant la création de « l'Eurogroupe ». De leur côté, les Allemands ronchonnent en silence : ils se souviennent qu'en 1998-1999, DSK, dans son enthousiasme pour l'Union monétaire et l'euro, avait proposé que la France et l'Allemagne fusionnent leurs postes d'administrateurs au FMI. C'est en réalité l'ensemble des pays européens qui s'inquiète des promesses faites, tout au long de sa campagne, par le Français aux pays émergents d'accroître leurs droits de vote au Fonds, car ce ne peut être qu'à leurs dépens (voir encadré).
« Mon Dieu, garde-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge », pourra se dire ce soir DSK, qui succédera effectivement à Rodrigo Rato le 1er novembre. Comme tous ses prédécesseurs, il lui faudra batailler avec le premier actionnaire du Fonds, les États-Unis, qui bénéficient d'un droit de veto. « Le directeur général du FMI est en réalité moins puissant que son numéro deux, actuellement John Lipsky, nommé par les Américains et qui fait tourner la boutique. Le directeur général ayant avant tout un rôle de représentation », note, sarcastique, un directeur de la maison.

JEAN-PIERRE ROBIN.
Le Figaro
Publié le 28 septembre 2007
Actualisé le 28 septembre 2007 : 07h37

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