mardi 16 octobre 2007

Internet s’ouvre aux langues non-occidentales


Lundi, les internautes pourront tester sur le site de l’ICANN des adresses en arabe, en chinois, en russe ou en japonais. Une ouverture bien tardive, dans un univers encore dominé par l’anglais.

Comme le réclamaient depuis des années de très nombreux pays, les noms de sites Internet pourront bientôt être rédigés intégralement dans onze langues non-occidentales, Lundi, l'ICANN, l'organisme américain qui gère les adresses Internet mondiales, en partenariat avec des homologues d'autres pays, va lancer un test mondial des noms de domaines en onze langues: arabe, persan, chinois simplifié et traditionnel, russe, hindi, grec, coréen, hébreu, japonais et tamoul. Les centaines de millions d'internautes qui les utilisent pourront tester sur le site des adresses dans les caractères de ces langues, pour vérifier qu'elles fonctionnent.

Jusqu'ici, l'ICANN n'acceptait les caractères non-occidentaux que pour la première partie des adresses de sites. Avec cette réforme, le nom du site pourra être entièrement en caractères non-latins. « Ce sera l'un des plus grands changement de l'internet depuis sa création », juge le président de l'ICANN Paul Twomey sur le site de l'organisation. Selon l'ICANN, les langues choisies seront ceux des communautés qui ont montré le plus d'intérêt pour cette réforme. « Il y a un milliard d'internautes, donc cinq milliards de personnes n'y sont pas. Les nouveaux noms serviront au prochain milliard », a déclaré dans la presse Paul Hoffman, concepteur d'une norme technique pour les caractères non-occidentaux.

Entre difficultés techniques et problèmes politiques pour coordonner de multiples pays, il aura fallu 7 ans à l'ICANN pour appliquer sa décision de rendre les noms de domaines internationaux, votée en 2000. Lassés d'attendre, une douzaine de pays comme la Chine, la Russie ou la Corée, ont créé eux-mêmes des adresses dans leur langue, aussi pour éviter la mainmise de l'ICANN, accusant les Etats-Unis de colonialisme numérique. « Cela fait près de 10 ans que nous avons présenté au président de l'ICANN la technologie pour créer (des noms de domaines polyglottes) », a déclaré dans la presse S. Subbiah, inventeur d'une des premières normes de noms multilingues. « La réponse était, en gros, "je suis trop occupé, apprenez l'anglais" ». Selon lui, environ 2 millions des 138 millions de noms de domaines dans le monde contiennent des caractères non-occidentaux.

Le premier président de l'ICANN, Mike Roberts, a reconnu que l'organisation avait traîné les pieds: « Les ingénieurs ont pensé que mettre en place des alphabets non-latins, avec toute cette croissance, allait déstabiliser l'Internet et provoquer des pannes », selon lui. Des conflits politiques ont ralenti le processus. Certains pays ont contesté le rôle du registre américain VeriSign, qui gère tous les domaines en « .com », soit la moitié des sites mondiaux. Avec aussi d'autres questions délicates: quel organisme pour gérer les sites dont les langues sont utilisées dans plusieurs pays ? Certains pays ne vont-ils pas en profiter pour renforcer la censure ? Les caractères différents ont même servi à des fraudes, avec l'utilisation d'un « a » russe, identique au « a » occidental mais correspondant à un code informatique différent, pour créer un faux Paypal.

Source : 12/10/2007 - L'Expansion.com avec AFP


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